Economie

La reprise prend l'autoroute

Philippe Reclus, mis à jour le 03.09.2009 à 12 h 30

La circulation des voitures et des poids lourds sur les autoroutes est un indice pertinent du redémarrage de la croissance.

Reprise en trompe l'oeil? Reprise avant rechute? Durable ou simple feu de paille? L'espèce de faux plat sur lequel s'est installée depuis l'été l'économie française invite d'autant plus à chercher des thermomètres fiables et pertinents pour tenter d'y voir clair pour les prochains mois. Un économiste facétieux, mais qui avait au moins le mérite de regarder autour de lui la vraie vie, s'était fixé trois indicateurs de référence pour tenter de lire dans la conjoncture: le taux de remplissage des terrasses de café, l'affluence auprès des péripatéticiennes et les queues aux bornes de taxi.

Pas sûr que ces trois références soient vraiment adaptées à l'air du temps pour donner une image juste de la fin du déclin ou du début de la prospérité. Baisse ou pas de la TVA, le petit noir est quoiqu'il en soit devenu un produit de luxe, l'économie Internet a depuis belle lurette remis en question la pertinence de l'indicateur des prostituées. Enfin, les embarras de la ville et l'inextricable problème des transports mettent de sérieux doutes sur la fiabilité de l'indicateur des taxis.

Autant donc se fier à d'autres signaux plus pertinents. De ce point de vue, la corrélation entre la circulation des voitures et des poids lourds sur les autoroutes et l'évolution du PIB (Produit intérieur brut) reste une valeur sûre. Or,  les principales sociétés concessionnaires d'autoroutes, Vinci, Eiffage et Abertis, sont  formelles. le trafic autoroutier, expliquent-elles, a nettement repris depuis le début de l'été.

Les réseaux d'Eiffage (Autoroutes Paris Rhin Rhône et Area) ont ainsi vu le trafic des véhicules particuliers croître de 2,5% en cumul à fin août et de 0,4% en incluant les poids lourds. Sur Cofiroute, Autoroutes du Sud de la France et Escota (Vinci), même constat: la circulation de voitures particulières avait plongé de 4,3% au premier trimestre rapporté au premier trimestre 2008. Elle rebondi de 6,9% le trimestre suivant. Ce qui revient à dire qu'au cours des six premiers de l'année, le solde est positif de 1,9%. Si les Autoroutes du nord et de l'est de la France et Paris Normandie (Abertis) ne fournissent aucun chiffre, on n'en admet pas moins, à leur siège, les mêmes tendances.

Le terrible hiver 2008-2009, qui avait vu quatre trimestre de suite de baisse du trafic, traduisant la chute de toute l'activité économique du pays, ne serait donc, à se fier à ces données, qu'un souvenir. Au premier semestre 2008, la baisse de la circulation, notamment de véhicules des particuliers, avait pu être imputée à l'envolée des prix des carburants qui avait propulsé le litre de gazole à 1,45 euro le litre.

En revanche, la baisse du trafic des camions, moins corrélée au prix des carburants -il faut bien livrer une cargaison- apparue au début du second semestre n'avait cessé de s'accélérer en fin d'année et en janvier 2009. Chez Eiffage, on a ainsi relevé une chute de 15% du trafic à ce moment là.  Des régions comme celles du nord de la France, aux frontières des grands ports de la mer du Nord et comptant également Le Havre ont été encore plus touchées. Résultat: pour la première fois depuis la création en 1980 des statistiques du trafic autoroutier, l'indice a reculé en 2008 : - 0,8 % par rapport à 2007 (-1,2 % pour les véhicules légers et - 2,4 % pour les poids lourds).

Or, le trafic des poids lourds tend depuis le printemps à relever la tête. Et c'est un même un été plutôt encourageant que les concessionnaires d'autoroutes ont constaté. Même si cela demeure fragile.  En juillet et août le repli du trafic s'est limité à 10% sur un an. Chez Vinci,  le trafic de poids lourds s'est stabilisé à moins 12, 8%. Et les moyennes mobiles hebdomadaires que les concessionnaires ont tous mis au point confirment, depuis le début juillet une reprise vigoureuse.

Concernant les voitures particulières, il ne faut pas négliger le phénomène de transfert qu'il y a pu avoir entre le rail et la route. Le trafic des voyageurs à la SNCF a été mauvais cet été, le train étant cher et les prix des carburants ayant baissé, rendant les déplacements en voiture, et souvent pour des vacances en France, plus attractifs.

Six mois de trafic ne font pas une reprise. D'autant que les prix des carburants remontent. Et d'expérience, il existe un décalage de deux à trois mois entre la remontée des prix et l'impact sur les déplacements des particuliers en voiture.

Mais, autre indicateur avancé de conjoncture, les sociétés d'autoroute anticipent un très bon mois de septembre. S'ajoute à cela que la chute de la circulation des poids lourds, datant de septembre 2008, l'effet de base sera d'autant plus fort sur le rebond du dernier trimestre 2009. Ce qui pourrait laisser imaginer une année 2009 «flat». Pas si mal comparé à d'où l'on vient.

Personne ne veut pour autant prendre crier victoire. Si l'indicateur avancé de conjoncture qu'offre le trafic est en soi une nouvelle plutôt encourageante pour l'économie en général, le réveil de la circulation sera aussitôt associé à celui des profits plantureux que les concessionnaires réalisent aux péages. Plutôt dangereux en cette période de vaches maigres et de boucs émissaires. D'autant plus dangereux que la profession vient coup sur coup d'infliger un double camouflet à l'Etat: le premier en torpillant l'idée de tripler le montant de la redevance domaniale payée par les concessionnaires, pour financer les lignes de TGV, en menaçant de répercuter sur les péages ce relèvement. Le second camouflet s'inscrit dans le cadre du plan de relance. Le projet consistait pour les sociétés d'autoroute à proposer à l'Etat d' échanger contre l'allongement d'un an des concessions leur engagement d'investir d'ici à janvier 2010  un milliard d'euros en travaux pour rendre leurs autoroutes plus compatibles avec le Grenelle de l'environnement.

Ne voulant surtout pas prendre le risque de paraître, aux yeux de l'opinion, avoir offert un superbe cadeau aux concessionnaires avec ce montant limité d'investissement, le gouvernement n'a pas donné suite. Il n'est pas exclu que les négociations continuent, en sous main, entre chacun des acteurs et l'Etat. Mais chaque concessionnaire a ses préoccupations. Eiffage n'a pas les moyens actuellement d'investir, à moins de faire garantir sa dette par l'Etat. Impossible à imaginer. Vinci regarde ailleurs et préfère se renforcer dans ses autres métiers avec le rachat de Cegelec. Les espagnols d'Abertis seraient prêts à négocier un accord séparé. Mais là encore, l'Etat ne prendra jamais le risque de signer avec un seul concessionnaire.

Bref, s'ils peuvent être perçus, à leur manière comme les témoins de la reprise, les concessionnaires d'autoroute ne paraissent pas prêts à en être les acteurs.

Philippe Reclus

Image de Une: Autoroute A7   Robert Pratta / Reuters

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