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Si vous devez ne soutenir qu'un club français en Coupe d'Europe, choisissez Guingamp

Jacques Besnard, mis à jour le 26.02.2015 à 10 h 16

Huit plus ou moins bonnes raisons de se ranger derrière le club breton en cette fin de saison, plutôt que derrière le PSG ou Monaco.

Le Guingampais Moustapha Diallo célèbre son but contre le Dynamo Kiev, le 19 février 2015. REUTERS/Stéphane Mahé.

Le Guingampais Moustapha Diallo célèbre son but contre le Dynamo Kiev, le 19 février 2015. REUTERS/Stéphane Mahé.

Oubliez les strass et paillettes du Stade Louis II ou du Parc des Princes, les certitudes monégasques après leur superbe victoire à Arsenal (3-1) ou les espoirs parisiens après leur nul contre Chelsea (1-1), et levez vos gobelets en plastique à la gloire du Roudourou et de Guingamp. Un nom, une ville, un stade qui fleurent bon le foot de papa, les maillots Rippoz et la chipo. Voici huit raisons de soutenir l'En Avant ce jeudi, lors de son match retour de 16e de finale d'Europa League à Kiev (2-1 à l'aller).

1.Guingamp la joue à fond

«Le public, la C3, il s'en fout. Il ne faut pas être hypocrite. Il y a eu du monde l'année dernière car c'était Benfica, il y avait 15.000 Portugais. La C3 n'intéresse personne.» L'an passé, l'entraîneur bordelais Francis Gillot avait été très critique vis-à-vis de cette coupe, qu'il considérait plus comme un fardeau que comme une véritable opportunité pour son équipe. Avec de nombreux joueurs du banc, les Girondins avaient terminé derniers d'un groupe comprenant l'Eintracht Francfort, le Maccabi Tel-Aviv et l'Apoel Nicosie. Un bilan médiocre.

Comme le parcours des Lyonnais cette saison, pourtant brillants leaders en championnat, mais éliminés laborieusement par les Roumains d'Astra avant même d'accéder à la phase de groupe. Ou celui des Stéphanois (dernier avec une seule victoire) ou des Lillois (incapables de remporter un match), qui ne sont tous deux pas sortis de leur poule.

Au contraire, Guingamp a joué cette coupe avec un autre état d'esprit. Pour preuve, l'équipe-type alignée par Jocelyn Gourvennec face à Kiev, quasiment la même que celle victorieuse à Metz quatre jours plus tôt. En laissant au repos plusieurs de ses cadres lors de son dernier match en championnat face à Montpellier, le technicien breton a clairement affiché sa volonté de faire un beau parcours européen:

«Si le Dynamo est meilleur, ils seront meilleurs, mais nous on va se battre pour faire honneur à notre club, à notre région et à notre championnat.»

Les supporters ne chôment pas non plus. Pour la réception des Ukrainiens, le Roudourou était plein comme un œuf. Les Français ont également joué le jeu, comme le montrent les chiffres réalisés par W9 jeudi passé: 1,6 million de téléspectateurs et 6,5% de part d'audience. Pas mal pour une chaîne de la TNT.

2.Guingamp, ou le «football vrai»

Voir Guingamp à ce niveau est quand même un sacré exploit quand on compare les ressources dont dispose le club à celles des grosses écuries de Ligue 1. Avec 25 millions d'euros, le club breton dispose de l'avant-dernier budget de l'élite. Pour rappel, ceux de Monaco et du PSG sont respectivement de 160 et 490 millions d'euro pour la saison 2014-2015.

Pas d'investisseurs qataris ou russes, le club breton privilégie le «Made in Breizh», puisque 85 entreprises bretonnes sont co-actionnaires du club et 350 sponsors investissent 5 millions d'euros chaque année. «C'est un modèle davantage basé sur le partage que sur la confiscation d'un club au profit d'un actionnaire ultra-majoritaire», indiquait le président, Bertrand Desplat.

Dans une région qui a subi de plein fouet les ravages de la crise économique, l'En Avant fait tout pour rendre le football attractif même aux passionnés les moins aisés. Un petit tour sur le site du club permet ainsi de se rendre compte que l'on peut s'offrir un match de Ligue 1 pour 4, 5 ou 11 euros. De même, l'abonnement le moins onéreux coûte 120 euros. En comparaison, à Paris, c'est 430 euros (le prix de l'abonnement le plus cher à Guingamp) et dans la Principauté 240 euros. 

En outre, ici, aucun joueur n'a un salaire supérieur à 50.000 euros par mois. Loin, bien loin de ce que peut offrir le Paris-Saint-Germain à Zlatan Ibrahimovic (18 millions d'euros par an) ou de ce que déboursait Monaco pour s'offrir les services de Radamel Falcao. (1,2 millions d'euros par mois).

Un joueur symbolise l'état d'esprit guingampais: Christophe Kerbrat. Le Brestois (son maillot est floqué du numéro du département finistérien, le 29) est devenu le chouchou du public breton. Courageux, humble, cet ancien employé de maintenance dans une société avicole n'a signé professionnel qu'à l'âge de 25 ans après avoir refusé plusieurs fois les appels du pied du monde pro. «Je joue au foot pour les potes, j'ai eu peur de perdre un peu tout ça», a-t-il expliqué.

Enfin, il ne faut pas oublier les supporters guingampais, qui caracolent en tête du championnat de France des tribunes de la Ligue 1. Selon ce classement, le public du Roudourou est celui qui est le plus fidèle au stade et qui concocte la meilleure ambiance à son équipe. Qui dit mieux?

3.L'équipe a le niveau

Après un début de saison des plus médiocres (l'équipe était dernière du classement au mois d'octobre après une déroute à domicile face à Nice), la formation costarmoricaine s'est reprise et trône actuellement à la 8e place du classement, à neuf points de la relégation. Malgré leur défaite à domicile ce dimanche face à Montpellier, sauf catastrophe, les joueurs de Gourvennec ne joueront donc pas le maintien en mai prochain.

Deux résultats prouvent que les Guingampais n'ont rien volé. Ils sont les seuls à avoir battu à la fois Monaco (1-0) et le Paris-Saint-Germain (1-0).


Avec d'ores et déjà quatre victoires et un nul sur la scène européenne, le foot français remerciera sans doute le club breton quand on fera les comptes à la fin de l'année concernant l'indice UEFA.

Pourtant, lorsque le club a soulevé la Coupe de France en mai dernier face au rival rennais, beaucoup se sont inquiétés pour la place du foot hexagonal à l'échelon européen, comme l'écrivait récemment Le Figaro:

«Nous étions beaucoup à être sceptiques lorsque l’En Avant Guingamp a entamé sa campagne européenne, inquiets aussi quand on prenait connaissance de notre situation à l'indice UEFA, sixième, dépassé par le Portugal et menacé par la Russie.»[1]

Aujourd'hui, et fort logiquement, Bertrand Desplat pavoise donc:

«On nous avait dit qu'on était les chèvres de l'indice UEFA, et aujourd'hui on reçoit de remerciements des grands clubs qui vont avoir besoin de nos points pour participer à la Ligue des champions.»

4.Pour récompenser le foot breton

Avec trois équipes en Ligue 1 (Guingamp, Rennes, Lorient) et une en Ligue 2 (Brest), sans oublier Vannes, en Ligue 2 de 2008 à 2011, la Bretagne est l'une des régions françaises qui compte le plus de clubs professionnels. La région est mordue de foot, et notamment au niveau amateur. En 2013, notre carte interactive du football français montrait le nombre important de licenciés dans la région.

Pourtant, à l'échelon continental, rares sont les équipes bretonnes qui ont réussi à faire un beau parcours. Le Stade Rennais n'a jamais brillé malgré plusieurs campagnes européennes, Guingamp avait été éliminé honorablement en 1996 par l'Inter Milan de Youri Djorkaeff en 32e de finale, Lorient s'était fait sortir au premier tour de la même compétition contre les Turcs de Denizlispor en 2002-2003. Les Brestois n'ont quant à eux jamais disputé la moindre rencontre européenne.

Seul Nantes, si l'on considère le club comme breton, a brillé. Les Canaris avaient atteint les demi-finales de la Ligue des champions contre la Juventus en 1995-1996.

 

5.Gourvennec, l'entraîneur qui monte

Né à Brest, joueur à Lorient, Rennes, Nantes et Guingamp, entraîneur de l'En Avant: difficile de faire plus Breton que Jocelyn Gourvennec. Durant sa carrière, Gourvennec était un beau joueur, intelligent, qui a rapidement endossé des responsabilités. La preuve: il était capitaine du Stade Rennais à seulement 22 ans.


Le coach guingampais a aussi eu le temps de côtoyer quelques entraîneurs inspirants comme Christian Gourcuff à Lorient ou Coco Suaudeau et Reynald Denoueix chez les Canaris. Il y a pire niveau tactique.

Ce dernier a rapidement compris que Gourvennec était fait pour un jour prendre en main une équipe professionnelle:

«C’était quelqu’un d’intéressant car c’était un milieu de terrain qui s’intéressait au jeu, qui voulait faire jouer les autres. Il était dans la réflexion, était tourné vers le collectif, ça se sentait qu’il cherchait toujours à comprendre ce qu’il se passait.»

Force est de constater que l'ancien coach nantais avait vu juste. Arrivé en 2010 à la tête de l'équipe guingampaise, alors en National, Jocelyn Gourvennec a fait monter le club en Ligue 2 puis en Ligue 1 avant de soulever  la Coupe de France et propose un jeu chatoyant. A  42 ans seulement (seuls Willy Sagnol, 37 ans, et Leonardo Jardim, 40 ans, sont plus jeunes que lui en Ligue 1), le coach breton a donc de belles saisons devant lui. A Guingamp ou ailleurs...

6.C'est la dernière Coupe d'Europe qui manque au football français

L'Europa League, l'ancienne Coupe de l'UEFA (C3), c'est un peu la coupe du pauvre. C'est néanmoins le seul trophée qui manque au football français. L'Olympique de Marseille, avec la tête en or de Basile Boli en 1993, a soulevé la Ligue des champions; le Paris-Saint-Germain, avec la mine de Bruno N'Gotty en 1996, a empoché la défunte Coupe des Coupes.


Plusieurs clubs français ont eu l'occasion de remporter ce trophée. Bastia, en 1978, avait perdu en finale contre le PSV Eindhoven (0-0, 0-3). En 1996, le grand Bordeaux de Zizou, Liza et Duga avait été surclassé en finale contre le Bayern Munich (0-2, 1-3) après avoir sorti le grand Milan AC en quart.


Enfin, l'Olympique de Marseille avait échoué contre Parme (0-3) et Valence (0-2) après deux premières mi-temps cauchemardesques en 1999 et 2004. Allez, un petit Guingamp-Séville à Varsovie en mai prochain?

7.Cela fait longtemps qu'une petite ville française n'a pas fait une épopée en Coupe d'Europe

Si on oublie l'exception monégasque, il y a eu très peu de petites villes françaises qui ont fait un joli parcours en Coupe d'Europe. Surtout, ça commence à dater... Les plus âgés se souviennent de l'exploit de Rep et des Bastiais, qui avaient donc réussi à se qualifier pour la finale de la C3 en 1978 face au PSV.


En 1981, le Sochaux de Bernard Genghini s'était arrêté en demi-finale de la compétition, défait par l'AZ Alkmaar. Enfin, on peut évoquer l'AJ Auxerre et Lens, demi-finalistes de la même épreuve en 1993 et 2000, mais ces deux clubs représentaient des aires urbaines respectivement cinq et vingt-cinq fois plus importantes que Guingamp.

8.Pour éviter une rencontre russo-ukrainienne

A l'été 2014, l'UEFA a décidé, jusqu'à nouvel ordre, que le tirage au sort serait organisé de façon à empêcher une éventuelle confrontation entre les clubs russes et les clubs ukrainiens. Une politique qui risque de se révéler de plus en plus difficile à appliquer, car deux clubs russes (le Dynamo Moscou et Zenith Saint-Pétersbourg) et deux clubs ukrainiens (FC Dnipro Dnipropetrovsk et le Dynamo Kiev) ont des chances de se qualifier. Le Dynamo a réalisé un bon nul à Anderlecht (0-0), le Zenith Saint-Pétersbourg s'est imposé à Eindhoven (1-0), le FC Dnipro a battu l'Olympiakos (2-0). Seul le Dynamo Kiev a été défait à Guingamp.

Comptons donc sur les hommes de Gourvennec pour éliminer les Ukrainiens et ainsi éviter qu'un conflit géopolitique ne s'exporte une nouvelle fois sur un terrain de football, après le récent et houleux Serbie-Albanie comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2016, qui était parti en vrille à cause d'un drone.

Alors, jeudi, allez Guingamp.

1 — Ce passage de l'article citait dans un premier temps, pour illustrer les craintes nées de la qualification de Guingamp pour l'indice UEFA de la France, un article qui était en réalité issu d'un site satirique. Nous présentons nos excuses à nos lecteurs. Retourner à l'article

Jacques Besnard
Jacques Besnard (65 articles)
Journaliste
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