Science & santé

«Mettrais-je la barre de l'amitié un peu trop haut?»

Lucile Bellan, mis à jour le 24.02.2015 à 16 h 57

Cette semaine, Lucile répond à Emma qui s'interroge sur la réciprocité de la confiance dans l'amitié... et le sens de la vie.

William-Adolphe Bouguereau, via Wikimedia Commons, License CC.

William-Adolphe Bouguereau, via Wikimedia Commons, License CC.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Je suis quelqu'un que mon entourage qualifierait de très gentil et toujours voulant rendre service, parfois même un peu trop, à des gens qui ne le méritent pas tout le temps. J'aime être entourée d'amis, certes, mais j'avoue que j'ai un léger (ou pas) problème de confiance. Je n'arrive pas à communiquer librement avec mes amis, vu qu'on m'a plusieurs fois laissée tomber. En même temps, ces mêmes amis, me poussent la majorité du temps à le faire, alors que, eux de leurs parts ne leur font pas. Comment des gens veulent-ils que vous leur fassiez confiance alors que ce n'est pas réciproque? 

Ce n'est non plus qu'ils ne tiennent pas à moi, car tous leurs actes prouvent le contraire. Mettrais-je la barre de l'amitié un peu trop haut? Pourtant je ne pense vraiment pas.

D'un autre côté, il m'arrive de me surprendre d'essayer d'interpréter certains faits et gestes de manière négative, aussi simples soient-ils quelques fois...

Pour ce qui est de mon autre question, je ne pense pas vraiment que vous ayez une réponse mais je voudrais tout de même essayer. Il se trouve que ces derniers temps, je pense souvent à notre existence. Pourquoi nous a-t-on créés, nous, humains? Quel est notre but sur terre?

Je trouve que la vie que mène la majorité des êtres humains est d'un commun morose, ennuyeux et vide de sens. Comment pourrais-je trouver un sens à ma vie? Comment saurais-je pourquoi j'existe et quel est mon but? Et comment pourrais-je apporter un plus à ce monde et laisser une trace aussi infime soit -elle? 

Des milliers et des milliers d'êtres humains nous ont précédé et pourtant, ils ne sont restés que de sombres inconnus, comme s'ils n'avaient jamais existé.

En vous remerciant d'avance pour votre réponse,

Emma.

Chère Emma, pour avoir déjà vécu mon lot de chagrins d'amitié, je sais que ce sont des situations où on peut avoir tendance à remettre en cause le fondement même de ses relations avec les autres. Parce qu'on ne comprend pas comment des gens à qui on a tout donné nous traitent de la sorte, il est tentant de se renfermer sur soi. La vérité c'est qu'en amitié comme en amour, il ne faut pas agir dans le but de recevoir en retour. Ces relations ne sont pas contractuelles. En face de vous, il y a des gens qui ont reçu une autre éducation, qui ont une autre vie et pas la même disponibilité, certainement pas le même sens des priorités. C'est comme ça. En fait, vous devez apprendre à vous détacher de cette non-réciprocité. Il faut vous concentrer sur ce qu'il vous importe de donner, vos limites, vos envies. Les autres, ceux que vous aimez, c'est une donnée variable et très fragile. Ce que vous recevez en retour, en temps, en énergie, en attention et en cadeaux, doit être une bonne surprise. Pas une évidence. Si vous attendez quelque chose, vous serez déçue à coup sûr. Et, surtout, vous serez en tort autant qu'ils le seront.

Mais vous devez aussi éventuellement apprendre à voir qu'ils ne donnent pas de la même façon, pas là où vous les attendez. S'ils vous poussent à parler sans parler, est-ce que ça ne peut pas être parce qu'ils vous sentent fragile et qu'ils pensent que parler pourrait vous faire du bien? Est-ce que leur amitié ne se place pas aussi dans leur envie de vous écouter parler de vous? 

Votre deuxième question est en rapport direct avec la première. Vous angoissez de ne pas laisser une trace. Vous parlez de «sombres inconnus» qui n'ont l'air de ne «jamais avoir existé». Je peux déjà vous dire que c'est faux, que personne n'arrive sur cette terre et ne la quitte sans conséquences. Avez-vous déjà entendu parler de l'effet papillon? Bien sûr, tout le monde n'est pas voué à être Mozart ou Beyoncé. Mais vous avez deux chances de laisser une trace dans ce monde. La première en choisissant d'agir, de vous impliquer dans des projets (associatifs, professionnels), de faire des choses auxquelles vous croyez, ou même de faire des enfants. Et de l'autre, il y a l'influence que votre vie aura sur les autres. Peut-être pas des millions de personnes, mais des dizaines de personnes, et si vous avez de la chance, ce phénomène dépassera des générations. 

Visualisez un arbre généalogique et effacez un nom au hasard à la base de cet arbre, c'est tout un embranchement de noms et d'existences que vous effacez par la même occasion. Des existences qui comptent, qui font et défont. Et il n'y a pas que donner la vie, ou transmettre à des enfants, qui compte. Mais parfois une phrase, une action, à un proche ou à un inconnu, crée une réaction en chaine dont les conséquences, très vite, vous dépassent.

Vous ne voyez pas de mouvements là où il n'y a que ça, peut-être parce qu'il n'y a que ça. Tout le monde n'a pas de grand but sur terre, autre que de vivre, voire de survivre. Mais chacun a une influence sur les autres. Vos parents, vos amis qui ne vous doivent rien, une inconnue à qui vous avez tenu une porte, cette personne de l'assurance maladie que vous avez eu au téléphone pendant 5 minutes ce matin, un serveur au restaurant.

Surtout le but peut être personnel: profiter, être heureuse, vous faire plaisir.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (172 articles)
Journaliste
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