Culture

Nos prévisions (presque) scientifiques pour les César 2015

Thomas Messias, mis à jour le 21.02.2015 à 8 h 33

Nous avons atteint 50% de bons résultats, comme l'an dernier.

Adèle Haenel avec son trophée lors de la 39e cérémonie des César le 28 février 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Adèle Haenel avec son trophée lors de la 39e cérémonie des César le 28 février 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Les César ont fait un triomphe au très beau film d'Abderrahmane Sissako, Timbuktu. Le film du mauritanien a remporté sept récompenses.

En attendant, cela nous fait 50% de bons résultats pour nos pronostics: nous donnions effectivement Sissako meilleur réalisateur. Tout comme nous donnions Adèle Haenel meilleure actrice, qui l'a emporté. 

Gros ratage en revanche sur le meilleur film: Les Combattants a raflé plusieurs prix (dont celui du meilleur premier film) mais pas celui de meilleur film, qui est allé à Timbuktu. Et si c'est bien un Saint-Laurent qui l'a emporté pour le César du meilleur acteur, ce n'est pas celui que nous prévoyions, Gaspard Ulliel, mais l'autre: Pierre Niney. 

Commençons par une évidence mathématique: pronostiquer les César, c’était plus simple lorsqu’il y avait moins de nommés. Jusqu’en 2008, ce sont cinq films, cinq metteurs en scènes, cinq actrices et cinq acteurs qui concouraient. Dès 2009, les nominations au César du meilleur film ont été élargies à sept, puis ce fut le cas des trois autres catégories majeures à partir de 2012. Les possibilités sont plus nombreuses et les déductions plus délicates. Pourtant, cette année encore, nous allons tenter de prédire les résultats des principaux César. En espérant renouer avec les 100% de réussite de 2011 (depuis, nous avons fait 50% en 2012 et 2014, et 75% en 2013).

Meilleur film: Les Combattants (outsider: Hippocrate)

Adèle Haenel, Kévin Azaïs ©Julien Panie/ Haut et Court

La singularité de cette édition 2015, c’est qu’il n’y a pas à proprement parler de favoris. Les films français de qualité ont fleuri, mais aucun gros poisson ne se distingue. La Vie d’Adèle, Amour, The Artist, Des hommes et des dieux, Un prophète, Entre les murs: depuis les César 2009, il y avait toujours eu un film français fortement récompensé à Cannes (trois Palmes d’Or, deux Grands Prix, ou au moins un prix d’interprétation pour le film de Michel Hazanavicius, auréolé quant à lui de nombreuses nominations aux Oscars). Six leaders naturels qui n’ont pas tous triomphé aux César, les films d’Abdellatif Kechiche et Laurent Cantet ayant respectivement été battus par ceux de Guillaume Gallienne (Les Garçons et Guillaume, à table !) et Martin Provost (Séraphine).

Cette année, les grands festivals sont encore les principaux fournisseurs de films à César. Sur les sept concurrents, cinq étaient présents à Cannes, et Eastern boys l’a emporté à Venise dans la sélection Orizzonti (l’équivalent du Certain Regard cannois). Seul La famille Bélier n’est pas passé par la case festivals. Pas de quoi tirer la moindre conclusion: les films ayant concouru pour la Palme d’Or (Sils Maria, Timbuktu, Saint Laurent) sont en effet repartis bredouilles, tandis qu’Hippocrate n’était présenté qu’en séance spéciale (donc hors compétition) dans le cadre de la Semaine de la Critique. 

En revanche, Les Combattants a littéralement cartonné: précédé par une réputation flatteuse, le film de Thomas Cailley a enchanté à la Quinzaine des Réalisateurs, raflant la quasi totalité des prix remis dans cette sélection. Prix FIPRESCI, Prix SACD, Art Cinema Award, Label Europa Cinemas… Une avalanche de récompenses qui ne fut qu’un début, puisque suivit notamment un prestigieux Prix Louis-Delluc du premier film.

Les Combattants ayant tout autant séduit le public que la critique, il est donc permis de penser que le film de Thomas Cailley pourrait encore une fois tirer son épingle du jeu. Il serait ainsi le deuxième film consécutif (après Les Garçons et Guillaume, à table!) à réussir un doublé meilleur film –meilleur premier film, rejoignant également Les Nuits fauves, autre film à avoir réussi ce prestigieux coup double.

Qui dit absence de favori évident dit également difficulté à distinguer un outsider de poids. Mais puisqu’une compétition ouverte a souvent tendance à profiter aux «petits», mettons quelques pièces sur Hippocrate, lui aussi accueilli avec chaleur par la presse et par le public.

Meilleur réalisateur: Abderrahmane Sissako pour Timbuktu (outsider: Thomas Cailley pour Les Combattants)

 

Timbuktu ©Le Pacte

Qui dit compétition très ouverte dit aussi fortes probabilités d’aller à l’encontre des statistiques: comme l’an dernier, les César du meilleur film et du meilleur réalisateur pourraient bien distinguer deux oeuvres différentes (ce qui n’arrive que dans 30% des cas). Après le tandem Guillaume–Polanski, pourquoi pas un ticket Combattants– Sissako… 

Le réalisateur mauritanien* réussit avec Timbuktu un film visuellement sidérant et politiquement très fort, sur un extrêmisme d'actualité, d’où émerge ce qui est sans doute la plus belle scène de l’année (un match de football sans ballon). On imagine bien ce cinéaste important recevoir un accessit de cet acabit. Tout comme on aurait adoré croire à la victoire de Céline Sciamma, dont le Bande de filles, hélas absent de la catégorie «meilleur film», est un film majeur qui confirme l’immense talent de sa réalisatrice. En trente-neuf éditions, jamais un film oublié par la catégorie majeure n’a permis à son réalisateur (encore moins à sa réalisatrice) de recevoir une statuette. Il est hélas difficile d’imaginer que les César 2015 puissent constituer une première dans l’histoire.

En outsider, on misera donc sur Thomas Cailley, certes pas manchot, parce qu’il n’est pas impossible après tout que Les Combattants réussisse un triomphe absolu.

Meilleure actrice: Adèle Haenel pour Les Combattants  (outsider: Marion Cotillard pour Deux jours, une nuit)

Adèle Haenel, Kévin Azaïs dans Les Combattants, © Haut et Court

Adorée (à raison) dans la sphère cinéphile depuis quelques années, Adèle Haenel a gagné en notoriété durant les douze derniers mois, son César du second rôle pour Suzanne et son bouleversant coming-out sur la scène du Châtelet ayant contribué à la faire connaître du plus grand nombre. Elle donne aux Combattants toute son identité, celle d’un film inattendu et protéiforme. Si le film de Thomas Cailley ne devait gagner qu’un César, ce serait celui-là. Même si la présence de Marion Cotillard, une nouvelle fois nommée à l’Oscar pour Deux jours, une nuit, a de quoi l’inquiéter. En France, la cote de popularité de l’actrice est assez fluctuante, mais sa prestation dans le film des frères Dardenne est absolument renversante.

Meilleur acteur: Gaspard Ulliel pour Saint Laurent (outsider: Vincent Lacoste pour Hippocrate)

Gaspard Ulliel dans Saint Laurent  MANDARIN CINEMA - EUROPACORP – ORANGE STUDIO – ARTE FRANCE CINEMA – SCOPE PICTURES / CAROLE BETHUEL

Comme ce fut le cas pour L’Apollonide, l’avant-dernier film de Bertrand Bonello, Saint Laurent est passé par la compétition cannoise, repartant bredouille après avoir creusé un étrange fossé entre la critique française (enthousiaste) et celle du reste du monde. Cité un peu partout parmi les meilleurs films français de l’année, le film n’a sans doute pas cette étincelle qui pourrait lui permettre de recevoir les principaux César. 

En revanche, la prestation de Gaspard Ulliel pourrait bien lui valoir un César bien mérité, même si la concurrence de Pierre Niney (nommé pour le même rôle, mais dans Yves Saint Laurent de Jalil Lespert) pourrait bien le déposséder de quelques voix. De toute façon en se fiant à cette statistique affirmant que 90% des acteurs récompensés le sont pour un long-métrage cité au meilleur film, seuls François Damiens (pour La famille Bélier) et Vincent Lacoste (pour Hippocrate) semblent capables de lui tenir la dragée haute.

Cérémonie des César, 

le 20 février 2015 sur Canal+, en clair, à 21H. 

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* — Une erreur s'était glissée. Abderrahmane Sissako est bien mauritanien et non malien, comme écrit dans un premier temps. Toutes nos excuses. Retourner à l'article

 

Thomas Messias
Thomas Messias (139 articles)
Prof de maths et journaliste
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