Monde

Lits king size, frigos, hôtel pour la famille... L'Arabie saoudite fait la promotion de ses prisons antiterrorisme

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 02.03.2015 à 13 h 05

Repéré sur The Washington Post, Amnesty International, The Huffington Post

Une posture qui cache mal les nombreuses violations des droits humains dans la royaume.

Cette vidéo présente l'un des centres de détentions construits près de Riyad pour les prisonniers terroristes.

Pour faire face aux accusations de tortures sur ses prisonniers, l’Arabie saoudite a décidé d’ouvrir les portes de ses centres d’incarcération aux journalistes. Kevin Sullivan, du Washington Post, est l’un d’entre eux. Il a pu se rendre à al-Hair, la plus importante des cinq prisons spécialisée dans la lutte contre le terrorisme dans le pays, située à quelques kilomètres de Riyad. «Nous n’avons rien à cacher, lui explique le gardien qui l’accompagne lors de sa visite. Montrez n’importe quel bâtiment, n’importe quelle cellule. Vous pouvez voir tout ce que vous voulez.»

Et ce que le journaliste va découvrir a de quoi surprendre. Les cellules de haute-sécurité abritant des détenus souvent condamnés pour terrorisme sont suréquipées: frigos, grands lits, télévision, douche, nourriture... Les familles et les compagnes ont droit à des visites régulières et des appels quotidiens. Le gouvernement leur donne également de l’argent pour acheter de la nourriture, financer les études des enfants ou organiser les mariages et les enterrements. Les prisonniers dont le comportement est satisfaisant peuvent même bénéficier de la «Family Home», un hôtel au sein de la prison où jusqu’à 9 membres de la famille peuvent profiter des suites, des buffets et des terrains de jeux pour les enfants.

Les représentants du gouvernement démentent les accusations de mauvais traitement et expliquent au Washington Post qu’ils misent avant tout sur la réinsertion et la réhabilitation des prisonniers afin d’éviter qu’eux ou leur famille ne (re)tombent dans le terrorisme. «Les fanatiques purs et durs ne seront jamais réhabilités, mais l’idée selon laquelle [les terroristes] sont tous les mêmes et que nous devrions les enfermer pour toujours n’est pas efficace non plus», reconnaît Bruce Hoffman, directeur du Centre des études sur la Sécurité à l’université de Georgetown, avant d’ajouter que des «programmes comme celui-ci peuvent être très efficaces».

Dans les faits, et au-delà de ces visites encadrées pour les médias, l’Arabie saoudite est très en retard en ce qui concerne les droitshuains, comme le souligne le Washington Post. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty International se montre particulièrement préoccupée par la situation du pays dirigé depuis peu par le roi Salmane ben Abdelaziz al-Saoud:

«La Cour continue d’imposer des peines de mort pour différents crimes, notamment certains n’incluant pas de violence, tels que la “sorcellerie”, l’adultère ou de la drogue, souvent après des procès déloyaux.»

Les exécutions sont souvent réalisées par décapitation en place publique, «des douzaines» ont été effectuées en 2014 selon le rapport. En plus de lourdes peines de prisons, les châtiments corporels tels que les amputations ou les lapidations sont très répandus en Arabie saoudite.

Le rapport cite ainsi l’exemple du blogueur Raïf Badawi, qui pourrait être à nouveau jugé pour apostasie, soit «l’abandon de la foi musulmane», après avoir été reconnu coupable d'insulte à l'islam et d’atteinte à la réputation de l'Etat. Le Huffington Post précise que Raïf Badawi, qui risque la peine de mort, purge actuellement une peine de 10 ans de prison et doit recevoir au total 1.000 coups de fouet «pour avoir créé un forum en ligne qui questionnait les autorités religieuses de l'Arabie saoudite».

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