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L'appel d'Al-Shabbaab à perpétrer des attentats en France ou aux Etats-Unis n'est pas vraiment une menace, mais Al-Shabbaab oui

Joshua Keating, traduit par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 24.02.2015 à 10 h 41

Dans une vidéo diffusée le 21 février, le groupe djihadiste somalien désigne le Forum des Halles à Paris, les Quatre Temps à La Défense, le Mall of America dans le Minnesota et d'autres centres commerciaux au Canada et en Grande-Bretagne.

Des gendarmes devant le centre commercial des Quatre Temps à La Défense, le 23 février 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Des gendarmes devant le centre commercial des Quatre Temps à La Défense, le 23 février 2015. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Les groupes terroristes ont besoin d’attention pour survivre. S’ils ne peuvent l’obtenir en lançant des attaques, évoquer des attaques peut être une solution.

Le week-end du 21 février, le groupe djihadiste somalien Al-Shabbaab a publié une vidéo de propagande appelant à des attaques contre des centres commerciaux en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Canada, citant explicitement plusieurs d’entre eux dont le Mall of America dans le Minnesota, le West Edmonton Mall au Canada, des «magasins juifs» du centre Westfield à Londres, et affichant sur la vidéo les noms du Forum des Halles à Paris et des Quatre Temps à La Défense.

Bien qu’étant clairement une tentative de ramener l’attention sur lui après une année de gros titres dominés par Daech, Boko Haram et al-Qaida dans la Péninsule arabique, la vidéo a un certain poids, étant donné qu’Al-Shabbaab a bien attaqué le centre de Westgate à Nairobi en 2013, tuant plus de 60 personnes. Il existe également des preuves qu’Al-Shabbaab a recruté des combattants au sein de la communauté somalienne du Minnesota. Mais le groupe n’a jamais mené d’attaque hors d’Afrique de l’Est et il semble peu probable qu’il prévienne ses cibles pour leur permettre de renforcer leur sécurité avant de lancer la première attaque.

Le gouvernement américain ne semble pas très concerné, bien qu’avec l’imminence d’un potentiel shutdown, le secrétaire à la sécurité nationale Jeh Johnson ait fait remarquer que ce type de menace vague justifiait le besoin d’un budget pour son département

La menace peut laisser dubitatif, mais Al-Shabbaab reste dangereux. Le groupe mène des attaques régulières en Somalie, dont une explosion qui a tué 15 personnes dans un hôtel prestigieux de Mogadiscio la semaine précédente, et s’est internationalisé dans ses ambitions. Le groupe est derrière une série de raids meurtriers au Kenya pendant la dernière Coupe du monde de football, et il existe des signes indiquant qu’il est en relation avec les Nigérians de Boko Haram.

L’état actuel d’Al-Shabbaab nous renseigne également sur les défis de la lutte contre des groupes qui fonctionnent simultanément comme des cellules terroristes traditionnelles et comme des armées de guerilla engagées dans une guerre civile.

Tout comme Daech et Boko Haram, Al-Shabbaab a déjà exercé de facto le contrôle politique sur une large portion du territoire somalien. Ayant été repoussé de Mogadiscio en 2011 et ayant perdu son dernier bastion urbain en 2013 après une offensive militaire kenyane et somalienne, il est entré en clandestinité, modifiant son fonctionnement opérationnel. Ce qui était auparavant une armée contrôlant un territoire est devenu un groupe terroriste plus traditionnel, et d’une certaine manière plus dangereux pour les pays étrangers.

La leçon à retenir, c’est que les groupes comme Al-Shabbaab peuvent être vaincus sur le champ de bataille, mais qu’ils peuvent muter en quelque chose d’aussi menaçant sinon plus, et en tout cas bien plus difficile à éliminer. Une donnée à garder en tête alors que le combat contre Daech s’intensifie.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
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