Culture

«House of Cards»: Frank Underwood est-il le nouveau François Hollande?

Grégor Brandy et Vincent Manilève, mis à jour le 12.03.2015 à 7 h 21

Entre son arrivée inattendue au pouvoir, la défiance de son parti ou encore la gestion compliquée de son couple, le président de Netflix a quelques points communs avec le chef d'Etat français.

Montage photo Slate. Source: 2 mai 2012 lors du débat télévisés avec Nicolas Sarkozy (REUTERS/Handout) et image Netflix.

Montage photo Slate. Source: 2 mai 2012 lors du débat télévisés avec Nicolas Sarkozy (REUTERS/Handout) et image Netflix.

Un peu moins de deux semaines après sa sortie sur Netflix et Canal+ Séries, Canal+ commence à diffuser, ce jeudi 12 mars au soir, la troisième saison des aventures de Frank Underwood dans House of Cards.

Si vous n'avez pas encore vu les nouveaux épisodes et que vous comptez les regarder, il est encore temps de faire demi-tour.

On n'est pas au top à la Maison Blanche. Six mois après son intronisation au poste de président des Etats-Unis, Frank Underwood a perdu de sa superbe et, dans l'espoir de sauver son court mandat, il se lance dans une réforme considérable –et controversée– pour lutter contre le chômage, le programme America Works: «l'Amérique au travail».

Entre son arrivée rocambolesque au pouvoir, la défiance de son parti, son projet phare, la gestion compliquée de son couple et une popularité au plus bas, nous nous sommes demandés si Frank Underwood n'avait pas un peu de François Hollande en lui.

1.Leur arrivée à la présidence était inattendue

Avant la chute de Dominique Strauss-Kahn, peu de gens imaginaient une victoire de François Hollande lors de la primaire. L'ancien premier secrétaire du Parti socialiste était 30 points derrière le président du FMI chez les sympathisants socialistes en avril 2011, un mois avant les événements du Sofitel, à New York

Frank Underwood n'a pas été élu: il était vice-président des Etats-Unis (sans avoir été élu à ce poste non plus) et n'a accédé à la Maison Blanche qu'après s'être arrangé pour que Garrett Walker, le président élu, démissionne à l'issue de la deuxième saison. Dans cette nouvelle saison, on le retrouve six mois après son arrivée à la Maison Blanche.

2.Ils connaissent une grave impopularité

Il aura fallu cinq mois à François Hollande pour devenir impopulaire. Si, depuis le mois de décembre 2014, sa cote de confiance commence à remonter légèrement (elle était à 23% lors du mois de février), elle reste très basse et avait atteint 13% en novembre 2014, le plus faible taux mesuré dans l'histoire du baromètre TNS Sofres.

En bleu, le pourcentage des Français ayant confiance en François Hollande, en rouge, celui de ceux n'ayant pas confiance. Source: Baromètre TNS Sofres / Figaro-Magazine.

 

Six mois après son intronisation, lorsqu'on le retrouve au début de la troisième saison, on sait que les chiffres de popularité ne sont pas bons pour Frank Underwood. Dans une interview fictive interprétée par le vrai Stephen Colbert, le présentateur indique que huit Américains sur dix sont d'accord pour dire qu'il «manque d'efficacité et de leadership», ce à quoi il répond qu'il ne se «laisse pas abattre par les sondages». Le tout avant que Colbert ait cette petite phrase assassine:

«Je ne suis pas sûr que vous réussissiez à éradiquer le chômage comme vous avez réussi à éradiquer votre popularité.»

Son propre parti ira même jusqu'à le lâcher et lui demander de ne pas se présenter lors de la prochaine élection présidentielle (voir le point 3). Le président américain parvient malgré tout à s'en sortir, sa cote de popularité remontant au fil des épisodes (notamment grâce à sa femme, Claire).

 

3.Leur parti les critique fortement

 


Si Frank Underwood sait dès le début de la troisième saison qu'il va devoir batailler pour obtenir le soutien des démocrates pour la prochaine élection présidentielle, il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'on lui demande dès le deuxième épisode de ne pas briguer l'investiture du parti. Etonnamment, il décide d'annoncer lors d'une allocution télévisée qu'il ne sera pas de la partie en 2016, ce qui lui permet de préparer et d'introduire sa grande réforme sur l'emploi (voir point 4) et de s'affirmer sur la scène internationale mais aussi de préparer au mieux et en secret sa future campagne.

Avec une popularité au plus bas et des résultats économiques décevants, François Hollande doit faire face aux critiques au sein de son propre parti, et est régulièrement interrogé sur son avenir et sur sa volonté ou non de se représenter en 2017. Jusqu’à présent, il ne s’est pas prononcé, mais il a annoncé à plusieurs reprises qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat si le chômage ne baissait pas.

4.Leur projet phare, c'est l'emploi

Dès le premier épisode, Frank Underwood essaie de vendre comme il le peut son bébé: America Works. Un projet qui tend à supprimer les prestations sociales pour offrir à la place un emploi à tous ceux qui en demanderont un. Or, comme le fait remarquer Stephen Colbert en début de saison, depuis son arrivée à la Maison Blanche, «le chômage a augmenté». C'est bien pour ça qu'Underwood est très déterminé à ce que son projet (estimé à 500 milliards de dollars) passe. Tellement déterminé qu'il est prêt à mettre en danger la vie de plusieurs milliers de personnes menacées par un ouragan. 

Techniquement, ce programme puise dans le budget de la Sécurité sociale, de Medicaid (assurance maladie pour les familles à faibles revenus), Medicare (système d'assurance-santé pour les plus de 65 ans) et de l'agence fédérale des situations d'urgence (Fema) pour tendre la main aux entreprises privées en leur promettant 45.000 dollars (environ 41.000 euros) à chaque personne embauchée.

De son côté, François Hollande traîne aussi derrière lui un projet censé relancer l'emploi: le pacte de responsabilité et de solidarité. Le principe est simple, selon les propres mots du président

«Moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social.»

Avec un coût de 41 milliards d'euros, ce projet, au même titre que l'AmWorks de Frank Underwood, est ambitieux et a suscité de nombreuses critiques (et il grève lui aussi les comptes de la Sécurité sociale). Peu d'accords ont été pour l'instant signés dans les différents secteurs d'activité: certains patrons sont descendus dans la rue et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron est allé jusqu'à parler d'«échec» en décembre dernier à propos de ce plan.

François et Francis (le vrai prénom d'Underwood) ont beau s'accrocher à leur projet de lutte contre le chômage, sa mise en œuvre a été périlleuse et a contribué à alimenter leur impopularité respective. 

5.Ils connaissent un conflit entre leur vie publique et leur vie privée

Les relations amoureuses des deux présidents apparaissent comme une menace sur leur mandat respectif. Et pour une fois, la dramaturgie est peut-être plus forte dans les querelles bien réelles qui ont opposé François Hollande à Valérie Trierweiler.

Le 12 juin 2012, Ségolène Royal, l'ancienne compagne de François Hollande, annonce avoir reçu le soutien du président pour sa candidature aux législatives en Charente-Maritime. Excédée par ce geste envers une ex, Valérie Trierweiler décide de poster un tweet de soutien à son adversaire, le dissident Olivier Falorni.

Au-delà de la querelle amoureuse, cette histoire a profondément embarrassé François Hollande. La droite s'en est bien amusée (Geoffroy Didier, conseiller régional UMP d'Ile-de-France, a parlé de «Dallas à l’Elysée») et le président a dû se justifier lors de son intervention télévisée le 14 juillet suivant. A partir de ce moment, et jusqu’à l’affaire Gayet, la rupture et le livre qui a suivi, Valérie Trierweiler est rentrée dans un rôle de Première dame plus discrète. Elle a suivi François Hollande lors de déplacements et pris part à de nombreuses causes humanitaires, comme quand elle s'est battue pour la libération de 220 jeunes filles enlevées au Nigéria par le groupe Boko Haram.

Dans la troisième saison de House of Cards, Frank Underwood doit affronter une situation similaire quand sa femme se laisse elle aussi emporter par l’émotion. Sans trop en dévoiler, on peut dire qu’un événement tragique va profondément émouvoir Claire qui, lors d’une conférence commune avec son mari et le président russe, va sortir du discours écrit à l’avance et déclencher un vrai incident diplomatique: un peu l'équivalent du tweet, mais devant les caméras. 

A l'instar de François Hollande, Franck Underwood aura du mal à cacher son embarras. L’histoire prendra encore plus d’ampleur quand des élus lui reprocheront de se laisser influencer par sa femme dans ses choix politiques...

Et comme on est sympas, on ne vous spoilera pas la toute fin de la saison. Mais vous verrez, si vous la regardez jusqu'au bout, que la comparaison entre les deux couples (voire avec un autre couple présidentiel) prend alors encore davantage de sens. 

Grégor Brandy
Grégor Brandy (439 articles)
Journaliste
Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte