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Quand un acteur s’ennuie à Hollywood, il fait de la vodka (et parfois de la tequila)

Christine Lambert, mis à jour le 26.02.2015 à 16 h 56

Les people ne se contentent plus de prêter leur image à des marques de spiritueux. Certains se sont vraiment lancés dans la distillation. Soupir…

Image extraite d'une publicité pour la vodka Slovenia, avec Bill Murray.

Image extraite d'une publicité pour la vodka Slovenia, avec Bill Murray.

On appelle cela une tendance. Aujourd’hui, dès qu’un people s’emm***  à Hollywood et qu’il entend alimenter les gazettes, il ne dicte plus ses mémoires non autorisées. Non, ça c’est très siècle dernier. Dans les années 2.0, l’acteur désœuvré distille. Ou plutôt, il lance une marque de spiritueux (premium, cela va sans dire). Plan médias assuré, reprises garanties, gazouillis de chat-huant sur les réseaux sociaux: bref, le bingo sans dévoiler un seul secret d’alcôve. Après la vodka de Dan Aykroyd, celle de Bill Murray et Mikhail Baryshnikov, la tequila de Justin Timberlake, celle de George Clooney, what else? George Clooney, justement, dont on nous annonce cette semaine que sa tequila Casamigos se rapproche de France (traduire: arrive au Royaume-Uni au printemps, mais dans la mesure où le boom de l’agave qui secoue les USA peine à traverser l’Atlantique, il faudra continuer à se payer l’Eurostar pour mettre la main sur une bouteille).

Quand on vous explique que le people distille, vous comprendrez de vous-même qu’il ne veille pas sur la fermentation ni ne bourre les alambics. Pour ces tâches subalternes, il délègue à des pro. Retrouver les pro derrière une tequila est assez facile : chaque bouteille d’eau-de-vie d’agave bleue doit afficher son NOM sur l’étiquette, soit un numéro de quatre chiffres octroyé par le gouvernement mexicain, et qui identifie la distillerie d’origine. On rêve d’une telle traçabilité pour les «crafts» bourbons, les gins ou les vodkas, produits à l’usine mais marketés «artisanal»!

Les tequila-geeks iront faire un tour sur tequila.net, dont la base de données vous oriente illico, à partir du NOM, vers la distillerie source et la liste de ses produits. Ceux qui rêvent d’agaves la nuit peuvent télécharger l’appli Tequila Matchmakers, très similaire. Casamigos (NOM 1416) est donc fabriquée par la distillerie Productos Fine de Agave, qui produit une trentaine de marques dont la célèbre Avión, rachetée cet été par Pernod-Ricard. Le résultat n’a pas franchement emballé les connaisseurs, mais qu’importe, sur les photos, c’est plus rock que la capsule de Volluto.

Moins pointue que la tequila mais seyant à merveille à l’acteur culte sur le retour, la vodka suscite quelques diversifications d’activité en marge de Sunset Strip. Dan Aykroyd, l’inoubliable Blues Brother, a lancé en 2008 Crystal Head, une vodka de maïs 100% canadienne qui coche toutes les cases: distillée quatre fois, filtrée à sept reprises, dont trois sur des quartz «qui émettent des ondes positives» (voilà un bel exemple de marketing à jeun), sans gluten (dont on voit mal comment il pourrait survivre à quatre distillations en colonne, mais bon, trop de précision ne nuit jamais), casher et sans additifs. Son flacon en forme de crâne de verre a sans doute fait davantage pour son succès que la gnôle elle-même.

Bill Murray, the man, l’homme qui a servi au monde entier les whiskies Suntory dans le film Lost in Translation, a dégringolé dix barreaux sur l’échelle de l’exigence en investissant l’an dernier, avec le danseur-acteur Mikhail Baryshnikov et le chef cuistot américain Peter X. Kelly, dans la toute nouvelle vodka Slovenia. Une slovène –son nom ne nous égare pas–, distillée en alambics à repasse à base de 99,9% de blé et 0,1% de sarrasin (la précision, disait-on…). Le monde avait-il besoin d’une vodka de plus? Are you kidding me?

Faire de la vodka avec du blé, c’est bien beau, mais faire du blé avec de la vodka, c’est mieux. Il n’en fallait pas davantage pour attirer dans la hype l’acteur russe Gérard Depardieu. Le réfugié fiscal et climatique, ardent pourfendeur de la consommation responsable, a annoncé cet été son intention de ne plus seulement boire, mais à l’avenir de produire une vodka. Russe. Et bio. Depuis l’effet d’annonce il y a six mois, plus de nouvelles. Mais, comme on vous le disait, plan médias assuré, reprises garanties, gazouillis sur les réseaux sociaux…

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
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