Parents & enfantsFrance

Les filles sont-elles trop scolaires?

Louise Tourret, mis à jour le 09.03.2015 à 19 h 28

C'est une piste de réflexion tracée par la dernière étude de l'OCDE sur les inégalités scolaires.

A Vincennes, lors de la rentrée, le 4 septembre 2006. REUTERS/ Charles Platiau

A Vincennes, lors de la rentrée, le 4 septembre 2006. REUTERS/ Charles Platiau

Dans la nouvelle étude très commentée de l’OCDE, sur les inégalités filles-garçons à l’école, on constate une fois de plus le décalage entre les enfants en fonction de leur sexe: les filles une fois arrivées à dans les études supérieures, sont «sous-représentées» dans les domaines des sciences : mathématiques, sciences physiques, informatique. En 2012, seules 14 % des jeunes femmes sont inscrites dans ces cursus. Et l’étude précise bien, au cas où il faudrait encore le rappeler, qu’il ne s’agit pas de «différences d’aptitudes innées».

Il y a plusieurs pistes pour appréhender ce décalage qui se forge au fur et à mesure de la scolarité. L’une des plus intéressantes, explorée par l’étude de l’OCDE, est celle qui suggère que les filles sont trop scolaires.

L’étude de l’OCDE s’appuie sur la grande enquête PISA publiée en décembre 2013, réalisée sur 65 pays. Elle nous apprend notamment que parmi les adolescents de 15 ans, les filles sont en général plus tournées vers les loisirs de type scolaire, au contraire des garçons:

  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de jouer aux jeux vidéo.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de passer du temps sur des ordinateurs et Internet.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de lire par plaisir en dehors de l’école.

  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de prendre plaisir à des activités en rapport avec la lecture.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles de jouer aux échecs et de faire de la programmation informatique.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de faire leurs devoirs.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles d’avoir des attitudes négatives à l’égard de 
l’école.
  • Les garçons sont plus susceptibles que les filles d’arriver en retard à l’école.
  • Les garçons sont moins susceptibles que les filles de faire leur travail scolaire par motivation intrinsèque.

D’après l’OCDE toujours:

«Ces activités non scolaires sont peut-être une des raisons pour lesquelles les garçons et les filles auraient des niveaux différents de compétence en mathématiques».

L’étude explique en effet que ce rapport aux loisirs induit un type d’apprentissage différent et/ou un usage différent de cet apprentissage.

Les filles sont moins susceptibles que les garçons «de jouer aux échecs, de faire de la programmation informatique, de participer à des compétitions de mathématiques ou de participer à des activités extrascolaires en rapport avec les mathématiques», toutes activités qui n’apparaissent pas directement comme scolaires car il ne s’agit pas de faire ses devoirs, de compléter des apprentissages concrètement utiles de manière immédiate pour la classe. Ces loisirs-là, sont pourtant extrêmement utiles; ils «stimulent la pensée logique et peuvent s’avérer un moyen amusant d’utiliser ses compétences et capacités en mathématiques dans des situations ludiques.»

Le chercheur Yves Raibaud, co-auteur de Pour en finir à la fabrique des garçons avec Sylvie Ayral, explique à Slate que les loisirs des enfants deviennent ensuite essentiels dans la réussite professionnelle: 

«Au fur et à mesure que l’insertion se poursuit dans la vie professionnelle, on demande aux individus d’être créatifs, autonomes, intrinsèquement motivés. Des qualités que les garçons auront davantage cultivées à l’école mais aussi dans leurs loisirs: ils pratiquent davantage de sports, de jeux vidéos, participent à plus de groupe de musique. Ces activités participent à une forme de "curriculum caché" et permettent de développer des qualités d’engagement pour tous, mais statiquement plus pour les garçons que les filles».

Le pire, pour le chercheur, étant que l’économie numérique et les secteurs les plus créatifs fonctionnent aujourd’hui sur un système de valeurs très masculin:

«Dans leurs loisirs, les petits garçons et les adolescents apprennent davantage à se dépasser, travailler par passion, parfois pour rien en cherchant à se dépasser en collectivité. Cela correspond à la culture de la nouvelle économie, très masculine».

Garçons rebelles, filles sages

Or à l’école, rappelle Yves Raibaud, une double injonction est faite aux garçons:

«l’école  leur demande d’être au scolaire mais encourage aussi, plus ou moins consciemment, le coté rebelle.»

Edouard Louis, dans son roman controversé En finir avec Eddy Bellegueule, expliquait très bien ce rapport ambigu des garçons à l’école. Etre un vrai mec selon les valeurs traditionnelles de la virilité, c’est ne pas se soumettre : ni aux professeurs, ni au règlement… Cela peut expliquer le décrochage plus fréquent des garçons par rapport aux filles: comme le rapporte la nouvelle étude de l’OCDE, les garçons sont plus nombreux à sortir du système scolaire sans diplôme ou seulement le brevet: 18 %, contre 12 % chez les filles, qui redoublent moins, décrochent moins, sont scolarisées plus longtemps et sont finalement plus diplômées.

Et Yves Raibaud rappelle que 80% des punitions sont attribuées aux garçons: 

«Il est toujours moins surprenant aux yeux des éducateurs que les garçons soient punis, insolent ou "fumiste mais brillant". Cela favorise sûrement leur créativité. Les filles sont perçues comme plus disciplinées et l’école leur apprend la docilité et de soumission.»

Ces qualités se reconvertissent dans le monde du travail à l’avantage des garçons, il conviendrait donc de relativiser les inégalités de résultats scolaires entre filles et garçons à l’école! D’ailleurs les différentes études de l’OCDE, PISA sur les adolescents et PIAAC sur les adultes montrent que les retards scolaires des garçons sont rattrapés, en moyenne, dans la vie professionnelle.

Mais le vraie bonne nouvelle de l’étude reste que, concernant les inégalités sexués à l’école, la France est très proche de la moyenne de l’OCDE, elle fait même mieux que la… Finlande, souvent désignée comme un modèle éducatif.

Louise Tourret
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Journaliste
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