Histoire / Allemagne

Retour sur le faux journal intime d'Eva Braun, qui sera bientôt adapté en téléfilm

Temps de lecture : 2 min

Eva Braun et Adolf Hitler. Bundesarchiv via Wikimedia Commons.
Eva Braun et Adolf Hitler. Bundesarchiv via Wikimedia Commons.

Elle était un des secrets les mieux gardés du Troisième Reich. Lorsqu'Adolf Hitler recevait des invités officiels au Berghof, sa résidence perchée dans les Alpes bavaroises, «Fräulein Braun» avait pour consigne de ne pas se montrer, comme l'expliquait en 2010 le site de la chaîne de télévision allemande ZDF à l'occasion de la diffusion d'un documentaire sur la compagne du dictateur, contrainte de rester dans l'ombre jusqu'à leur suicide commun, le 30 avril 1945, quelques heures après leur mariage au bout de seize ans de vie commune.

La plupart des Allemands n'ont appris son existence qu'après la Seconde Guerre mondiale. Et c'est donc avec une grande curiosité qu'ils se ruèrent sur la revue hebdomadaire Wochenend quand elle commença à publier des extraits de son journal intime en septembre 1948, comme le rappelle actuellement l'hebdomadaire Der Spiegel: 96 pages dactylographiées truffées de détails crus sur sa vie intime, qu'Eva Braun aurait remises en 1944 à l'écrivain, homme de théâtre et alpiniste tyrolien Luis Trenker dans un hôtel à Kitzbühel, en Autriche.

À en croire ces écrits, Eva Braun était obligée de se soumettre à tout un tas de fantaisies que lui ordonnait Hitler: porter exclusivement des sous-vêtements en peau de chevreuil, appliquer deux fois par semaine une mixture à base de viande de veau crue sur son visage et prendre un bain d'huile d'olive chaude chaque semaine... Toujours selon ce «journal intime» à l'humour potache et douteux, Eva Braun aurait été très jalouse de la réalisatrice de films de propagande nazie Leni Riefenstahl, qui dansait nue devant le dictateur quand il l'invitait au Berghof. D'autres nazis célèbres n'étaient pas épargnés: Hermann Goering aurait ainsi toujours tenté d'arracher un baiser à Eva Braun, l'éditeur antisémite Julius Streicher aurait lui forcé des femmes juives à défiler nues chaque semaine dans son bureau...

Ce soap opéra du Troisième Reich fut vite interrompu par la plainte déposée contre Luis Trenker par Franziska Braun, la mère d'Eva Braun, et par Leni Riefenstahl:

«Des témoins ont soutenu les plaignants: "Sa lingerie ne se différencie en rien des modèles courants et n'était en aucun cas en cuir", clama ainsi la secrétaire d'Hitler, Traudl Junge, sur la "normalité" des sous-vêtements de Braun. Son chauffeur Erich Kempka éclaira le tribunal sur l'hygiène impeccable d'Hitler. Il affirma qu'après un long voyage en voiture, il devait toujours immédiatement faire couler un bain chaud au dictateur. Dans le faux journal intime, il était au contraire écrit que l'homme le plus puissant d'Allemagne ne se baignait qu'une fois par mois. Par contre, l'histoire à dormir debout de masques de viande de veau et de bains d'huile d'olive se révéla finalement être un plagiat légèrement modifié des mémoires de [la comtesse] Marie-Louise von Larisch-Wallersee

Luis Trenker n'assista pas au procès. Ce n'est que des décennies plus tard qu'il expliquera avoir seulement voulu se livrer à «une plaisanterie». L'intérêt pour ce faux journal intime a vite décru en Allemagne, mais il a été traduit en français et en anglais et a même fait l'objet d'une réédition en Angleterre en l'an 2000. À l'automne prochain, un téléfilm de fiction autour de ce faux journal intime sera diffusé sur la chaîne allemande Die Erste, comme l'indique le site de la Bayerisches Fernsehen.

Il existe pourtant un journal intime bien moins croustillant qui est attribué à Eva Braun: ce document d'une vingtaine de pages, dont l'authencité n'a jusqu'à présent jamais pu être prouvée, est conservé aux archives nationales à Washington D.C., aux États-Unis.

Slate.fr

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