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Les parlementaires français citent beaucoup moins le nom d'Hitler que les Américains

Bénédicte Le Coz, mis à jour le 27.02.2015 à 12 h 57

Le nom du dictateur nazi a été mentionné près de 1.800 fois au Congrès depuis vingt ans, contre à peine quelques dizaines d'occurrences en France.

Panorama de l'hémicyle de l'Assemblée nationale, via Wikimedia Commons.

Panorama de l'hémicyle de l'Assemblée nationale, via Wikimedia Commons.

Le Congrès américain «adore parler d’Hitler», selon le site Daily Dot, qui a comptabilisé, grâce au projet Capitol Words, que le nom du dirigeant nazi avait été cité 1.771 fois depuis 1996 par les représentants et sénateurs américains, soit «7,7 fois par mois» en moyenne.

Image tirée de CapitolWords.com

En comparaison, nous avons cherché quel était le chiffre pour la France, et si nos députés et sénateurs étaient aussi prompts au point Godwin que leurs homologues d'outre-Atlantique.

À partir des archives de l’Assemblée nationale, nous avons relevé, depuis juin 1997, 40 occurrences du nom Hitler dans les comptes-rendus de séance dans l'hémicycle. Une recherche dans les archives du Sénat français renvoie elle seulement 17 occurrences en séance publique depuis 1996. Beaucoup moins donc qu’aux Etats-Unis –en comparaison, une recherche sur «Hitler» renvoie 91 résultats rien que pour les années 2013-2014 du Congrès.

Dans quelles circonstances le nom d'Hitler a-t-il été mentionné par les députés français? Pour des références historiques essentiellement: à la déflation engagée en Allemagne en 1932, à la guerre, aux accords de Munich, au génocide des Arméniens et à la Shoah notamment. Mais nous avons aussi relevé quelques analogies extrêmes, qui se rapprochent franchement du point Godwin.

Ainsi, en avril 2001, lors de la discussion d'un projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse, Bernadette Isaac-Sibille, députée UDF, entame: «Quant à la stérilisation des personnes handicapées, c’est une insulte à notre culture…» et se voit coupée par Philippe de Villiers, qui lance: «C’est Hitler!»

En 2006, Jean-Marc Ayrault, alors député d'opposition, lance, lors d'un débat sur le Proche-Orient: «Quand on demande aux Palestiniens des élections libres, on ne peut pas commencer par les sanctionner au prétexte que les représentants qu’ils se sont choisis ne correspondent pas à ce que l’on souhaiterait.» Réaction de Claude Goasguen, maire UMP du XVIe arrondissement de Paris: «Hitler aussi avait été élu!»

Au Sénat, en novembre 2007, les membres de la Haute Assemblée débattent des sites illégaux de jeux en ligne. «La globalité d'Internet rend assez complexe toute intervention. Si c'était si simple, on fermerait tous les sites illégaux et on sait qu'ils sont nombreux!», lance le ministre du Budget Eric Woerth. Réplique de son prédécesseur socialiste Michel Charasse: «Le jour où Hitler reviendra, il faudra bien le faire!»

En 2013, des propos tenus par le ministre chargé de l’Outre-mer, Victorin Lurel, qui a comparé le président vénézuélien Hugo Chavez à Charles De Gaulle et Léon Blum lors de ses obsèques, conduisent à un débat dans l’hémicycle. «Le président vénézuélien Hugo Chávez, dont les obsèques ont eu lieu la semaine dernière, était une personnalité, chacun l’a souligné, exceptionnelle et qui ne laissait personne indifférent», explique Laurent Fabius. «Élu trois fois de suite au suffrage universel...» Il est alors interrompu par un député UMP resté anonyme, qui lance: «Et Hitler?»

Enfin, même si plus ancien que tous ces exemples précédents, la mention suivante vaut le détour. En 1964, Paul Coste-Floret, député MRP, imaginait, dans le cadre d'un débat sur l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité, ce qui se passerait si Hitler n'était pas mort:

«La presse a publié récemment une photographie qui représente Hitler mort. Tout de suite, une contestation s’est élevée sur l’authenticité de ce document. Personnellement, je pense qu’Hitler est mort, mais nul ne peut en être sûr. Supposons –cette hypothèse n’est pas interdite, puisque des gens des plus sérieux croient aussi à sa survie–, supposons que, le 9 mai 1965, il se manifeste à nouveau et dise "Mes crimes sont prescrits" et que, tout comme Guillaume II, il finisse ses jours paisibles dans un Etat étranger où il trouverait asile! Cela serait évidemment parfaitement inadmissible. Il faut dire le droit et constater le droit commun».

Aux Etats-Unis, les raisons pour invoquer Hitler sont variées, conclut le Daily Dot, et on peut dire la même chose pour la France:

«Parfois, le Congrès utilise Hitler comme unité de mesure. Mais plus que tout, Hitler sert de référence historique pour montrer à quel point les choses peuvent mal tourner si l’on n’est pas prudent.»

Bénédicte Le Coz
Bénédicte Le Coz (5 articles)
Journaliste
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