Life

Etes-vous plutôt Marilyn ou Jackie?

Slate.com, mis à jour le 05.09.2009 à 13 h 31

Toutes les Jackie avec leurs bonnes manières et leurs tenues chic ont en fait un coté Marilyn.

En triant des objets ayant appartenu à l'artiste pop Andy Warhol, des documentalistes sont tombés sur une photo signée de Jacqueline Kennedy Onassis, nue. Stupeur et indignation générale. Mais cela ne m'a pas vraiment surpris - du moins je ne fus pas étonnée qu'une telle photo existât. Dans la deuxième saison de Mad Men, on voit des publicitaires demander à des femmes si elles se sentent plutôt Jackie ou Marilyn. Tout n'est pas si simple. Malgré sa garde robe très chic et ses bonnes manières, je suis persuadée qu'au fond, Jackie avait une Marilyn (Monroe) qui sommeillait en elle, comme c'est généralement le cas des femmes très séduisantes.

Et puis, en bonne accro aux biographies ayant dévoré un grand nombre d'ouvrages consacrés soit à Jackie, soit à la célèbrissime maîtresse de son époux, les ressemblances entre ce cliché et les photos nues de Marilyn sur le tournage de son tout dernier film, Something's Got To Give, m'ont frappée. Pris quelques mois seulement avant sa mort en août 1962, ces clichés où elle pose devant une piscine étincelante continuent d'illustrer livres et articles consacrés à l'actrice mythique.

Jackie provoque l'admiration de son sexe, mais sous certaines réserves. Certes, elle était sophistiquée et extrêmement photogénique, mais difficile d'éprouver une réelle affection pour une femme coiffée d'un tambourin et qui saluait la foule comme une reine de beauté. Encore plus difficile de lui pardonner ces années de souffrance silencieuse à subir les aventures extra-conjugales de son mari. Mais cette photo, probablement confiée à quelqu'un dont elle soupçonnait qu'il trahirait un jour le secret, est à prendre comme un message adressé à nous tous, fans ou presque de Jackie. Oui, il y a une Marilyn qui sommeille en moi, et oui, j'assume les maîtresses de mon mari, aussi sexy soient-elles, sans amertume ni colère, mais la vengeance est un plat qui se mange froid...

Mais comment expliquer l'existence de ces photos prises en 1971 de Jackie sans son maillot? Selon l'Associated Press, le second mari de Jackie, Aristote Onassis, «avait à l'époque engagé un paparazzi pour immortaliser ses baignades dans le plus simple appareil». La source de cette info? Matt Wrbican, à la tête du groupe de documentalistes à qui l'on avait confié les possessions de Warhol, parmi lesquelles cette photo. Un article du Time paru en 1972 propose pourtant une version différente, décrivant un véritable raid photo semé d'embûches: «Selon la rumeur, une dizaine de photographes parcouraient depuis plus d'un an les eaux entourant l'île de Skorpios et l'un d'entre eux a même failli se noyer.»

Alors qui croire? A vrai dire, on s'en fiche. La découverte de ce cadeau en forme de clin d'oeil - la photo est signée «A Andy, avec toute mon affection, Jackie Montauk», en référence à la propriété new-yorkaise de Warhol - montre seulement que derrière une image de jeune femme plutôt ordinaire se cachait un humour féroce. Une sorte de message qui voudrait dire, eh, même à 40 ans passés, si j'ai envie d'être une bombe, je peux... encore faut-il que vous soyez à la hauteur.

Connue pour son hostilité envers les paparazzi, Jackie devait être consciente des risques qu'elle prenait à se prélasser complètement nue sur l'île de son mari, jadis repaire de dizaines de photographes. Elle devait aussi savoir que de pareilles photos finiraient probablement dans un magazine comme Hustler, qui d'ailleurs ne s'est pas gêné en publiant 14 d'entre elles en 1975. (Dans son livre Sex, Lies & Politics: The Naked Truth, l'éditeur américain Larry Flynt parle de ces clichés comme du «meilleur investissement que j'ai jamais fait.»)

Mais surtout, Jackie avait sûrement entendu parler des photos de Monroe barbotant nue prises neuf ans plus tôt, Monroe dont l'image de sirène lui collait à la peau, qu'elle joue une belle ingénue comme dans Some Like it Hot ou qu'elle chante «Joyeux Anniversaire» au président, alors marié à Jackie. Un photographe avait été commandité pour immortaliser Marilyn se baignant en tenue d'Eve à l'occasion de sa première scène nue aux côtés d'une grande star du cinéma, pour un film avorté après que Marilyn se soit fait remercier et meure quelques semaines plus tard. Mais admettons un instant que Jackie n'ait vraiment pas voulu de ces photos; elle a dû sacrément les aimer pour en envoyer une à quelqu'un comme Andy Warhol.

Tout cela prouve encore une fous que Jackie, plus particulièrement dans ses années post-Kennedy, était une femme bien plus forte que ce que les gens pouvaient imaginer. C'est la Jackie qui a su gérer la mort de son mari, assassiné sous ses yeux, et qui a déménagé avec ses enfants à New-York pour faire table rase, plutôt que de chercher du réconfort auprès du puissant clan Kennedy.

Peut-être est-ce seulement cette fascination pour la dynastie Kennedy qui nous empêche d'envisager la véritable Jackie O. et ses multiples facettes. Nous, féministes d'aujourd'hui, avons maintenant le choix: reprocher à Jackie de ne pas avoir été comme il fallait, ou bien s'intéresser à qui elle était vraiment - visiblement quelqu'un d'assez à l'aise avec son corps pour se déshabiller et parodier la maîtresse de feu son mari de façon si fine que personne ne s'en rendit compte. Être sexy tout en restant forte et digne, et avec une pointe de ruse — le genre «je bouscule les conventions quand je veux».

Et rien que pour ça, même la féministe en moi ne peut que l'admirer.

Raechal Leone

Traduit par Nora Bouazzouni

Image de Une:  Une affiche de Marilyn Monroe  REUTERS

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