Boire & manger / Slatissime

Dès qu'un chanteur s'ennuie, il fait du whisky (c'était ça ou un album raté)

Temps de lecture : 3 min

Bob Dylan est le dernier en date à sortir sa marque de spiritueux. Dès qu'un acteur s'ennuie à Hollywood, dès qu'un chanteur tourne en rond en studios, on a droit à une murge estampillée people...

Bob Dylan aux Vieilles Charrues en 2012 | Fred Tanneau / AFP
Bob Dylan aux Vieilles Charrues en 2012 | Fred Tanneau / AFP

On appelle cela une tendance. Aujourd’hui, dès qu’un people s’emm*** et entend faire parler de lui, il ne dicte plus ses mémoires non autorisées. Non, ça c’est très siècle dernier. Times are a-changin’, n'est-ce pas. Dans les années 2.0, le chanteur abandonné, l’acteur désœuvré distille. Il lance une marque de spiritueux (premium, cela va sans dire). Plan médias assuré, reprises garanties, gazouillis de chat-huant sur les réseaux sociaux: bref le bingo sans dévoiler un seul secret d’alcôve. Après la vodka de Dan Aykroyd, celle de Bill Murray et Mikhail Baryshnikov, la tequila de Justin Timberlake, celle de George Clooney, what else? Le whisky de Bob Dylan. Ou plutôt «les» whiskys de Bob Dylan: un rye (whisky de seigle), un straight Tennessee bourbon et un whisky double maturation, trois quilles réunies sous la marque Heaven’s Door.

Des pros cachés derrière

Quand on dit que le people distille, vous comprendrez de vous-même qu’il ne veille pas sur la fermentation ni ne bourre les alambics. Non, ces tâches subalternes sont fort heureusement déléguées à des pro. Pour cracher ses whiskys, Bob Dylan s’est associé à Marc Bushala, le créateur des bourbons Angels’ Envy (revendus à Bacardi contre un chèque de 150 millions en billets verts). La presse américaine croit savoir que le rye est fabriqué par la gigantesque distillerie du prêt-à-boire MGP, mais le reste n’a pas encore filtré à chaud. Bien que les géants du whisky américain distillent tous à façon pour des tiers, ils ont de ces pudeurs qui leur clouent le bec quand il s’agit de lâcher le nom de leurs clients.

Retrouver les pro derrière une tequila est en revanche assez facile: chaque bouteille d’eau-de-vie d’agave bleue doit afficher son NOM sur l’étiquette, soit un numéro de 4 chiffres octroyé par le gouvernement mexicain, et qui identifie la distillerie d’origine. Allez faire un tour sur tequila.net ou Tequila Matchmakers, qui vous orienteront illico, à partir du NOM, vers la distillerie source et la liste de ses produits. Casamigos, la tequila de George Nespresso (revendue à Diageo contre un milliard en billets verts) est donc fabriquée par la distillerie Productos Finos de Agave, qui produit une trentaine de marques dont la célèbre Avión.

Faire du blé avec de la vodka

Moins pointue que la tequila mais seyant à merveille à l’acteur culte sur le retour, la vodka suscite quelques diversifications d’activité en marge de Sunset Strip. Dan Aykroyd, l’inoubliable Blues Brother, a lancé en 2008 Crystal Head, une vodka de maïs 100% canadienne qui coche toutes les cases: distillée quatre fois, filtrée à sept reprises, dont trois sur des quartz «qui émettent des ondes positives» (bel exemple de marketing à jeun), sans gluten (dont on voit mal comment il pourrait survivre à quatre distillations en colonne, mais bon, trop de précision ne nuit jamais), casher et sans additifs. Son flacon en forme de crâne de verre a sans doute fait davantage pour son succès que la gnôle elle-même.

Bill Murray, the man, l’homme qui a servi au monde entier les whiskies Suntory dans le film Lost in Translation, a dégringolé dix barreaux sur l’échelle de l’exigence en investissant, avec le danseur-acteur Mikhail Baryshnikov et le chef cuistot américain Peter X. Kelly, dans la vodka Slovenia. Une slovène –son nom ne vous aura pas égaré–, distillée en alambics à repasse à base de 99,9% de blé et 0,1% de sarrasin (la précision, disais-je…). Faire de la vodka avec du blé, c’est bien beau, mais faire du blé avec de la vodka, c’est toujours mieux.

La scène Suntory time de Lost in Translation

«La version à boire du tee-shirt Che Guevara»

La liste des people qui ont plaqué leur nom sur de la gnôle, et en particulier du whisky, est longue comme un jour sans orge distillée, depuis les Pogues (West Cork) à Motörhead (Mackmyra) en passant par Booba (Daucourt). C'est quand même plus rock sur les photos que la capsule Volluto.

Mais le whisky de Bob, avouez qu’on ne l’attendait pas. C’est un peu «la version à boire du tee-shirt Che Guevara», déplore avec tristesse Jack Bernhardt dans le Guardian: une voix révolutionnaire détournée, «une façon pour le consumérisme de faire de l’argent sur le dos de ceux qui détestent le consumérisme (ou du moins veulent montrer à tous qu’ils détestent le consumérisme)». Le Nobel de littérature entendait baptiser sa marque Bootleg (jeux de mots sur les enregistrements pirates et la gnôle de contrebande). Finalement, ce sera Heaven’s Door. Et perso, je me réjouis à l’idée de knock, knock, knockin’ back a Heaven’s Door!*

*Jeu de mots sur la chanson «Knocking on Heaven's Door» et l'expression «knock back» qui signifie siffler, descendre (une bouteille) en anglais familier.

Christine Lambert Journaliste

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