Allemagne

Par crainte de mettre ses abonnés en danger, un magazine juif berlinois est désormais livré sous pli discret

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 23.02.2015 à 14 h 34

Repéré sur Der Tagesspiegel, Jüdisches Berlin, Libération, Handelsblatt, Berliner Zeitung

Devant la porte de Brandebourg à Berlin en septembre 2014. REUTERS/Thomas Peter

Devant la porte de Brandebourg à Berlin en septembre 2014. REUTERS/Thomas Peter

Il n'y a pas qu'en France que les juifs vivent dans un climat de peur. En Allemagne, la direction de la revue hebdomadaire Jüdisches Berlin («Berlin juif») vient d'annoncer qu'elle enverrait désormais la revue sous pli discret à ses abonnés, par crainte de mettre en danger ces derniers.

Ce magazine fondé en 1998 est envoyé gratuitement aux membres de la communauté juive berlinoise. Comme l'explique le porte-parole de la communauté juive à Berlin, Ilan Kiesling, au quotidien Der Tagesspiegel:

«Malgré les coûts supplémentaires non négligeables, nous avons pris cette décision pour réduire la probabilité que des attaques visent les membres de notre communauté, forte de plus de 10.000 personnes. Certains membres nous avaient déjà téléphoné et annoncé qu'ils pensaient à résilier leur abonnement.»

Dans le numéro actuel de la revue, dont la couverture affiche le slogan « JE SUIS JUIF » sur fond noir, en référence aux attentats meurtriers perpétrés début janvier 2014 à Paris, le président de la communauté juive berlinoise, Gideon Joffe, commence ainsi son éditorial:

«Chers membres de notre communauté, les événements des dernières semaines ont marqué chacun d'entre nous. A Paris, dix-sept personnes ont été assassinées –quatre d'entre elles pour la simple et unique raison qu'elles étaient des juifs français. A Berlin, les Israéliens sont battus, pour la simple et unique raison qu'ils sont des juifs israéliens, et les antisémites crient leur haine contre les juifs allemands depuis leurs fenêtres à Berlin.»

Annonçant à ses lecteurs que le magazine serait désormais envoyé sous pli discret, même si «rien que cette –aussi macabre que cela puisse paraître– “mesure de sécurité” coûtera chaque année 12.000 euros à la communauté», Gideon Joffe appelle de ses vœux «un temps où les jardins d'enfants, les écoles et les synagogues de la communauté juive ne devront plus être surveillées par la police».

La une du magazine

Contrairement à en France, où les actes antisémites avec violence physique ont plus que doublé en 2014, grimpant de 105 à 241 agressions par rapport à l'année précédente, comme le rapportait récemment Libération, le nombre d'actes antisémites a moins augmenté en Allemagne sur la même période, passant de 788 à 864 délits. Comme l'explique le quotidien économique allemand Handelsblatt, contrairement à l'idée répandue qu'elles seraient le fait de membres de la communauté musulmane, ces agressions sont majoritairement commises par des membres de l'extrême droite: 752 des 864 délits antisémites qui ont été recensés en 2014 leur sont imputables.

La communauté juive berlinoise ne se sent aujourd'hui pas en sécurité dans les rues de la capitale allemande. Comme le fait remarquer le quotidien Berliner Zeitung, de nombreux juifs berlinois n'osent pas porter la kippa ou l'étoile de David en public, de peur de se faire agresser.

En réaction aux appels lancés ces dernières semaines par le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanjahu à l'attention des juifs d'Europe, les exhortant à s'exiler en Israël, Angela Merkel a demandé cette semaine aux juifs résidant en Allemagne à ne pas quitter ses frontières. «Nous sommes heureux et reconnaissants qu'il y ait à nouveau une communauté juive en Allemagne», a-t-elle déclaré, ajoutant, comme le rapporte le site de la chaîne de télévision ARD:

«Nous souhaitons continuer à vivre de manière harmonieuse avec les juifs qui sont aujourd'hui en Allemagne.»

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