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Primaires: l'idée que les électeurs du camp adverse viennent voter pour torpiller le scrutin est un mythe

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 23.02.2015 à 17 h 05

Repéré sur Los Angeles Times

Les citoyens seraient moins sournois que les cadres des partis politiques ou les journalistes...

Photo d'illustration. REUTERS/Charles Platiau

Photo d'illustration. REUTERS/Charles Platiau

Alors que les règles de la première primaire ouverte organisée pour l’UMP en vue de la désignation de son candidat à l’élection présidentielle de 2017 sont négociées par les candidats probables et les cadres du parti, voici une étude (américaine) qui devrait faire réfléchir. Selon ses résultats, relatés par le Los Angeles Times, la pratique qui consiste pour un sympathisant d’un parti à participer à la primaire du camp adverse par volonté de l’affaiblir, est un mythe.

Le chercheur s’est appuyé sur les résultats de primaires dans l’Etat de Californie en 2012 et sur un sondage auprès de 2.500 inscrits sur les listes électorales, pour aboutir au résultat suivant: seuls 5,5% des démocrates auraient voté pour un républicain, et seuls 7,6% des républicains auraient voté pour un démocrate.

Et contrairement à une autre croyance, cette minorité d’électeurs du camp opposé ne s’est pas déplacée pour torpiller le scrutin et faire barrage au meilleur candidat, mais bien pour peser sur l’issue du vote parce que ces électeurs pensaient que leur propre parti n’avait aucune chance de l’emporter.

En fait, le milieu politique adhèrerait à ce mythe parce qu'il calque ses manières de penser sur l’électorat qui, en réalité, serait bien plus fairplay. Comme le détaille le Los Angeles Times:

«La plupart des électeurs ne réfléchissent pas comme des stratèges de campagne ou des journalistes politiques, qui compulsent de grandes quantités de sondages d’intentions de vote, pèsent avec précision chaque manœuvre tactique et étudient la moindre nuance susceptible de faire basculer une élection. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ils sont moins sournois que ce que les professionnels de la politique pensent.»

A l’UMP, la question du nombre et de la provenance des parrainages nécessaires pour candidater à la primaire de 2016 n’a pas encore été tranchée. Elle le sera fin mars, quand la commission du parti chargée de faire des propositions rendra son rapport. En revanche, le parti a adopté la charte que les citoyens souhaitant participer au scrutin devront signer. Une charte minimale portant sur l’adhésion aux «valeurs de la droite et du centre» et en faveur de «l’alternance afin de réussir le redressement de la France», qui est donc peu restrictive et laisse le champ ouvert. L’électeur de la primaire devra par ailleurs verser 2 euros pour voter. La carte d'adhérant au parti ne sera pas nécessaire pour voter.

A l’approche de la primaire ouverte du Parti socialiste qui s'était tenue en octobre 2011, un sondage indiquait que 15% des participants potentiels à cette primaire étaient sympathisants de l’UMP ou du FN. Sans qu’au final ces infiltrés semblent avoir joué un rôle dans le scrutin. C’est d’ailleurs ce qu’expliquait dans un entretien sur Figaro Vox le professeur de science politique Christophe Bouillaud fin 2014, rappelant pourquoi la crainte de certains à droite que des électeurs de gauche aillent voter pour Alain Juppé lors de la primaire de l’UMP semble infondée:

«[…] cette idée tient plus du fantasme qu'autre chose. On a dit exactement la même chose à la veille des primaires ouvertes des socialistes en 2011, à savoir que des militants et sympathisants de droite allaient l'infiltrer. Au final, le candidat le plus à droite de l'époque, Manuel Valls, a fait un score faible (autour de 5% des voix) conforme à ce qu'on pouvait attendre. Et personne n'a raconté ensuite que les résultats de la primaire socialiste avaient été entachés par une infiltration d'électeurs conservateurs.»

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