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Politique-fiction: si Poutine était «gentil», cela ne changerait pas grand-chose à la situation à l'Est

Temps de lecture : 2 min

Vladimir Poutine, en juin 2010. REUTERS/RIA Novosti/Pool/Alexei Druzhinin.
Vladimir Poutine, en juin 2010. REUTERS/RIA Novosti/Pool/Alexei Druzhinin.

Si le président russe Vladimir Poutine était «gentil», c'est-à-dire moins autoritaire et plus démocratique, qu'est-ce que ça changerait à la politique étrangère russe? C'est la question que pose le journaliste Keith Gessen dans un article de «politique-fiction» publié par Politico, où il oppose un imaginaire «gentil Poutine» (nice Putin) au «méchant Poutine» (bad Putin) actuel.

Selon Gessen, un chroniqueur et romancier né à Moscou, même un Poutine plus démocrate aurait une politique très proche de celle du Poutine actuel:

«La Russie changera un jour de leader, mais elle ne changera pas sa position géographique, ni ses alliés historiques, ni sa traditionnelle volonté de maintenir l'Occident à distance.»

Pour lui, ce qui compte n'est donc pas le leadership de Poutine mais les intérêts, l'histoire et l'identité de la Russie. Gessen cite un récent rapport d'une commission parlementaire britannique qui affirmait que l'Union européene a fait «une erreur d'interprétation catastrophique» sur la Russie. Les Européens partent trop souvent du «postulat optimiste» selon lequel la Russie est engagée sur le chemin de la démocratie: en fait, explique le rapport, «son identité eurasienne est passée au premier plan et la Russie se perçoit comme un concurrent géopolitique et idéologique de l'Union Européenne».

Or, tout cela demeurerait vrai même si la Russie avait un leader plus modéré que Vladimir Poutine. Gessen commence par rappeler que lors des élections de 2000, les deux autres candidats en lice étaient aussi des nationalistes qui regrettaient que la Russie ait perdu son statut de superpuissance. L'un d'eux, Iouri Loujkov, était aussi obsédé par l'annexion de la Crimée.

Avec la fin de l'Union soviétique en 1991, la Russie a perdu une immense partie de son territoire, et l'expansion de l'Otan à tous les anciens pays sous contrôle soviétique, y compris peut être bientôt l'Ukraine, est vécue comme une menace:

«Gentil Poutine aurait essayé d'éviter la guerre. Mais si l'alternative était que l'Ukraine rejoindrait l'Otan, gentil Poutine aurait probablement été beaucoup plus loin que ce que nous aurions pu imaginer.»

Pour Gessen, il est donc indispensable de comprendre que la politique étrangère russe n'est pas liée aux folles ambitions de Poutine, mais aux intérêts historiques de la Russie:

«Celui qui succèdera à Poutine devra gérer la même situation géopolitique, la même histoire troublée, les mêmes voisins rebelles et les mêmes infrastructures obsolètes.»

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