France

Comment passer des vacances à la neige sans trop abîmer la planète?

Lucie de la Héronnière, mis à jour le 28.02.2015 à 9 h 03

Les stations de ski ne font pas vraiment du bien aux montagnes et à l'environnement, mais on peut essayer de limiter les dégâts.

Champoussin Ski Area in Portes du Soliel Ski Domain, Switzerland/ TRAILSOURCE.COM via Flickr CCLicence By

Champoussin Ski Area in Portes du Soliel Ski Domain, Switzerland/ TRAILSOURCE.COM via Flickr CCLicence By

En Haute-Savoie, pas loin du Mont-Blanc, la Vallée de l’Arve connaît souvent des pics de pollution de l’air. L’escalier menant à la Mer de glace s’allonge lui régulièrement pour accompagner la fonte des glaciers. Voilà deux exemples bien visibles de la façon dont la pollution et le réchauffement climatique sont loin d’épargner la montagne.

Parmi les activités humaines, les stations de ski contribuent à marquer le milieu et affichent des bilans carbone pas forcément reluisants. Mais elles sont nombreuses à faire de gros efforts pour profiter de la neige le plus longtemps possible… Camille Rey-Gorrez, de Mountain Riders, une association fondée en 2001 et qui fait un gros travail de sensibilisation, constate:

«La station verte n’existe toujours pas et n’existera jamais. Mais il n’y a pas une station qui n’ait pas conscience des enjeux climatiques auxquels elle doit faire face.»

La prise de conscience est bien là: il s’agit d’agir et de se diversifier. Globalement, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), l’augmentation des températures moyennes sur la terre pourrait atteindre 4,8°C à l’horizon 2100 (par rapport à la période 1986-2005), dans le scénario le plus pessimiste. 4°C de plus, cela pourrait entraîner la disparition de 60% des stations des Alpes françaises. C’est donc une question de survie, avec une vision à moyen et long terme… Alors, en tant qu’amateur, quand on part en vacances au ski, ou qu’ on habite dans les parages, comment profiter de la montagne en hiver sans trop abîmer la planète?

Au départ, l’état d’esprit

Avant toute chose, il faudrait éviter de faire une fixette sur LE SKI (variante: LE SNOWBOARD) et envisager les choses plus globalement.

Vincent Neirinck, co-directeur de Mountain Wilderness France, une association de protection de la montagne, préconise une réflexion à l’échelle de la vallée et explique qu’il vaut mieux commencer par «réfléchir en terme de territoire: le Beaufortain, la vallée d’Abondance, la vallée de l’Ubaye… On peut faire du ski alpin, mais aussi des raquettes, d’autres sports, visiter des fermes… Il s’agit moins de "faire une activité" particulière que d’aller dans un endroit particulier. Cette approche différente permet d’échapper à la course à l’équipement, de ne pas vendre que de la neige aux gens».

Et de prendre l’exemple du magazine du TGV affichant des publicités montrant des beaux skieurs et skieuses bien équipés mais pas la moindre montagne. «Ces images sont révélatrices et ne montrent aucune spécificité à venir en montagne. Elles nient les atouts, pour vendre du fun et du blanc. Or, mettre en avant l’aspect montagne est nécessaire, car c’est un milieu fragile!», souligne-t-il, prônant donc une approche globale de la montagne (et évitant de plus la déception quand la neige est absente ou mauvaise).

Quand on lui demande quand a débuté la démarche environnementale dans sa station, Laurent Fillon, directeur de la SEMAB (société qui exploite le domaine skiable d’Arêches Beaufort, en Savoie), explique d’ailleurs que «ça a commencé sans que l’on s’en rende compte! Nous sommes dans une commune encore très agricole, avec beaucoup de vaches, pour le lait du Beaufort notamment. Donc le développement s’est fait en harmonie avec les exploitations, et ça se voit aujourd’hui. D’ailleurs, 25% du personnel de la station a aussi une activité d’agriculteur». Pour permettre un développement équilibré et «quatre saisons», il ne faut pas que la pression foncière soit trop forte, et cela implique souvent le soutien des collectivités. 

Les transports, première source de pollution

Ne pas voir la station de ski comme une usine à neige peut donc aider à être plus doux avec la montagne. En plus de cet état d’esprit, les gestes et les actions concrets sont bien sûr importants. Selon un bilan carbone réalisé en 2010 chez «10 stations représentatives du tourisme en montagne» par l’Association nationale des maires des stations de montagne et Ski France, en partenariat avec l’ADEME et Moutain Riders, une grosse majorité (57%) des émissions de gaz à effet de serre émis viennent des transports des personnes. Bien le choisir est donc crucial.

Camille Rey-Gorrez explique que «le transport est un chantier prioritaire, mais les stations ne sont pas seules et ça prend du temps. Il s’agit de changements d’habitudes, on travaille à remplir les transports en commun, à inciter au covoiturage…». L’association Mountain Riders édite d’ailleurs chaque année un Eco-guide des stations de montagne, sous-titré «Pour une montagne en transition, passons à l’action», qui évalue des stations françaises et étrangères sur divers critères, dont les transports. Vous pourrez voir quels efforts fait votre station de prédilection.

Une option consiste à laisser tomber la voiture et venir en train (avec, en prime, zéro bouchons sur l’autoroute). Mais il faut donc choisir une station reliée à une gare par des bus… Laurent Fillon explique par exemple que «des navettes relient la gare d’Albertville à Arêches Beaufort en 30 minutes. C’est gratuit si on achète un forfait de ski journée directement au départ du bus».

Le covoiturage se développe aussi en direction des stations, plutôt pour les gens qui viennent skier à la journée. Les sites Coriding.com ou Skivoiturage.com en ont fait leur spécialité. De plus en plus de stations proposent une tarification spéciale et dégressive si on arrive avec une voiture pleine.

Regardez aussi si la station sur laquelle vous lorgnez propose des navettes dans le village, pour relier les différents points, et/ou des consignes à ski au pied des remontées mécaniques, ce qui permet de rentrer tranquillement à pied. Avoriaz, par exemple, va encore plus loin: la station est interdite aux voitures.

Le bon équipement

Et le matos, ça compte? Oui. Pour cela aussi, Mountain Riders publie un Eco-Guide du matériel de montagne. «Le ski vert n’existe pas: une chose est sûre, nous ne sommes pas près de faire pousser des fraises sur notre vieux matériel de montagne que nous aurons mis dans le compost au fond du jardin», prévient l’association. Vous pouvez jeter un œil aux marques les mieux évaluées…

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) conseille de louer du matériel quand on vit loin des pistes:

«Si vous n’allez pas fréquemment à la montagne, il n’est peut-être pas nécessaire d’acheter du matériel qui ne servira que peu de temps. La location de matériel reste la solution la plus responsable. De plus, vous bénéficierez d’un matériel bien entretenu et moderne.»

Et si vous investissez, il est possible d'acheter responsable, les vêtements comme les skis. Les marques utilisent des matières renouvelables, recyclées ou recyclables, mais pour une minorité de la production, selon l'Eco-Guide: «Dans un tiers des cas, ces produits représentent plus de 25% de leur volume de production.» Certaines marques font quand même uniquement du «durable», comme Grown par exemple, qui affirme fabriquer «les skis les plus éco-friendly du monde», sur des prix assez hauts de gamme... Les farts sans paraffine ni fluor sont aussi conseillés.

Ensuite viennent les étapes de la réparation et la réutilisation (en fréquentant les bourses au ski, par exemple), puis le recyclage. Mais «moins de 50% des marques interrogées travaillent sur une solution de fin de vie ou ont mis un place un programme de récupération ou de collecte des produits usagés pour la revalorisation». A Chambéry, la société Tri Vallée se consacre entre autres au recyclage des skis, snowboards et chaussures des magasins de location.

Le choix de la station

Beaucoup de critères montrent les efforts d'une station de ski dans sa démarche environnementale, avec des indices plutôt encourageants... Par exemple, le Label Flocon Vert, décerné là encore par Mountain Riders et ses partenaires suite à une analyse durable, un audit indépendant et un comité de labellisation. Pour l’instant il n’y a que trois lauréats, mais une nouvelle mouture devrait arriver à l’automne  2015. Vous pouvez aussi regarder si votre station est dans la liste des 44 communes ayant signé la Charte de développement durable impulsée par l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM).

En entrant dans le détail, le deuxième grand poste d’émissions de gaz à effet de serre (27%) des stations, c’est l’usage énergétique des bâtiments: 11% pour l’habitat résidentiel et 16% pour les activités tertiaires liées au tourisme (hébergements, commerces, restauration).

«Cela mêle la problématique de la performance énergétique et de la rénovation», explique Camille Rey-Gorrez de Mountain Riders. Il y a beaucoup de «lits froids» en stations, c’est à dire utilisés seulement moins de quatre semaines par an. Et les résidences occupées seulement l’hiver sont déterminantes pour les consommations électriques, puisque «c’est en effet l’hiver que le contenu carbone du kWh électrique du réseau français est le plus élevé, puisque cette période nécessite la mobilisation des installations thermiques pour répondre aux pics de consommation», lit-on sur l’Eco-Guide.

Certaines stations travaillent à la rénovation énergétique, ont des contrats de fourniture d’électricité dits «verts» ou un système de chauffage écologique. Aux Rousses, station labellisée «Flocon Vert», une chaufferie à bois sert à plusieurs bâtiments publics et des toilettes sèches sont équipées de panneaux photovoltaïques. A La Plagne, une chaufferie biomasse a remplacé un équipement au fioul. La commune de La Bresse a construit six centrales hydrauliques alimentées par les lacs d’altitude. Généralement, les stations ne se privent pas pour communiquer sur tout cela sur leurs sites internet et sont donc faciles à identifier. 

Et puis, une station dite durable s'occupe de beaucoup d'autres choses, comme le tri des déchets. Ronan Cailleaud, responsable Qualité, sécurité, environnement à la Station des Rousses, explique ainsi que la station du Jura a «mis en place des actions comme des poubelles de tri, la récupération de l’eau pour le lavage des véhicules, des actions de sensibilisation… Par exemple avec un stand sur le front de neige pour sensibiliser les enfants à la gestion des déchets».

Remontées et canons

Toujours d'après ce même bilan carbone des stations, les activités directement liées à la pratique du ski (remontées mécaniques, entretien des pistes, canons à neige) ne représentent que 2% des émissions de gaz à effet de serre des stations. Mais c'est sans compter l’impact sur le milieu, la faune et la flore.

Certaines stations tentent d’optimiser les dépenses d’énergie des dameuses. Un bon exemple? Peyragudes, dans les Pyrénées, a reçu le Trophée 2014 de l’Eco-damage grâce à des tablettes embarquées dans chaque engin, qui permettent de comparer les indicateurs de damage avec les autres stations de l’exploitant, et donc de «s’ajuster et progresser». Depuis décembre 2014, Les Deux Alpes utilisent une dameuse «hybride», la «toute première dameuse à motorisation diesel-électrique au monde». A Arêches Beaufort, les conducteurs ont été formés à «l’éco-conduite», pour économiser le carburant, et suivent des «plans de damage» pour optimiser les heures de fonctionnement, au moment les plus opportuns et donc la consommation de carburant. Aux Gets, on choisit de l’huile biodégradable pour les dameuses

Les canons à neige sont souvent pointés du doigt. Même si leur dépense énergétique est assez faible, comparée aux transports, ils posent en revanche de sérieux problèmes à l’écosystème de la montagne. Camille Rey-Gorrez souligne:

«Nous sommes conscients du problème écologique concernant l’eau. Cette ressource est variable d’un territoire à un autre. Mais la restitution naturelle de l’eau est décalée de quelques mois. Il faut peser tout cela avec l’emploi, l’économie, face à leur impact.»

Il est bien sûr possible de trouver des stations qui utilisent la neige de culture de manière raisonnée. Ronan Cailleaud explique par exemple que les canons des Rousses «crachent sur le même versant pour ne pas modifier le cycle de l’eau. On réalise aussi des plans de production, avec un taux d’optimisation spécial, pour utiliser le moins d’électricité et d’eau possible pour faire plus de neige».

L’aménagement lui-même de la station y est aussi pour quelque chose: si les pistes sont sur des versants orientés au nord, la vraie neige a plus de chances de rester. Des stations investissent aussi dans des enneigeurs nouvelle génération, moins gourmands en énergie. Dans tous les cas, aujourd’hui, en France, les additifs sont interdits et la neige de culture n’est composée que d’air et d’eau. 

Les problèmes d’eau vont plus loin. Une station d’épuration sur trois n’est pas aux normes en période de forte affluence, quand la population est largement multipliée. Du coup, les eaux usées partent vers les rivières… Mais certaines stations font de gros efforts pour traiter les boues d’épuration en les transformant en biogaz, ou pour récupérer l’eau de pluie.

Quant aux remontées mécaniques, elles figurent aussi dans les petits 2% du bilan carbone. Mais elles ont un impact important sur le milieu et la pollution visuelle. Sur le domaine des 3 Vallées, beaucoup de remontées mécaniques ont ainsi été remplacées par des modèles plus performants, ce qui permet d’en diminuer le nombre… Et donc de limiter la pollution visuelle. A Avoriaz, un téléphérique inauguré il y a deux ans est fabriqué avec un «système tri-câble». Les cabines sont ainsi débrayables, on peut adapter leur nombre en fonction des heures d’affluence et ainsi réduire les émissions de gaz à effets de serre. En Suisse, à Tenna, le premier téleski solaire a été installé en 2011. Mais le meilleur moyen pour limiter l'impact des remontées mécaniques est encore de pratiquer le ski de randonnée...

Certaines stations font des choix judicieux dans l’aménagement global des pistes, pour limiter l'impact sur le milieu montagnard. Laurent Fillon explique par exemple la création du Bovocross, un nouveau boardercross:

«On l’a construit à 2.000 mètres d’altitude, sur des alpages pour ne pas faire de travaux de terrassement. On utilise les mouvement naturels du terrain pour les modules. L’installation est aussi à côté d’un téléski moins fréquenté, pour ne pas surcharger les remontées mécaniques».

Le choix de la station est donc important… Mais attention au greenwashing quand même. Pour Vincent Neirinck, de Mountain Wilderness, il y a «beaucoup d’incohérences, une mauvaise intégration au territoire. Les actions se superposent, mais l’équipement est souvent déjà poussé tellement loin… ».

Par exemple, les Ménuires et Val-Thorens, pionniers dans l’établissement d’un bilan carbone, ont voulu installer deux nouveaux terrains de moto-neige parcourant les montagnes et ne correspondant pas du tout aux critères de terrains de pratique autorisables… Désormais interdits suite à un long parcours judiciaire pour la FRAPNA et Mountain Wilderness«Il y a une schizophrénie dans la gestion du développement durable. Il faut vraiment réfléchir au territoire montagnard, à l’ensemble des enjeux», déclare encore Vincent Neirinck. 

Alors que la loi montagne fête ses 30 ans, Manuel Valls a missionné deux parlementaires pour réfléchir à un «acte II», pour «faire face aux défis actuels». Le gouvernement vient aussi de créer un pôle d’excellence «tourisme de montagne», dont le but est d’accompagner les stations «à repenser leur modèle pour proposer un modèle moins dépendant de la neige, plus axé sur les 4 saisons».

Cendrier de poche

Enfin, pour profiter de la montagne l’hiver sans trop l’abîmer, le comportement individuel en station compte évidemment beaucoup. En plus des gestes normalement habituels (trier les déchets, ne pas jeter ses mégots dans la nature –on peut retrouver jusqu’à 30.000 mégots sous un télésiège–, ne pas surchauffer…), l’association Ride Greener insiste notamment sur l’importance de ne pas embêter les animaux:

«Nous les hommes, nous devrions nous comporter de manière adaptée et avec considération à l’égard de la perdrix des neiges, du chamois, du bouquetin, du chevreuil et du cerf et nous considérer comme des invités de la montagne, dans l’espace de vie des animaux sauvages. […] Grâce à une signalétique spécifique des zones spécialement réservées aux animaux sauvages, la prise en considération de ces espaces ne devrait pas être trop difficile. En dehors de ces zones protégées, il y a largement la place pour tout un chacun de s’éclater et de se dépenser dans la neige. Car finalement, cela ne t’enchanterait guère que quelques chamois chahutent dans ton salon.»

Avant de se lancer hors des pistes, il est donc conseillé de se renseigner sur les zones protégées auprès du domaine skiable ou de l’Office du tourisme.

Ride Greener suggère aussi de recycler directement à la montagne et évidemment pas en faisant valdinguer les emballages de barres de céréales sous le télésiège (pour les cigarettes, beaucoup de stations donnent ou vendent à prix coûtant des cendriers de poche), mais aussi de privilégier les produits locaux pour le pique-nique. Mais également:

«Au lieu de faire du heliboarding ou du heliskiing en Alaska, essaye plutôt le splitboarding ou la randonnée près de chez toi. C’est moins cher et en plus c’est une expérience intense.»

Pour être cool avec le milieu montagnard, Camille Rey-Gorrez conseille enfin de «privilégier les activité réellement "nature". Dans certaines stations, c’est Walt Disney, on peut faire du 4X4 et de nombreux sports motorisés».

Pour skier «durable» et choisir le bon endroit, tout est donc question d'équilibre et de cohérence... Encore faut-il pouvoir partir à la montagne. Comme le rappelle l’Observatoire des inégalités, 8% des Français partent en vacances à la neige au moins tous les deux ans.

Lucie de la Héronnière
Lucie de la Héronnière (148 articles)
Journaliste
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