Allemagne

«Newtopia»: la téléréalité allemande se lance dans la société «idéale» et frugale

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 26.02.2015 à 16 h 19

Repéré sur Sat.1, Die Zeit, Stern

15 personnes enfermées pendant un an dans un coin paumé dans la campagne berlinoise, avec quelques poules et vaches à disposition pour se bâtir une nouvelle vie dans la frugalité. Et bien sûr ses «personnages» archétypés, dont le vieil électricien qui demande aux femmes de se prostituer...

Fini les lofts avec piscine et les lointains paysages de carte postale: la nouvelle tendance de la téléréalité, c'est la frugalité, à en croire le pitch de «Newtopia», l'émission diffusée depuis cette semaine par la chaîne privée allemande Sat.1:

«Quinze pionniers ont tout abandonné pour créer sur ce lopin de terre isolé leur société idéale, avec ses propres règles et ses propres lois.»

Ce lopin de terre isolé, c'est une ancienne base militaire située à une quarantaine de kilomètres au sud de Berlin, un terrain de deux hectares sans eau courante, sans électricité, sans chauffage, mais sur lequel se trouvent une grange équipée d'un mobilier rudimentaire, une étable dans laquelle se trouvent deux vaches laitières et une vingtaine de poules, ainsi qu'un étang où croupissent quelques truites. 105 caméras et 37 micros enregistre les faits et gestes des pionniers, qui peuvent être observés en permanence via le site internet de l'émission. Les quinze volontaires, huit hommes et sept femmes, ont été sélectionnés parmi 8.000 candidats pour s'enfermer pendant douze mois dans cette plate campagne brandebourgeoise aux paysages généralement aussi insipides que ceux qui bordent les aires d'autoroutes.

«Newtopia» est la version allemande d'«Utopia », le nouveau format aux accents post-apocalyptiques d'Endemol, la société de production de Loft Story. «Utopia» a rassemblé jusqu'à un million de téléspectateurs aux Pays-Bas l'an dernier, et bien que l'expérience n'était censée durer qu'une année et s'achever fin 2014, les quinze «pionniers» continuent de vivre en autarcie dans la banlieue d'Amsterdam depuis bientôt deux mois, et ce toujours sous le regard des caméras, comme l'explique l'hebdomadaire Die Zeit, qui ironise en titrant «Enfin à nouveau du socialisme dans le Brandebourg».

Avec 5.000 euros en liquide et un téléphone portable doté d'un crédit de 25 euros, les pionniers ont avant tout pour mission de survivre une année, avec en toile de fond l'idée qu'ils pourraient éventuellement mourir de faim. Pour la société idéale, on verra plus tard, à voir l'ardeur avec laquelle les participants s'attachent à recréer les standards de leur vie à l'extérieur: construire une douche pour ne plus avoir à s'exhiber devant les autres participants en faisant sa toilette, installer l'électricité, construire un sauna, passer commande de déodorant au supermarché local...

La galerie de personnages archétypés, casting typique de la télé-réalité pour générer un maximum de conflits –la militante végane, l'agriculteur à qui on ne la fait pas, la mère célibataire fatiguée de trimer à la caisse d'une enseigne hard discount, le prof de fitness à la je-vais-te-montrer-mes-tatouages– achève tout embryon de foi en la capacité de l'humanité à se réinventer.

Dernier motif de dispute en date: l'oeuf au plat de trop qu'a englouti le prof de fitness. Dernière idée du vieil électricien, que les longues années de chômage ont visiblement rendu misanthrope, pour permettre au groupe de survivre avant que la bande de terre ne se transforme en luxuriant potager: demander aux femmes de se prostituer, comme s'en offusque l'hebdomadaire Stern.

Pour éviter toutefois de transformer l'expérience sympathique en dystopie façon Sa Majesté des mouches, un vote mensuel permet d'évincer un par un les éléments mettant en danger la survie du groupe, remplacés à chaque fois par deux candidats dont l'un sera finalement à son tour éliminé à la suite d'une période d'essai.

Die Zeit, qui s'est rendu sur les lieux du tournage avant le début de l'émission, s'interroge sur ce nouveau format de téléréalité d'enfermement, lancé l'année où l'on célèbre le 70e anniversaire de la libération des camps de concentration:

«On est gagné par une sensation désagréable lors qu'on passe à travers le portail avec l'inscription “Newtopia”. Cela s'apparente à l'atmosphère d'un camp; c'est-à-dire totalement clôturé. Du lierre a été drapé autour de la clôture, mais ne parvient pas à dissimuler entièrement les fils barbelés.»

On se demande quelles seront les préoccupations des participants du Projet Mars One, qui prévoit d'envoyer quatre personnes sur la planète rouge pour y créer une nouvelle société, et dont la faisabilité est de plus en plus mise en doute: construiront-ils eux aussi un sauna dès leur arrivée?

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