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Ce que l'on peut prédire pour les Oscars 2015 grâce aux maths

Thomas Messias, mis à jour le 22.02.2015 à 10 h 42

Les stats sont notamment généreuses avec Boyhood, de Richard Linklater.

Boyhood

Boyhood

L’an passé nous avions effectué un véritable carton plein concernant les quatre principaux Oscars. Mais le cru 2015 est très délicat: c’est un terrible mano a mano qui s’annonce pour ces 87èmes Academy Awards. La bataille entre Boyhood et Birdman s’annonce plus que serrée, les deux films ayant les faveurs de tous les bookmakers dans les catégories du meilleur film et du meilleur réalisateur.

C’est donc sur des outils mathématiques qu’il conviendra de s’appuyer: l’étude menée par le chercheur Andrew Bernard (qui s’appuie entre autres sur le nombre de nominations, le cumul des nominations, les principales thématiques des films et les autres céramonies de la saison) l’infographie de Silver et Hickey, mais aussi la méthode du statisticien Iain Pardoe. On sent chez les observateurs français une envie débordante de voir Boyhood l’emporter, mais c’est peut-être uniquement parce que la plupart d’entre eux n’ont pas encore pu voir Birdman, qui ne sort en salles que le 25 février (soit une date parfaite pour profiter de l’après Oscars).

Meilleur film: Boyhood (outsider: Birdman)

Ellar Coltrane dans Boyhood © Universal

Selon Andrew Bernard, l’Oscar du meilleur film aura reçu au préalable un nombre moyen de neuf nominations. Ce qui semble donner un avantage à Birdman, dont c’est exactement le score, face à un Boyhood seulement auréolé de six nominations. The Grand Budapest Hotel (9) et Imitation Game (8) font mieux que le film de Richard Linklater, mais on peut avancer l’argument suivant pour rendre ce critère quasiment irrecevable: hormis son ébouriffant concept, Boyhood n’a rien d’un film hollywoodien, avec démonstration technique, bande originale fracassante, décors et costumes renversants. Ce qui n’enlève rien à sa qualité…

L’excellente infographie de Silver et Hickey ne permet pas franchement de trancher. Aucun des deux favoris n’est un blockbuster ni une adaptation de roman, pas plus qu’il n’y est question de meurtre. Or ce sont les trois caractéristiques principales d’un film oscarisable selon eux… Bien que très complète et bourrée de critères très différents (sur l’époque, la profession du héros, le lien qui unit les personnages principaux…), cette étude permet en fait de prendre conscience de l’incroyable singularité de chacun des deux films, absolument inclassables.

L’avantage que possède Boyhood sur Birdman, c’est qu’il l’a battu aux récents Golden Globes ainsi qu’aux BAFTA, ce qui est généralement un signe avant-coureur pour les Oscars. Les deux films étant tout deux nommés à l’Oscar du meilleur film ainsi qu’à celui du meilleur réalisateur (la situation contraire est quasi éliminatoire, seuls Miss Daisy et son chauffeur et Argo ayant réussi à gagner malgré cela), on peut mettre une pièce sur Boyhood, sans pour autant sous-estimer les chances du film d’Alejandro González Iñárritu. On notera aussi que selon Iain Pardoe, Birdman est le grandissime favori avec plus de 50% de chances de l’emporter, loin devant The Grand Budapest Hotel, Imitation Game… et Boyhood, seulement quatrième. Mais le modèle proposé par le statisticien semble s’appuyer un peu trop sur le nombre de nominations, critère laissé de côté un peu plus haut.

Meilleur réalisateur: Richard Linklater pour Boyhood (outsider: Alejandro González Iñárritu pour Birdman)

Richard Linklater © Action Press / Bestimage

Avant toute chose: si Bennett Miller l’emportait pour sa mise en scène de Foxcatcher, il entrerait dans l’histoire en devenant le premier réalisateur récompensé pour un film non nommé dans la catégorie reine. Mais c’est assez peu probable, Iñárritu et Linklater tenant une nouvelle fois la corde.

Sachant que dans environ 75% des cas, les deux principaux Oscars sont remportés par le même film, il est légitime de miser une nouvelle fois sur Boyhood. Car si les statistiques sont faites pour être trahies, le fait que les crus 2013 (Argo gagnant, Ang Lee récompensé pour L’Odyssée de Pi) et 2014 (12 years a slave vainqueur, Alfonso Cuarón couronné pour Gravity) soient allés à l’encontre de la règle nous donne envie de croire à un retour à la normale. Mais on le jure: si Boyhood et Birdman se partagent ces deux Oscars, on oubliera ce critère dès les Oscars 2017.

Meilleur acteur: Michael Keaton pour Birdman (outsider: Eddie Redmayne pour Une merveilleuse histoire du temps)

Birdman: Photo Alejandro González Iñárritu, Michael Keaton

Si les stats de Iain Pardoe donnaient très largement l’avantage à Birdman concernant le meilleur film et le meilleur réalisateur, c’est Eddie Redmayne (Une merveilleuse histoire du temps) qui enflamme ses compteurs pour l’Oscar du meilleur acteur (avec un taux de certitude de 95%, ce qui semble totalement présomptueux). Mieux vaut garder la tête froide et examiner les critères établis par Andrew Bernard: pour gagner, mieux vaut avoir environ 43 ans, n’avoir jamais été nommé à l’Oscar, et jouer dans un film lui-même nommé à l’Oscar du meilleur film. Ce dernier critère semble exclure Steve Carell, de toute façon trop vieux pour rivaliser avec Bradley Cooper (40 ans, déjà nommé pour American Bluff) et Benedict Cumberbatch (39 ans). On a pourtant du mal à croire que les acteurs d’American Sniper et The Theory of everything aient réellement leurs chances au vu de la «à Oscar» mais extrêmement efficace, d’Eddie Redmayne. Complètement hors du coup question âge (le premier a 63 ans, le second 33) mais jamais nommés à l’Oscar, les deux hommes semblent se détacher assez nettement. Et puisqu’on voit mal Birdman rentrer bredouille et que le come-back de Keaton (déjà récompensé aux Golden Globes) pourra avoir joué sur l’affect des votants, misons donc sur celui qui fut le meilleur Batman de l’histoire des Batman.

Meilleure actrice: Julianne Moore pour Still Alice (outsider: personne)

 Julianne Moore ©Polyband

C’est souvent davantage le cas chez les actrices que chez les acteurs: seule une interprète (Felicity Jones) est nommé pour un film qui concourt à l’Oscar (Une merveilleuse histoire du temps). Mais en tout honnêteté, on la voit mal l’emporter, dans un rôle assez passe-partout. Tout comme on imagine mal que Marion Cotillard puisse l’emporter pour sa certes brillante prestation dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne (le fait d’avoir déjà gagné un Oscar est assez handicapant). En revanche, comme l’indique Iain Pardoe (qui lui donne 90% de chances de l’emporter), on mise tout sur Julianne Moore, déjà lauréate d’un Golden Globe pour Still Alice. Voilà près de six mois que certains spécialistes s’accordent à dire que l’actrice, déjà distinguée au dernier festival de Cannes pour Maps to the stars, l’emportera :

En outre, Julianne Moore a déjà été nommée quatre fois (deux fois en tant que meilleure actrice, deux fois en tant que meilleur second rôle) mais n’a jamais gagné, ce qui est indigne de son talent… et semble de très bon augure. 

Iain Pardoe estime en effet que pour mettre toutes les chances de leur côté, acteurs et actrices doivent avoir été nommé autant de fois que possible sans jamais l’avoir emporté. Placée mais jamais gagnante, Julianne Moore bénéficie en plus d’une absence de concurrentes de haute volée. Même Rosamund Pike, qui a secoué beaucoup de spectateurs avec sa prestation dans Gone Girl, ne semble pas avoir les épaules pour l’inquiéter. Des quatre statuettes sur lesquelles Slate.fr a l’habitude de parier, c’est sans doute celle sur laquelle nous jouerions toute notre fortune. Même si la cote ne serait sans doute pas énorme chez les bookmakers...

Thomas Messias
Thomas Messias (138 articles)
Prof de maths et journaliste
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