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On a retrouvé le créateur du schéma de la pochette de «Unknown Pleasures» de Joy Division

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 20.02.2015 à 10 h 58

Repéré sur Scientific American, The Guardian

Détail de la pochette de «Unknown Pleasures» de Joy Division (Peter Saville/Factory Records)

Détail de la pochette de «Unknown Pleasures» de Joy Division (Peter Saville/Factory Records)

Avec ses petits pics noirs et blancs, l'image ressemble à un paysage de montagne désolé et est connue de la plupart des mélomanes: c'est celle qui orne la pochette, signée du designer Peter Saville, de Unknown Pleasures, le premier album de Joy Division, paru en 1979 chez Factory.

On savait déjà (le journaliste Simon Reynolds le raconte par exemple dans son livre Rip It Up) que Barney Sumner, le guitariste du groupe, l'avait trouvée dans l'édition 1977 de la Cambridge Encyclopaedia of Science: intitulée 100 consecutive pulses from the pulsar CP 1919, elle représente les ondes du premier pulsar découvert.


Le magazine Scientific American s'est lancé dans une quête originale: celle de l'auteur du schéma en lui-même. Le journaliste, Jen Christiansen, explique être remonté progressivement à la source, comme avait essayé avant lui de le faire un blogueur, Adam Capriola: il a d'abord retrouvé le schéma dans un ouvrage de visualisation de données scientifiques de 1974 et un numéro de 1971 de sa propre publication, avant d'en identifier finalement la première publication.

Le schéma trouve son origine dans une thèse de doctorat de septembre 1970 de Harold D. Craft Jr., aujourd'hui vice-président émérite de l'université de Cornell, dans l'Etat de New York. Ce dernier était doctorant et effectuait des mesures à l'observatoire d'Arecibo, à Porto Rico, quand le premier pulsar a été découvert, en 1967, par l'astrophysicienne Jocelyn Bell à Cambridge (découverte pour laquelle elle fut snobée par le Nobel). Il s'est mis à effectuer des mesures sur cet objet et à les retranscrire visuellement à l'aide d'un ordinateur:

«J'ai écrit un programme qui faisait que, plutôt que les représenter de manière verticale, il les déformait selon un léger angle de façon à ce que vous ayez l'impression de regarder un paysage de collines –ce qui était esthétiquement intéressant et plaisant mais, d'un autre côté, rendait aussi l'ensemble de la chose plus confus.»

Harold D. Craft Jr. raconte avoir croisé un jour un collègue astronome dans la rue, qui lui a dit: «Au fait, tu sais que ton image est sur la pochette d'un disque de Joy Division?», ce qu'il ne savait pas.

On notera que, sur les images de la thèse du chercheur, ainsi que sur les reproductions ultérieures du schéma, les petites «montagnes» représentées par les ondes sont en blanc et délimitées par des traits noirs, soit l'inverse de la pochette du disque de Joy Division. Peter Saville opta en effet pour une inversion des couleurs pour avoir une pochette noire, où l'image n'apparaissait plus que dans une taille réduite.

Une esthétique qui, alliée au mystère de la pochette –pas de titre d'album ni de nom de groupe, ni de noms de morceaux au dos, et une mystérieuse image, à l'intérieur, d'une main ouvrant une porte, piquée au photographe Ralph Gibson– a grandement participé à l'aura naissante de Joy Division et de ce qu'on appela «le culte sans nom». Un culte dont Saville lui-même a résumé la logique dans une interview au Guardian:

«Avoir le titre sur la pochette semblait juste superflu. J'ai demandé à Rob [Gretton, le manager du groupe, NDLR] et, de lui à moi, il nous semblait que ça n'était pas cool de le mettre. C'était l'époque post-punk et nous étions contre la célébrité pompeuse. Ce groupe ne voulait pas devenir des pop-stars.»

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