Culture

Mort d'Albert Maysles, coauteur du célèbre documentaire sur les Stones «Gimme Shelter»

François Pottier et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.03.2015 à 19 h 38

Le réalisateur américain Albert Maysles est mort, jeudi 5 mars, à l'âge de 88 ans. Son décès a été annoncé par l'éditeur DVD Criterion, distributeur de ses films, sur sa page Facebook, et confirmé par le site spécialisé Real Screen.

 

Maysles était notamment connu pour avoir réalisé, avec son frère David et Charlotte Zwerin, Gimme Shelter (1970), un des films les plus connus sur les Rolling Stones à l'époque où ceux-ci s'agitaient devant l'élite du cinéma mondial: deux ans plus tard, ça sera Cocksucker Blues de Robert Frank, un an plus tôt, c'était One+One de Jean-Luc Godard –Godard qui qualifiera un jour Maysles de «meilleur cameraman du monde».

Consacré à leur tournée américaine de 1969, Gimme Shelter suit le groupe, alors en plein triomphe à l'approche de la sortie de l'album Let It Bleed, jusqu'à Altamont, concert géant au cours duquel un spectateur armé d'un revolver, Meredith Hunter, meurt poignardé par un Hells Angels, les bikers chargés du service d'ordre. A l'époque, les Stones avaient d'ailleurs été accusés –notamment par cette bible de la contre-culture qu'était Rolling Stone– d'avoir bâclé la préparation du concert pour se concentrer sur leur film...

La séquence du concert et de la mort de Meredith Hunter, vue à l'écran, est glaçante: l'évènement comme le film sont depuis considérés comme l'un des symboles de la fin du flower power. Gimme Shelter se termine pourtant sur l'image du public quittant tranquillement Altamont, comme si rien ne s'était passé. Comme si le chaos pouvait ne venir que d'un individu, comme si la guerre était à un coup de feu de nous: «War, children, it's just a shot away...»

Dix ans plus tôt, Maysles avait aussi fait partie, avec Richard Leacock et D.A. Pennebaker (le futur réalisateur de Don't Look Back, documentaire culte sur Bob Dylan), des auteurs du film Primary, sur la campagne des primaires démocrates de 1960. Un film souvent vu comme un des bons exemples du «cinéma direct», courant documentaire qui a émergé à la fin des années 1950 aux Etats-Unis.


Il avait aussi réalisé Salesman (1969), sur des vendeurs de bibles itinérants, et Grey Gardens (1975), sur Edith Ewing Bouvier Beale et sa fille Edith Bouvier Beale, deux membres de la famille de Jackie Kennedy vivant dans des conditions sordides à New York. Le film vient justement de faire l'objet d'une restauration et d'une ressortie en salles aux Etats-Unis, et est par ailleurs visible dans son intégralité en ligne.



Son dernier film, In Transit, sur l'Empire Builder, un train qui relie Chicago à Portland et Seattle, devait être projeté au Festival de Tribeca, qui s'ouvrira mi-avril.

François Pottier
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Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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