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Départementales, GPA: la Manif pour tous repart au combat

Bannière lors d'une manifestation anti-GPA de La Manif pour tous, le 5 octobre 2014 à Bordeaux. REUTERS/Regis Duvignau

Bannière lors d'une manifestation anti-GPA de La Manif pour tous, le 5 octobre 2014 à Bordeaux. REUTERS/Regis Duvignau

Lancement d'une charte des candidats aux élections départementales, organisation d'un forum contre la GPA... Pour réaffirmer son existence, l’association conservatrice est sur tous les fronts.

Récemment, David Douillet faisait part de son ras-le-bol. Accusé d’avoir, dans le passé, tenu des propos homophobes, le député UMP des Yvelines avait décidé de soutenir une association –Le Refuge– chargée d’aider de jeunes homosexuel(le)s chassés de chez eux ou victimes de mauvais traitements. L’initiative n’a pas plus à quelques-uns de ses électeurs qui l’ont accusé de soutenir le «lobby LGBT» (sic). 

Cet épisode a correspondu très exactement au lancement par l’association «La Manif pour tous» (qui, détentrice du nom, ne représente néanmoins qu’une fraction du mouvement conservateur en France) d’une nouvelle campagne destinée à peser sur l’issue des élections départementales. Et ce alors que plusieurs sites et médias conservateurs intensifient leurs campagnes en direction des élus de droite: les activistes conservateurs ont ainsi pointé le soutien de Christian Estrosi à «Lou Queernaval», un carnaval LGBT niçois. Les élus de droite sont donc soumis à l’attention constante et à la pression croissante du mouvement conservateur français.

La «Charte des candidats aux élections départementales» promue par l’association présidée par Ludovine de La Rochère se fonde sur huit principes et porte des «engagements» que le candidat signataire devra respecter s’il est élu, et qui ciblent notamment les familles homoparentales.

L'école, champ de bataille de prédilection

On constate que La Manif pour tous persévère dans son choix tactique de désigner l’école, via la «neutralité républicaine des collèges», comme un champ de bataille où elle cherche à imposer sa vision du monde, en partant des thèses relatives à «l’idéologie du genre». Les engagements qu'elle demande aux candidats pour «préserver la neutralité républicaine des collèges» sont les suivants:

«Veiller à ce que les organismes et personnes habilitées par le Conseil départemental à intervenir dans les collèges publics respectent la neutralité de l’enseignement.

 

[S]'opposer à tout soutien du Conseil départemental ou d’un de ses organismes, qu’il soit financier, matériel ou logistique, à toute organisation promouvant l’idéologie du genre en milieu scolaire.

 

S'assurer que les chefs d’établissement, les enseignants et l’ensemble des personnels veillent à être à l’écoute des attentes des parents.»

 D’autres engagements sont relatifs à la politique sociale des Conseils départementaux:

«Veiller à ce que les dossiers de demandes d’adoption soient examinés sans idéologie aucune, dans le respect des personnes et de l’intérêt supérieur de l’enfant.

 

Veiller à ce que le Conseil départemental n’apporte aucune aide, financière, matérielle ou logistique aux associations ou campagnes de communication promouvant explicitement ou implicitement l’idéologie de l’indifférenciation sexuelle, la Gestation Pour Autrui ou la Procréation Médicalement Assistée sans père (deux pratiques interdites par la législation française).»

On le comprend, sont explicitement visées les associations LGBT et la possibilité d’adopter pour des homosexuel(le)s. Le document est plus conçu pour satisfaire le cœur du réacteur conservateur français que pour irradier véritablement le débat public.

Combien d’élus signeront au final? La dynamique conservatrice née de La Manif pour tous n’appartenant plus exclusivement à l’association du même nom, il n’est pas certain que tous les candidats se reconnaissant dans les thématiques conservatrices signent ce document. Corrélativement, il sera intéressant d’observer les proportions de candidats UDI, UMP et FN y adhérant. Si le nombre de signataire était déjà annoncé à environ 400 deux jours après le lancement de cette campagne, on ne dispose pour l’heure d’aucun chiffre fiable, ni a fortiori d’aucun classement des signataires par partis politiques.

D’autant que l’évolution de certains secteurs du mouvement conservateur peut rebuter certains élus de droite (l’exemple de David Douillet et Christian Estrosi peut aussi y contribuer). Ainsi, le blog le Salon Beige, après avoir pointé les manquements de certains élus de droite, ne faisait guère dans la nuance lorsqu’il proclamait, le 27 février dernier: «Noyer un bébé, est-ce plus grave que de le réduire en bouillie in utero?».

Un forum international contre la GPA à Paris

Autre temps fort de la mobilisation de La Manif pour tous, le 8 mars et le «Grenelle de la Famille». Ce jour-là, place de la Bourse, un Forum international pour l’abolition de la GPA –opposition qui n’est absolument pas le monopole du mouvement conservateur français ni international– est organisé, rassemblant des figures internationales du combat conservateur, notamment Jennifer Lahl, membre du Center for Bioethics and Culture Network, un lobby conservateur très actif aux Etats-Unis en matière de bioéthique.

Certes, les élections départementales sont l’objet de toute l’attention de l’association présidée par Ludovine de la Rochère. Mais la dimension transnationale de la nouvelle campagne se confirme donc, autour de la critique de la «théorie du genre» portée notamment, très tôt en France, par Monseigneur Tony Anatrella, prélat de Sa Sainteté et psychologue. Alors qu’une version italienne de «La Manif pour tous» a été lancée en Italie, la présidente de la version française du mouvement s'est rendue récemment en Slovaquie pour soutenir les opposants au «mariage gay».

Un autre enjeu mobilise la France la plus catholique: le synode sur la famille. Le premier a eu lieu du 5 au 19 octobre dernier, et le document intermédiaire des travaux, qui reconnaissait la stabilité de certains couples hors mariage, avait déjà paru inacceptable aux yeux d’un certain nombre de catholiques. Et ce en particulier aux Etats-Unis, où le cardinal Raymond Léo Burke semble mener une fronde contre le Saint-Siège; de même, le cardinal Robert Sarah, d’ailleurs annoncé en France début mars par le Salon Beige, avait dénoncé la médiatisation des débats du synode. La relatio synodi, diffusée à la fin des travaux, n’a encore pas convenu à tous les catholiques.

La XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, ou «second synode», qui s’appuie donc à la fois sur la relatio synodi et sur le lineamenta issus des travaux d’octobre dernier, aura lieu en octobre prochain. On comprend, dès lors, l’enjeu que représente ce moment pour nombre de catholiques.

Notons par ailleurs que l’héritage de «La Manif pour tous» n’appartient pas exclusivement à l’association éponyme et détentrice du nom, loin s’en faut. Il existe bien d’autres organisations ayant participé au mouvement hostile à la loi Taubira. On sait, exemple, que Frigide Barjot, alias Virginie Tellenne, a fondé «L’Avenir pour tous», prônant une «réforme de la loi Taubira» et, notamment, une «reconnaissance des couples homosexuels», et tente d’exister à côté de LMPT.

D’autres groupes encore, comme Les Veilleurs par exemple, ont considérablement étendu leur champ d’analyse et ne semblent pas relayer la récente campagne de La Manif pour tous –une prise de distance probablement plus stratégique que philosophique. Quant à Sens Commun, ils doivent à Laurent Wauquiez une série de nominations dans l’organigramme de l’UMP. Le voyage du pape en France (en 2016?) devrait être l’occasion de faire un point sur les rapports de forces au sein du monde catholique français.

Les présidents de Conseils généraux (socialistes notamment) peuvent donc tirer quelque légitime orgueil d’être autant dans le viseur de «La Manif pour tous» que le pape François!

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