Science & santéMonde

Le changement climatique a-t-il eu une influence sur la guerre en Syrie?

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 03.03.2015 à 10 h 39

Repéré sur The New York Times, CBS News, National Geographic, Slate.com, Quartz

A Raqqa, dans l'est de la Syrie, en novembre 2010. REUTERS/Khaled al-Hariri.

A Raqqa, dans l'est de la Syrie, en novembre 2010. REUTERS/Khaled al-Hariri.

Le changement climatique a-t-il eu un impact sur la guerre civile qui ravage la Syrie depuis maintenant quatre ans? C’est la thèse que défendent cinq chercheurs dans une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, lundi 2 mars.

L’un des auteurs, Colin Kelley, explique à Quartz qu’il s’est intéressé au sujet après une série d’articles publiés en 2012 par l’éditorialiste Thomas Friedman dans le New York Times. «Les tensions autour des terres, de l’eau et de la nourriture nous disent quelque chose: le Printemps arabe n’a pas seulement été provoqué par des tensions politiques et économiques mais aussi, de manière moins visible, par des tensions environnementales, climatiques et démographiques», écrivait par exemple Friedman en avril 2012.

Dans le résumé de leur étude, les chercheurs expliquent que la région du Croissant fertile a expérimenté, entre 2006 et 2009, la pire sécheresse jamais enregistrée dans la zone, ce qui a provoqué un effondrement des récoltes, une hausse des prix alimentaires, le déplacement d’environ 1,5 million de personnes des campagnes vers les centres urbains, des déscolarisations massives... Bref, cette sécheresse, rendue, selon leurs calculs, deux à trois fois plus probable par l’action humaine sur l’environnement, a «catalysé» les problèmes du pays ou renforcé «des vulnérabilités qui existaient déjà», selon une formule de Colin Kelley à CBS News. Elle aurait agi, pour reprendre les mots du département de la Défense américain dans un rapport publié en novembre 2014, en «multiplicateur de menaces» dans les années précédant la guerre civile, qui a éclaté en mars 2011 après des manifestations violemment réprimées par le pouvoir.

Evidemment, il ne faut pas établir de relation causale directe et unilatérale entre les deux phénomènes.

Comme l’explique le New York Times, «les chercheurs estiment que beaucoup de facteurs ont contribué au chaos […] et qu’il est impossible de quantifier les effets d’un événement donné, comme la sécheresse».

Comme le résume le météorologue David Titley à Slate.com, «cela ne veut pas dire que vous pouviez prédire l’Etat islamique à partir de cela, juste que cela plantait le décor pour qu’arrive quelque chose de vraiment négatif».

Le changement de conditions climatiques passe d’ailleurs lui-même par un filtre politique, puisque Quartz souligne que ses conséquences ont été rendues pire que dans les pays voisins par «des décennies de mauvaises politiques agricoles», notamment impulsées par le père de Bachar el-Assad, Hafez el-Assad.

Le New York Times rappelle que de précédentes études faisant le lien entre changement climatique et conflits ont été critiquées par d’autres chercheurs, comme le Suisse Thomas Bernauer, qui affirme que les conclusions de cette nouvelle étude «sont très hypothétiques et ne sont pas soutenues par des preuves scientifiques robustes». Richard Seager, un des coauteurs, en reconnaît d’ailleurs les limites potentielles dans une interview au National Geographic:

«Pour la critiquer, il suffit à quelqu’un de dire que tout ceci se serait produit sans la sécheresse. Et il est possible que cela soit vrai: ce régime était avant tout immensément impopulaire.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte