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Chelsea-PSG: petite antisèche pour les joueurs parisiens en cas de séance de tirs au but

Grégor Brandy, mis à jour le 11.03.2015 à 15 h 47

Rempli de conseils pratiques, un ouvrage d'analyse de l'exercice signé Ben Lyttleton, «Onze mètres: la solitude du tireur de pénalty», vient juste d'être traduit en français.

Zlatan Ibrahimovic inscrit un pénalty face au Bayer Leverkusen en huitièmes de finale de la Ligue des champions, le 18 février 2014. REUTERS/Ina Fassbender.

Zlatan Ibrahimovic inscrit un pénalty face au Bayer Leverkusen en huitièmes de finale de la Ligue des champions, le 18 février 2014. REUTERS/Ina Fassbender.

Malgré un match nul (1-1) qui complique les choses, le Paris Saint-Germain peut toujours espérer une qualification, ce mercredi 11 février, lors de son huitième de finale retour de Ligue des champions, à Londres, face à Chelsea. Une victoire «suffit» aux Parisiens, de même qu'un match nul avec plus d'un but marqué, en raison de la règle du but à l'extérieur (qui a d'ailleurs éliminé les Parisiens lors des deux dernières éditions).

Ou, bien sûr, une victoire aux tirs au but après un nul 1-1. Et bonne nouvelle pour les Parisiens dans ce cas de figure, un ouvrage d'analyse de l'exercice signé Ben Lyttleton, Onze mètres: la solitude du tireur de pénalty, vient d'être traduit en français par notre contributeur Cédric Rouquette. Nous nous sommes donc plongés dedans, histoire de fournir aux joueurs de la capitale quelques astuces pour réussir un tir qui a l'air si simple, mais qui peut vite devenir très compliqué.

1.Avant la séance

Comme nous le soulignions déjà à l'occasion de la Coupe du monde, marquer en dernier lors de la rencontre constitue un avantage significatif au niveau mental lors d'une séance du tir au but, mais il est difficile de «provoquer» ce facteur. En revanche, si les Parisiens gagnaient le «toss» avant une séance de tirs au but, ils feraient bien de choisir de tirer en premier: dans son livre, Ben Lyttleton –qui s'appuie sur les travaux des économistes espagnols Jose Apesteguia et Ignacio Palacios-Huerta– indique qu'en Ligue des champions, l'équipe qui tire en premier l'emporte 63% du temps.

En ce qui concerne les joueurs, il vaut mieux choisir ceux qui sont rentrés au cours de la prolongation, qui semblent mieux réussir leur tir au but que les autres (même si Lyttleton émet une réserve sur le faible échantillon de l'étude, qui n'est donc pas forcément représentatif).

 

Contrairement à ce que l'on peut penser, faire tirer ses stars n'est pas forcément une bonne idée, en raison de la pression liée à leur statut individuel, écrit de son côté le psychologue du sport Geir Jordet. Selon ses recherches, il vaut mieux envoyer les «grands espoirs»: en clair, lors du match entre le PSG et Chelsea, il vaudrait mieux faire tirer Verratti et Marquinhos plutôt qu'Ibrahimovic et Thiago Silva.

L'ordre des tireurs est également très important. On connait le rôle crucial du cinquième tireur, qui peut donner la victoire à son équipe ou emmener la séance en mort subite, mais le problème, rappelle Ben Lyttleton, c'est que la séance ne va parfois pas jusqu'au cinquième tireur –Cristiano Ronaldo l'avait expérimenté après l'élimination du Portugal aux tirs au but, face à l'Espagne, lors de l'Euro 2012. En se basant sur les travaux de Ignacios Palacios-Huerta, le chercheur anglais estime que les tirs au but les plus importants sont «le premier, le quatrième et le cinquième. Le quatrième est potentiellement le plus important pour l'équipe qui tire en seconde position».

Interrogé par Slate, il met également en avant le rôle de l'entraîneur:

«L'entraîneur perdant dira toujours que c'est une loterie et qu'on ne peut rien y faire. Dans certains cas, comme David Moyes à Manchester United l'année dernière, il laissera les joueurs choisir qui tire et dans quel ordre. (Manchester United n'en a inscrit qu'un sur cinq contre Sunderland en demi-finale de la Coupe de la ligue.)

 

Je crois fermement que l'entraîneur a une énorme effet sur leur performance –il connait l'état d'esprit des joueurs mieux qu'eux-mêmes, ou en tout cas c'est ce qu'il devrait. Il sait quels joueurs sont anxieux dans ces moments-là et lesquels restent calmes sous la pression. Il doit sélectionner ses joueurs sur ce critère (pas la capacité, l'âge, le fait qu'il soit droitier ou gaucher).

 

Il devrait également avoir un plan B et un plan C s'il manque certains joueurs. Si Ibra se blesse, qui tirera pour le PSG? Ce joueur doit savoir pour se préparer mentalement, et qu'on ne le mette pas là à la dernière minute (comme le Néerlandais Ron Vlaar lors de la dernière Coupe du monde).»

2.Avant de tirer

Interrogé par Ben Lyttleton, Clive Woodward, le sélectionneur de l'équipe d'Angleterre championne du monde de rugby en 2003, évoque quatre «winning moves»:

«1. Le placement du pied qui ne frappe pas le ballon: ajustez-le parfaitement et vous aurez réussi le geste essentiel.

2. L'endroit du ballon que vous voulez frapper.

3. Décidez de quelque chose de non négociable: prenez une décision sans retour sur la direction de votre tir.

4. Faites de tous ces mouvements une routine absolue, surtout si vous n'êtes pas habitués à frapper des pénaltys. Si vous êtes amené à frapper lors d'un grand tournoi, vous saurez ce qui vous reste à faire.»

Mieux vaut s'arranger pour être maître de cette routine et ne pas dépendre des autres joueurs. Ben Lyttleton raconte que, en finale de la Ligue des champions 2008, alors que Salomon Kalou avait déjà placé son ballon, le gardien mancunien avait traîné des pieds pour rejoindre son but et faire tergiverser l'attaquant ivoirien, qui avait alors décidé de reprendre le ballon pour le reposer, et avait inscrit son tir au but.

 

Parmi les trois points essentiels que Ben Lyttleton garderait de ses recherches, il y a d'ailleurs le fait de prendre son temps:

«Il n'y a pas besoin de frapper son tir au but juste après le coup de sifflet de l'arbitre. Ce coup de sifflet est le signal que le tireur peut frapper dès qu'il se sent prêt. C'est un problème dont souffre énormément la sélection anglaise; ils ont le temps de réaction le plus rapide entre le coup de sifflet et le début de leur course. Les joueurs doivent respirer une dernière fois et se calmer –et tirer quand EUX sont prêts, pas quand l'arbitre le leur dit.»

Dernier point avant de s'élancer, ne pas avoir une course d'élan trop rectiligne, ni avec un angle trop prononcé: Felice Accame, un étudiant de l'université catholique de Milan, a analysé 122 pénaltys tirés au cours de la saison 2009/2010 de Serie A (la première division italienne) et en a conclu que c'est lorsque l'angle de la course approchait les 30° que le taux de conversion était le plus important (80%). A l'inverse, il tombait à 67% quand l'angle était plus ouvert (45°) et à 61% quand il était plus fermé (15°). Des chercheurs de l'université de Liverpool avaient par ailleurs estimé en 2009 que la course d'élan idéale comprenait cinq ou six pas, ce qui, écrivions-nous l'an dernier, «semble valider l'impression subjective selon laquelle une course d'élan interminable finit souvent sur un tir raté».

3.Lors du tir

La première chose à savoir est que vous avez un «côté naturel» pour frapper. Pour avoir de la puissance, les droitiers iront naturellement frapper côté gauche, et les gauchers à droite. En regardant la récente séance de tirs au but entre Brest et Auxerre, en quarts de finale de la Coupe de France, en me basant uniquement sur cet aspect, j'ai pu deviner à huit reprises sur les neuf tirs de quel côté le ballon allait être frappé (celui où je me suis trompé était une panenka).

Le gardien auxerrois, Donovan Léon, avait choisi à trois reprises le bon côté et avait arrêté le premier tir au but de la séance. Le gardien de Brest, Joan Hartock, avait bien anticipé à deux reprises, mais n'avait sorti aucun tir au but.

Au-delà du côté choisi, ce qui compte surtout, c'est de ne pas en changer au dernier moment, nous explique Ben Lyttleton:

«Les joueurs doivent avoir une stratégie et s'y tenir. Certains aiment attendre que le gardien bouge le premier, comme Eden Hazard, et avec le temps, il se trouve que c'est la façon la plus efficace de tirer un pénalty. Mais pour ceux qui n'ont pas l'habitude de tirer, c'est une technique difficile à maîtriser. Ces joueurs-là font souvent mieux de ne pas s'occuper du gardien, de choisir un endroit et de frapper le ballon aussi bien que possible. Les ratés arrivent souvent quand un joueur n'est pas sûr de sa stratégie: il fait des petits pas lors de sa course, le gardien ne bouge pas et il panique. Ou le gardien le distrait en bougeant ses bras et il manque la cible.»

Et pour ceux qui estiment qu'il faut nécessairement choisir un côté, il ne faut pas oublier que l'axe du but peut aussi être un très bon choix puisque, comme l'a montré une étude de cinq chercheurs israéliens en 2007, les gardiens subissent un «biais pour l'action» qui fait qu'ils répugnent à ne pas choisir un côté. Ceux qui se sentent le plus à l'aise peuvent même tenter une panenka. Pour le journaliste César Sanchez Lozano, cité par Ben Lyttleton:

«Une panenka a plus de valeur [qu'un pénalty normal]. La panenka apporte de la confiance a toute l'équipe et agace le gardien pour le reste de la séance.»

 

4.Après le tir

S'il est transformé, célébrez-le franchement. Lors de la dernière Coupe du monde au Brésil, nous expliquions ainsi qu'une étude menée par trois chercheurs «a calculé que, quand un joueur marque un pénalty quand les deux équipes sont à égalité aux tirs au but, son équipe à 82% plus de chances de l'emporter s'il célèbre sa réussite de manière démonstrative avec un bras ou deux bras dans les airs».

Enfin, Geir Jordet conseille aux joueurs qui ne tirent pas de se placer vers l'avant du rond central, de manifester leur joie avec un maximum d'entrain et de se montrer bienveillants envers ceux qui ratent au moment où ils regagnent le groupe. Il avait expérimenté cette technique avec les Espoirs néerlandais lors de l'Euro 2007 et a expliqué ce concept à Ben Lyttleton:

«L'idée ne consistait pas seulement à faire en sorte que l'auteur du loupé se sente mieux, mais aussi à faire comprendre au tireur suivant qu'il aurait droit au même accueil en cas d'échec, et ainsi de faire décroître le niveau d'anxiété.»

Après avoir éliminé l'Angleterre au terme d'une séance de tirs au but épique en demi-finales, les Pays-Bas avaient remporté le tournoi.

Onze mètres, la solitude du tireur de penalty

par Ben Lyttleton. Traduit par Cédric Rouquette. Hugo Sport. 380 pages, 19,50 euros.

 

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Grégor Brandy
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