Monde

Comment apprend-on à tuer?

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 01.03.2015 à 16 h 56

Repéré sur New York Times

Bradley Cooper dans «American Sniper» | Warner Bros

Bradley Cooper dans «American Sniper» | Warner Bros

Vous avez peut-être vu American Sniper, le nouveau film de Clint Eastwood dans lequel Bradley Cooper joue un soldat américain, celui qui sait le mieux, en Irak, sur le terrain, mettre en joue et tuer, prendre en quelques secondes quelques vies. Bientôt sortira un autre film –plus subtil– sur un autre sniper, qui ne tue pas sur le terrain mais depuis une cabine de commande éloignée: Good Kill, d'Andrew Niccol, avec Ethan Hawke. 

Ces deux films, pour un simple spectateur qui n'a jamais tué personne, interrogent. Qu'est-ce qui fait que l'on est capable, dans des sociétés dans lesquelles la mort a été mise depuis bien longtemps à distance, sortie des maisons, sortie du quotidien, mais encore tabou, le cinquième commandement, interdit absolu, qu'est-ce qui fait que l'on est capable de tuer? 

Dans un article du New York Times, «Comment nous avons appris à tuer», un capitaine Marine et étudiant à la New York University qui a servi en Irak et en Afghanistan, l'explique. Il raconte la première fois qu'il a donné l'ordre de tirer, et que deux hommes sont morts ainsi. Il explique comment on passe de la théorie à la pratique et ceci: 

«Avant de tuer la première fois, il y a une certaine réticence qui modère le désir de savoir si l'on est capable de le faire ou non. Ce n'est pas étranger à celle des adolescents, désireux de perdre leur virginité mais tout aussi désireux d'attendre le bon moment pour le faire. Mais une fois que tuer a perdu sa mystique, ce n'est plus dès lors un outil de dernier recours.

Pendant un long moment, après [avoir ordonné pour la première fois de tuer], tout ce que nous faisions semblait acceptable. Tuer pouvait être banal. Chaque jour apportait une nouvelle menace qu'il nous fallait éliminer. Des bombes tombaient, des Marines tiraient et l'artillerie enveloppait les collines dans des bruits d'explosion. J'avais une vague estimation de combien de personnes avaient été tuées, mais au bout d'un moment, j'ai arrêté de compter.»

Dans un article publié sur Slate, le journaliste Phil Zabriskie, spécialiste des snipers américains, racontait que justement les entraînements que suivent les militaires avant de tuer sont multiples, notamment pour leur donner l'impression que lorsqu'ils tuent pour la première fois ce n'est pas la première fois: «la façon dont on passe du carton à des cibles plus réalistes, le langage utilisé, les exercices, les simulations et autres outils utilisés pour envoyer les troupes au combat avec l’impression que ce n’est pas la première fois qu’elles font cela.» 

Zabriskie précisait: 

«Un ancien soldat d’infanterie me décrivait le résultat final en se remémorant un affrontement avec un soldat à pied en Afghanistan:

«La cible se présente. L’arme est relevée, on ajuste sa visée, on appuie sur la gâchette et le fusil redescend», dit-il. «C’était une cible à 25 mètres, voilà ce que c’était», dit-il encore.

C’est seulement plus tard que le soldat s’est dit:

«En fait c’était une personne.»

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