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Le jeu vidéo où vous êtes une esclave: une mauvaise idée pour enseigner ce qu'a été l'esclavage

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 20.02.2015 à 9 h 51

Repéré sur Education Week

Depuis 2010 aux Etats-Unis, il existe un jeu vidéo de simulation censé aider les enfants à apprendre l'histoire de l'esclavage. Dans Flight to Freedom («Fuite vers la liberté», disponible gratuitement en ligne), le joueur est dans la peau de Lucy King, une esclave de 14 ans qui tente de fuir une plantation du Kentucky en 1848. 

Plus d'un million de joueurs sont actuellement enregistrés pour ce jeu, qui est en partie financé par des fonds publics et a gagné plusieurs prix pédagogiques, rapporte Education Week. Dans la même collection, il existe d'autres jeux sur diverses périodes historiques et on peut ainsi choisir d'être un indien cheyenne en 1866 ou une jeune immigrante russe en 1907.

Le journaliste d'Education Week note que le jeu sur l'esclavage peut être choquant pour certains enfants dans la mesure où les personnages sont maltraités, emprisonnés sans raison et les familles séparées.

Mais l'idée de prétendre faire comprendre ce que pouvait vivre un esclave à travers un jeu vidéo est extrêmement problématique. Rafranz Davis, une consultante pédagogique et ancienne enseignante au Texas, explique:

«Je ne pense pas qu'on puisse vraiment transposer les viols, meutres et mutilations de l'esclavage en un jeu.»

Dans son blog, Rafranz Davis, dont les ancêtres étaient esclaves, raconte son expérience avec le jeu sur l'esclavage. A un moment, Lucy King cherche des papiers prouvant que son oncle est un homme libre. Elle rencontre un homme blanc et elle a le choix entre dire la vérité ou ne rien dire.

«J'ai choisi de me taire et l'homme a répondu: “je préfère les nègres qui ne parlent pas”.»

Peu après Lucy est capturée et vendue pour 800 dollars. Rafranz Davis résume:

«Etudier cette période de l'histoire est nécessaire, mais le faire à travers un jeu de rôle n'est pas approprié.»

WNET, la chaîne de télévision publique qui a développé le jeu, précise qu'il a été créé en partenariat avec plusieurs historiens. Une porte-parole de la chaîne avait expliqué:

«Notre but avec ce jeu est que tous les élèves aient un plus grand respect pour les luttes des Afro-Américains et pour l'histoire afro-américaine.» 

Un des problèmes est précisément d'aborder l'histoire du point de vue du «respect» plutôt que de la connaissance.

Education Week rappelle que l'Anti-Defamation League, une association de lutte contre l'antisémitisme, avait critiqué tout enseignement de la Shoah via simulation et jeu de rôle. Leur explication vaut aussi pour les jeux vidéo sur l'esclavage:

«Ces jeux ne sont pas de bons outils pédagogiques car ils banalisent l'expérience des victimes et peuvent donner aux élèves l'impression qu'ils savent vraiment comment c'était à l'époque... Ils empêchent l'analyse critique en simplifiant à l'excès des événements historiques complexes.»

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