Economie

Le bitcoin peut-il sauver la Grèce?

Repéré par Myriam Lebret, mis à jour le 03.03.2015 à 16 h 39

Repéré sur The guardian, Tech Crunch, Pensées pour le monde post-2008 (Yanis Varoufakis)

Un portefeuille de bitcoins avec des QR codes et des pièces. Photo d'illustration prise à La Maison du Bitcoin (Paris), le 11 juillet 2014. REUTERS/Benoît Tessier.

Un portefeuille de bitcoins avec des QR codes et des pièces. Photo d'illustration prise à La Maison du Bitcoin (Paris), le 11 juillet 2014. REUTERS/Benoît Tessier.

Yanis Varoufakis, nouveau ministre grec des Finances depuis la victoire de Syriza, avait écrit sur son blog, il y a un an, que si les choses se compliquaient pour la Grèce, il faudrait envisager de créer une devise numérique parallèle à l'euro, en utilisant la sécurité et la transparence numérique du bitcoin. Mais est-ce une bonne idée?

Pour le journaliste économique Paul Mason, utiliser une monnaie virtuelle pourrait permettre à la Grèce de retarder le défaut de paiement qui la guette en raison de sa dette. En effet, elle récupérerait alors une partie de sa souveraineté monétaire et pourrait mener une politique de relance en créant de la monnaie.

Afin de rendre cette nouvelle devise attractive, elle serait librement convertible en euros: quelqu'un qui achèterait pour 1.000 euros de bitcoins grecs pourrait facilement faire l'échange inverse. Mais, et c'est là qu'intervient l'effet relance, les personnes qui détiendraient ces 1.000 euros de bitcoin deux ans après leur émission bénéficieraient alors, en les restituant, d'un rabais d'impôt de 1.500 euros, ce qui inciterait à laisser longtemps ces bitcoins en circulation. Comme le résume Paul Mason, «utiliser cette monnaie parallèle revient à emprunter les recettes fiscales de demain pour financer une relance monétaire aujourd'hui», ce qui explique que Varoufakis l'appelle «future-tax coin» («pièce du futur impôt»). Afin d'éviter qu'une relance trop massive dans le présent ne se traduise par des pertes fiscales trop grande dans le futur, la quantité de bitcoins émise serait plafonnée à un certain montant, par exemple 10% du PIB.

«Si cela est vrai, la conclusion pratique évidente est que l'Etat qui a sa propre devise est toujours solvable. La seule condition est que les gens croient que l'Etat continuera à exister dans le futur», ajoute Paul Mason.

Dans un édito pour TechCrunch, Wences Casares, le PDG de Xapo (une start-up qui propose des portefeuilles de bitcoins sécurisés), estime quant à lui qu'adjoindre le bitcoin à l'euro reviendrait au contraire à «guérir une migraine avec une balle dans la tête»:

«Le gros problème que rencontre la Grèce avec l'euro, c'est qu'elle ne peut pas en créer plus, seule la BCE le peut. Mais au moins quelqu'un peut. [...] Si la Grèce devait passer au bitcoin, elle n'aurait aucun moyen d'en contrôler la quantité produite, et elle ne pourrait persuader personne de générer plus de monnaie

L'entrepreneur rappelle en effet que la quantité de bitcoins est limitée. Aujourd'hui, il y en a moins de 14 millions et leur nombre total ne pourra jamais dépasser 21 millions. Selon lui, aucun Etat ne devrait utiliser le bitcoin comme devise car elle est déflationniste: sa valeur augmente avec le temps, alors que les pays préfèrent les monnaies inflationnistes, qui perdent de la valeur avec le temps. Le bitcoin n'est donc pas destiné aux nations, mais aux personnes:

«Cela serait une mauvaise idée pour la Grèce de renoncer à sa monnaie et d'adopter le bitcoin. Cela reviendrait à adopter l'or comme monnaie nationale et à abandonner les politiques monétaires. La politique monétaire, utilisée de manière responsable, a été un pas en avant pour les finances publiques et la prospérité. Mais certains gouvernements en ont aussi abusé en choisissant de créer trop de monnaie

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