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Les mosquées autrichiennes n'ont désormais plus le droit de recevoir des financements de l'étranger

Temps de lecture : 2 min

Mosquée à Telfs, en Autriche, le 2 octobre 2014. REUTERS/Dominic Ebenbichler
Mosquée à Telfs, en Autriche, le 2 octobre 2014. REUTERS/Dominic Ebenbichler

Après trois ans de discussions, le Parlement autrichien a adopté cette semaine une loi sur l'islam qui fixe les droits et les devoirs des 560.000 musulmans qui vivent aujourd'hui en Autriche, dont un tiers sont de nationalité autrichienne. Ce texte vise à établir «un islam à caractère autrichien», selon les mots du jeune ministre des Affaires étrangères et de l'Intégration Sebastian Kurz, membre du très conservateur ÖVP, le Parti populaire autrichien.

Il s'agit en fait d'une réécriture d'une loi datant de 1912, qui avait été adoptée par la monarchie de Habsbourg lors de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, dont la population était majoritairement de confession musulmane, comme l'explique sur son site le journal du ministère de l'Intérieur autrichien.

Comme le rapporte le quotidien allemand Die Welt, la réécriture de ce texte interdit désormais aux mosquées, aux associations islamiques, aux écoles coraniques de recevoir des financements de l'étranger, afin de réduire l'influence de la Turquie et des pays du Golfe sur la communauté musulmane autrichienne. De nombreux imams qui prêchent dans les mosquées autrichiennes sont en effet rémunérés grâce à des dons étrangers:

«Sur les 300 imams environ que compte l'Autriche, 63 d'entre-eux sont payés par la Turquie», précise Die Welt.

Le texte prévoit également que les imams devront à l'avenir être formés en Autriche et savoir parler allemand. Les responsables religieux envoyés en Autriche par des pays musulmans ont donc désormais un délai d'un an pour quitter leurs fonctions et être remplacés par des imams du cru, pour «empêcher la propagation des courants conservateurs de l'islam comme le wahhabisme saoudien mais aussi de l'interprétation de l'islam par la milice terroriste État islamique ou par l'organisation islamiste radicale des Frères musulmans», écrit Die Welt. Une filière dédiée à l'étude de l'islam sera donc créée d'ici 2016 à la faculté de théologie de Vienne, afin de former de futurs imams.

Cette loi veut par ailleurs accorder plus de reconnaissance aux musulmans au sein de la société autrichienne en leur garantissant un certain nombre de droits: disposer de cimetières spécifiques, respect des prescriptions alimentaires spécifiques à l'islam ainsi que de certaines pratiques, telles la circoncision des garçons, ou encore l'abattage rituel des animaux, droit prendre des congés lors des fêtes religieuses, ou encore de faire appel à des aumôniers de confession musulmane au sein de l'armée, ainsi que dans les prisons et les hôpitaux...

Bien que les initiateurs de cette loi se targuent de faire de l'Autriche «un modèle d'intégration des musulmans en Europe», comme l'écrit Die Welt, la communauté musulmane autrichienne se sent elle discriminée, faisant par exemple remarquer que la communauté orthodoxe autrichienne peut elle continuer à recevoir des dons de la part de la Russie. Dans un communiqué de presse publié cette semaine, l'Union turque islamique (Atib), la plus grande fédération de mosquées en Autriche, estime que cette loi place les musulmans dans une atmosphère de «suspicion généralisée» et annonce vouloir porter plainte auprès du tribunal constitutionnel autrichien. De son côté, le réseau autrichien Société civile musulmane n'exclut pas de saisir la Cour européenne.

Alors qu'en Allemagne, plusieurs responsables politiques de la CDU-CSU ont salué cette semaine la nouvelle loi autrichienne comme un exemple à suivre, le quotidien Die Tageszeitung estime qu'il est impensable d'adopter une telle réglementation en Allemagne:

«Pour le formuler de manière prudente, nous n'avons pas eu les meilleures expériences avec les lois spéciales sur les minorités religieuses en Allemagne par le passé. On a moins de scrupules en Autriche car là-bas, la loi a des racines plus anciennes.»

Slate.fr

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