France

Aubry, la synthèse entre Hollande et Royal

Stéphane Cavalli, mis à jour le 02.09.2009 à 3 h 44

C'est difficile à croire, mais tout le monde sort vainqueur du week-end socialiste.

Aubry et Royal, le 28 août à La Rochelle. Stephane Mahe / Reuters

Aubry et Royal, le 28 août à La Rochelle. Stephane Mahe / Reuters

Les socialistes semblaient ne pas en revenir eux-mêmes. Au retour de La Rochelle, l'écho médiatique résonnait doucement à leurs oreilles. «Quelle victoire sur nous-mêmes», se félicitait déjà Martine Aubry au début de son discours de clôture dimanche.

Pourtant, La Rochelle, c'est surtout une victoire surprise de la première secrétaire. En tuant le match d'entrée, elle a aussi fait sienne une méthode utilisée en son temps par Ségolène Royal: en appeler directement aux militants pour écraser les cadres intermédiaires - y compris sa propre direction - et les barons locaux du parti.

Ségolène Royal au Congrès de Reims avait fait en sorte de se retrouver en position de faire régler la question de l'élection de la première secrétaire par les militants et non par la commission des résolutions. A La Rochelle, sur le cumul des mandats, C'est Aubry qui prend l'appareil de court. La date de la consultation - le 1er octobre - lui laisse peu de temps pour organiser une riposte, surtout qu'il est difficile de s'opposer à ce principe populaire chez les militants., Quant à Ségolène Royal, qui pratique déjà par choix le mandat unique, elle ne peut qu'appuyer la démarche, qui est d'ailleurs un classique jamais appliqué de la plupart des motions de congrès.

Point d'équilibre

La victoire de Martine Aubry réside également dans un habile et inédit séquençage de l'université d'été: régler les questions internes les vendredi, s'occuper des rapports avec la gauche le samedi, pour finir sur un discours-programme le dimanche. Une méthode souvent proposée à François Hollande par ses proches, mais que le premier secrétaire ne goûtait guère: il préférait faire un discours total le dimanche et ne pas s'exprimer les vendredi.

Surtout, les propositions de Martine Aubry ont réussi à trouver l'exact point d'équilibre du parti à un moment donné. Et ce avec une science qui rappelle celle de François Hollande en son temps, lui qui trouva en 2005 une synthèse quasi-générale dans un parti poly-traumatisé par les débats sur la constitution européenne : excepté Arnaud Montebourg, tous les socialistes, du non comme du oui, de Jean-Luc Mélenchon à Jean-Marie Bockel, avaient cosigné le même texte final.

Chacun peut revendiquer une victoire

De fait ce n'est pas la moindre des qualités des propositions de Martine Aubry que d'offrir à chacun des raisons de crier victoire. En renvoyant le Modem à ses contradictions - la possibilité d'un soutien aux listes de gauche aux régionales, et l'acceptation d'un projet économique, social et écologique, elle contente paradoxalement tout le monde.

Chez Benoît Hamon, on se réjouit des conditions posées au Modem, mises en rapport avec le discours-programme de dimanche. «Il est évident que le Modem ne pourrait être un partenaire» de la mise sous tutelle par le tribunal administratif des entreprises bénéficiaires qui délocalisent, note le porte-parole du parti, qui y voit une reconnaissance de la «pression» mise sur la question du Modem ces dernières semaines. «En fait les conditions qu'elle pose à François Bayrou, c'est quasiment de prendre sa carte au parti socialiste», se réjouissait un des dirigeants du courant Hamon.

Le flou sur les primaires satisfait tout le monde

Mais à l'autre bout de l'échiquier politique du parti, devant ses partisans de Désirs d'avenir, Ségolène Royal s'est elle aussi réjouie: «j'entends que le Modem est le bienvenu», a ironisé la présidente de Poitou-Charentes, qui en a profité pour rappeler les débats du congrès de Reims et ceux de la présidentielle. Contrairement à Benoît Hamon, l'exégèse des paroles d'Aubry version Royal est la suivante: poser des questions, c'est ouvrir une possibilité.

L'équilibre est le même sur la question des primaires. Martine Aubry s'est prononcée pour des primaires ouvertes pour choisir... le candidat socialiste au premier semestre 2011. Une position médiane qui pour le moment ne présume pas de primaires de toute la gauche, telles que le demandaient Benoît Hamon, Arnaud Montebourg ou Vincent Peillon. A la tribune, Aubry a cependant douté à haute voix de la nécessité d'avoir un candidat unique de la gauche : «Qui vous dit que nous avons intérêt à avoir un seul candidat pour gagner?». En ce domaine, Aubry a plutôt choisi la position des amis de François Hollande, qui se réjouissent de voir leur option retenue.

Questions sans réponses

Mais Montebourg et Hamon voient eux aussi dans le discours d'Aubry une validation de leur démarche. D'abord parce qu'Aubry a cédé sur le concept de primaires ouvertes, ce qui leur permet d'éviter un désaveu sur le fond. Sur la forme, question désaveu, ils ont pourtant été copieusement servis: ni l'un ni l'autre, bien que membres de la direction, n'a été associé a ce qu'a proposé Martine Aubry vendredi.

L'intérêt du PRG et du MRC pour la procédure permet pourtant aux quadras de voir leur patte dans le processus. Benoît Hamon a salué une méthode «d'établissement d'un candidat commun». Ségolène Royal s'en réjouit et déguste ce qu'elle voit comme une revanche politique: «les bonnes idées font leur chemin», a-t-elle noté.

Mais le point d'équilibre trouvé par Martine Aubry sur les primaires, le Modem et sur le cumul des mandats est par nature instable. Beaucoup de questions n'ont pas été tranchées. Et réapparaissent déjà:

Sur les primaires. Il y a fort à parier que la participation ou non d'autres partis fera l'objet d'un solide débat après les régionales, lorsque chacun aura pu se compter. Une participation qui apparaît incertaine si le concept des primaires n'a pas été élaboré en commun. Et concernant la date, les questions ont été posées. Martine Aubry a retenu l'option du premier semestre 2011. Ce choix empêcherait Dominique Strauss-Kahn de se présenter puisque que cela le contraindrait à quitter le FMI trop tôt avant le terme de son mandat. DSK a reçu sur ce sujet le soutien inattendu de Laurent Fabius, qui a souhaité des primaires «autour du deuxième semestre 2011». Le motif? «Cela laisse la possibilité à tous les grands candidats auxquels on peut penser, de se présenter». De l'autre côté Ségolène Royal demande une rénovation «rapide», pour justement empêcher cette éventualité.

Sur le cumul des mandats. Martine Aubry a voulu prendre une précaution: ne pas appliquer la règle aux régionales. Difficile en effet pour elle d'aller expliquer au sénateur Daniel Percheron, tête de liste chez elle dans le Nord-Pas-de-Calais, qu'il doit choisir dès maintenant. Sauf que, pour ne pas se laisser marginaliser sur la question, Ségolène Royal a décidé de la prendre au mot, elle aussi en faisant appel aux militants.

Concernant le Modem. Les conditions posées par Martine Aubry ne sont guère différentes de celle formulées par François Hollande en vue des municipales : acceptation des partenaires de gauche, hostilité à Nicolas Sarkozy, projet commun. Conditions sur la foi desquelles Martine Aubry a justifié son alliance avec le Modem aux municipales à Lille. Et elles risquent de générer les mêmes alliances à la carte aux élections régionales. La première secrétaire pourra-t-elle empêcher la «coalition arc-en-ciel», du Modem au PCF, souhaitée ce mardi chez lui par le président de région Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne?

C'est dire que le point d'équilibre trouvé à La Rochelle nécessitera de sérieux soins d'entretien.

Stéphane Cavalli

Image de une: Aubry et Royal, le 28 août à La Rochelle. Stephane Mahe / Reuters

Stéphane Cavalli
Stéphane Cavalli (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte