Les «tribunaux de la mort» de Sarah Palin
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Au beau milieu de l'été l'affaire n'a pas eu un grand écho sur le Vieux Continent. Elle ne manquait pourtant pas de piquant. Sarah Palin, l'ancienne et truculente candidate républicaine à la vice-présidence des Etats-Unis, a accusé le président Barack Obama de vouloir, au travers de sa douloureuse et périlleuse réforme du système de santé, ériger des «tribunaux de la mort». Nul dérapage vocal ici, nulle exagération malencontreuse conséquence de la fièvre montante d'un meeting politique partisan. Non. Mme Palin s'exprimait sous la forme d'un texte diffusé sur Facebook.
Et que dit Mme Palin à ses concitoyens? Par exemple que, bientôt, aux Etats-Unis une bureaucratie en gestation déciderait de qui a le droit, ou non, d'être soigné; que le président démocrate veut «nationaliser» le système américain de santé via un organisme public qui pourra refuser de payer les dépenses médicales des assurés. «Et qui souffrira le plus quand ils rationneront les soins? Les malades, les vieux et les handicapés, bien sûr», avertit l'ancienne candidate avant de peindre un tableau «orwellien» du système voulu par l'administration Obama. Il est heureux que George Orwell puisse ne pas entendre de tels propos.
Mme Palin:
«Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le «tribunal de la mort» d'Obama, où ses bureaucrates décideront subjectivement s'ils sont dignes de recevoir des soins en fonction de leur niveau de productivité dans la société. Un tel système serait l'incarnation du mal.»
Le temps à beau passer le fameux concept de l'incarnation du mal fait toujours recette aux Etats-Unis qui savent mieux que la plupart des autres pays faire le part entre le bien et le mal. Mme Palin appelle précisément ses fidèles «à se lever et s'engager dans ce débat crucial entre tous». «Nationaliser notre système de soins serait un point de non-retour dans l'ingérence de l'Etat dans la vie des citoyens» avertit-elle. Et Dieu sait qu'il n'y a pas droit plus sacré, aux Etats-Unis que de ne pas voir l'Etat se mêler de la vie privée des citoyens.
Rappelons ici que Mme Palin a abandonné son poste de gouverneur de l'Alaska, qu'elle pourrait préparer une candidature à l'élection présidentielle américaine de 2012 et qu'elle est mère de cinq enfants, dont le plus jeune, âgé d'un an, est atteint de trisomie 21. Rappelons aussi que la réforme du système américain d'assurance maladie, qui figurait au coeur de la campagne électorale de Barack Obama et qu'elle fait l'objet — c'est un euphémisme — de tractations délicates au Congrès.
Schématiquement, le projet ne vise rien moins que de fournir une ouverture maladie aux près de 50 millions d'Américains qui en sont aujourd'hui dépourvus. Vieil et noble objectif démocrate qui pourrait bien ne jamais être atteint sous l'effet conjoint des oppositions radicales de la minorité républicaine et des dissensions au sein de la majorité démocrate.
Toujours durant cet été Barack Obama a aussitôt répliqué à Mme Palin et à ses «tribunaux» d'un genre nouveau. Dans son allocution radiodiffusée hebdomadaire, le président américain a attaqué frontalement les adversaires de sa réforme: «Permettez-moi de démentir les folles rumeurs selon lesquelles la réforme va promouvoir l'euthanasie, réduire Medicaid [la couverture maladie des plus
pauvres] ou entraîner une nationalisation des soins. Ce n'est tout simplement pas vrai.» Mais comment parvenir à lutter efficacement contre de «folles rumeurs»?
«Est-ce que nous participons à une politique du cynisme ou à une politique de l'espoir?», avait lancé Barack Obama en 2004, lors d'un discours devenu célèbre; discours qui l'avait révélé devant la convention démocrate. Cinq ans plus tard l'interrogation demeure. «Ces luttes se sont toujours résumées à un combat entre l'espoir et la peur» vient de déclarer le président qualifiant d'alarmistes ceux qui dénoncent son plan visant à offrir une couverture maladie aux millions d'Américains qui en sont privés; un plan que ses ennemis politiques, Sarah Palin en tête, qualifient de «liberticide», «infernal» et «socialiste».
«L'Obama qui sortira de cette féroce bataille politique sera forcément un président différent», analyse l'Agence France Presse. Une victoire sur un tel projet, sur lequel ses prédécesseurs démocrates se sont tous cassé les dents, le conforterait dans sa volonté de réforme et entérinerait son image de marque d'homme du changement. Mais si sa réforme finit aux oubliettes, le président sera alors mis à rude épreuve. Certains affirmeront sans doute que sa croisade pour l'espoir et le changement n'est que «de la poudre aux yeux», comme l'avait affirmé son ancienne rivale Hillary Clinton au cours de la primaire démocrate. Et si le Congrès devait voter un compromis déshonorant, son aura politique ternirait.
Pour le Pr Andrew Dowdle, spécialiste de sciences politiques à l'Université de l'Arkansas Barack Obama, en croyant en sa capacité à cicatriser les divisions, a très largement sous-estimé la profondeur de la vieille déchirure qui coupe l'Amérique en deux.
Qui du cynisme ou de l'espoir, l'emportera? On pourrait sans doute, depuis cette rive de l'Atlantique (en France et en Suisse par exemple) rire des traits pour nous caricaturaux de la situation américaine. Nous pourrions sourire et nous aurions grand tort. Sans doute les situations n'ont-elles rien de véritablement comparables. Mais sur le fond? D'un côté le pays le plus riche et le plus puissant de la planète qui ne parvient pas à assurer une solidarité minimale dans le champ de la prise en charge de la maladie et de la souffrance; de l'autre une couverture solidaire qui menace chaque jour un peu plus de se déliter - et qui se délite déjà. Pas de purs scandales certes; pas de «tribunaux de la mort». Mais pas de véritables échanges démocratiques sur un sujet à ce point essentiel. Les Etats-Unis s'opposent au grand jour sur le fait de savoir s'ils doivent pour les uns — horreur! — «nationaliser» leur système, pour les autres -enfin! - «sortir de la jungle». Où est le cynisme? Où est l'espoir?
Et qui fera la part entre les «tribunaux de la mort» de Sarah Palin et la montée croissante, ici ou là de part le monde industriels, de ce nouveau droit revendiqué: celui de mourir, avec une assistance médicale de préférence à une obligation assurantielle? A qui aimerait répondre précisons que le deux branches de l'alternative n'ont rien d'exclusif.
Jean-Yves Nau
Lire également sur le même sujet: Combien pour une vie humaine?
Image de Une: Sarah Palin à Fairbanks en Alaska/Reuters
Mis à jour le 03/09/2009 à 17h32











































Elle est décidément malade cette pauvre Palin - mais comme Obama a eu occasion de souligner pour l'ensemble des élus aux USA, elle n'a certainement pas, elle, de problèmes de couverture médicale.
Heureusement tous les Américains ne sont pas dupes. Un commentateur récent demande " Nous avons une armée publique, des pompiers publics, des policiers publique, pourquoi pas une santé publique?".
Ceci dit, avant de critiquer trop la profession médicale américain qui cherche à préserver son fond de commerce, soulignons qu'on entend des remarques similaires de la part du lobby médicale français concernant le NHS (National Health Service) anglais, un système entièrement gratuit mais plus 'étatisé' que le système français. Ironique pour un pays que les Français prennent pour un pays ultra libéral.
Combien de fois entend-t-on parler de ces anglais qui débarqueraient à Calais pour trouver des traitements inaccessibles chez eux? Comme si les ferries ne transportaient que des malades! Un lobby au travail!
Les experts européens parlent d'un certain rapprochement entre les systèmes franco-britanniques. La France avec sa carte vitale et le 'médecin traitant' chercherait à mieux cerner des excès, tandis que les anglais ont très largement augmenté leurs dépenses et ont amélioré l'accueil des malades.
Très fairplay le 'Times' a récemment posé la question à ses lecteurs : "Lequel est le meilleur système de santé : l'américain ou l'anglais? Réponse : probablement le système français!"
Monsieur Wright,
Il était question de madame Palin et du système de santé des U.S.A., vous expédiez le sujet en deux coups de cuiller à pot pour, comme cela paraît être votre jouissance, nous asséner des coups de griffe supplémentaires.
N'avons-nous pas le droit de préférer notre système de santé au vôtre ? Et quand je dis "au vôtre", je devrais dire à celui de vos compatriotes qui vivent sur leur île, car, en ce qui vous concerne, votre choix est fait semble-t-il !
De tel propos que l'on trouvait chez les nazis ne sont pas dignes d'un représentant politique quel qu'il soit. Mme Palin critiquait avec beaucoup de véhémence le président iranien mais en définitif de tel propos les rapprochent.
Chère Madame,
Ce que je prenais au début chez vous pour une légère tendance vers le chauvinisme linguistique (votre insistance - tout à fait louable d'ailleurs - sur l'utilisation précise du français) vire vers un chauvinisme tout de go!
Je suis bien placé, si seulement vous le saviez, pour apprécier en ce moment l'excellence du système de santé français et d'ailleurs j'ai fait remarquer dans mon commentaire que ses qualités sont reconnus outre manche.
J'ai relevé toutefois - et c'est là où la comparaison avec ce qui se passe aux États Unis prend toute sa validité - une tendance chez certains professionnels en France, particulièrement dans le privé, d'insister sur cette soi-disant immigration des anglais vers les hôpitaux et cliniques français pour souligner les insuffisances du système anglais 'étatisé'.
Paradoxalement (je préfère, comme souvent, votre mot) je n’entends pas le même type de remarque à l'excellent hôpital que je fréquente actuellement. Je conclus par conséquent que la partie 'libérale' et franchement capitaliste du système français maintien un lobby pour préserver leur fond de commerce exactement comme leurs homologues américains.
Ceci ne peut être considère comme une critique de l'attitude des Français à l'égard de leur système de santé. Peut-être le fait que je suis moi-même anglais (mais résident en France pour plus de 35 ans - toutes cotisations payées!) provoque plus que de l'ordinaire ce type de remarque. Dans tous les cas elles ne diffèrent qu'en degré des remarques faites par les Républicains dernièrement à l'égard du système 'socialiste' anglais.
Ces remarques - vous êtes peut-être mal placée pour le savoir - ont provoqué une énorme tollé en GB à la fois à gauche ET à droite. En effet, les Anglais, comme les Français, sont très attachés à leur système. Très peu parmi eux utilisent le privé ou ont recours à une mutuelle.
Bref, je pense que mes remarques et mes comparaisons avaient une certaine validité.
Avec mes respects,
Cher Peter,
Bon d'accord, je suis la pire des chauvinistes qui soit, et vous, vous êtes un modèle de tact et de mesure.
Il n'en reste pas moins que vous avez eu tôt fait de glisser de madame Palin au "lobby médical français".
Or, pour moi, cela n'a aucun sens, car en France la médecine et tout le système de santé est encadré par la Sécurité sociale. C'est elle qui en fixe les tarifs. Ce qui n'a rien à voir avec le système américain.
Pour me résumer, je dirais que le système français est très (trop ?) coûteux et que le système britannique s'il est plus maîtrisé du point de vue des coûts, génère des files d'attente interminables insupportables.
Les médecins français répugnent à faire une gestion comptable de la santé, tandis que les médecins anglais la font peut-être d'un coeur trop léger.
Cordialement.
Cher Peter Wright
Concernant votre deuxième paragraphe je souhaite que se passage obligé, non souhaité, dans un service hospitalier ne soit demain qu'un moment qui vous permettra d'étayer vos remarques.
Bon rétablissement, notre lien: Slate, nous permet d'avoir cette courtoisie aussi bien anglaise que française.
cordialement
Bonsoir Mme Marianne ARNAUD
Notre système est bon mais pour combien de temps encore là est la question et des dérapages ( mot faible) existe et depuis plusieurs années.
Mon épouse a du subir une opération de la thyroide le chirurgien nous a fait comprendre ouvertement que pour éviter une "vilaine" cicatrice l'opération serait plus longue que pour une opération au tarif sécu, le temps ne lui étant pas compensé nous avons du payer un "complément".
"Belle" cicatrice pour ainsi dire invisible mais je ne suis ni à la rue, ni chômeur, ni ouvrier et autres citoyens dont les fin de mois sont difficles mais dont l'épouse se verra peut-être mal "raccomodée" par ce type de chirurgien car mes autres semblables n'auront pas la possibilité de régler "le complément".
Alors attention aux critiques faciles notre système n'est pas forcément des plus limpides même, et pour en avoir fait l'expérience lors de mes déplacements à l'étranger, si je le répète le personnel de santé est excellent et son système également mais attention au début d'un dérapage SANTE=BUSINESS.
Bonne soirée
Cher monsieur Mayombe,
Je lis toujours vos commentaires avec beaucoup d'intérêt, et je vous demande de pardonner cette réponse tardive.
En ce qui concerne la Sécurité sociale, il ne faut pas confondre le système, qui est ce qu'il est, et les hommes, chirurgiens ou pas, qui sont ce qu'ils sont.
Le chirurgien dont vous parlez agit en complète contradiction avec la loi et avec le code de déontologie.
Si vous étiez allé raconter votre petite histoire à la Sécurité sociale, il y a gros à parier que ce monsieur aurait bénéficié, au minimum, d'un contrôle URSSAF et d'un contrôle fiscal.
Mais voilà , vous n'êtes pas à la rue, vous n'avez même pas de fins de mois difficiles et vous êtes somme toute heureux du résultat du travail de ce monsieur. Sans compter que vous vous dites peut-être que vous pourriez de nouveau avoir besoin de ses services à une autre occasion.
Ce chirurgien qui en prend à son aise avec les lois, pourra donc continuer.
Jusqu'au jour où... ça s'est déjà vu.
Très cordialement.
P.S. Sa menace de faire une vilaine cicatrice était du bluff. Aucun chirurgien n'accepterait de faire une vilaine cicatrice sciemment. Il en va de sa réputation vis à vis de son équipe, des médecins qui lui adressent leurs patients et du public en général.