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  • Par Henri Tincq
  • Henri Tincq est un journaliste, spécialiste des questions religieuses à la Croix et au Monde de 1985 à 2008. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont dernièrement Les Catholiques.
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Le Vatican et Berlusconi, c'est fini

Soupçonnée de participer à la curée contre le chef du gouvernement italien sur sa vie privée, la presse catholique subit les foudres des proches de Berlusconi.

Mercredi 2 Septembre 2009
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Rien ne va plus entre l'Eglise italienne et Silvio Berlusconi, dont la coalition au pouvoir repose largement sur le vote catholique. Le divorce a été scellé paradoxalement lors d'une manifestation de «pardon» qui a eu lieu vendredi 28 août, comme tous les ans, à l'Aquila — ville marquée par le récent tremblement de terre — à la mémoire de Célestin V. Le dîner, prévu ce jour-là entre le président du Conseil italien et le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, numéro deux de l'Eglise après le pape - auxquels devaient se joindre d'autres personnalités de l'Eglise et de l'Etat — a été annulé par l'Eglise au dernier moment. Du coup, le Cavaliere a renoncé à la «procession du pardon» de l'Aquila, où il s'est fait représenter par une personnalité plus en cour à la Curie.

Le conflit était latent depuis des semaines, principalement lié à la politique d'immigration du gouvernement, jugée trop restrictive par la conférence épiscopale italienne (CEI), et surtout à l'étalage de la vie privée de Berlusconi. Selon les proches de ce dernier, L'Avvenire, le quotidien officiel de l'épiscopat, et L'Osservatore Romano, celui du Vatican, violent leur règle de neutralité politique et participent à la curée anti-Berlusconi. Dès le 5 mai, devant le choix de plusieurs jeunes femmes comme candidates de droite aux élections européennes, L'Avvenire déplorait «la faiblesse déclarée (de Berlusconi) pour la jeunesse des actrices en fleurs». Ajoutant: «Nous continuons à espérer un président (du Conseil) qui sache avec sobriété être le miroir le moins déformant possible de l'âme du pays ».

Attaques contre la presse

Le 12 août, devant l'ampleur prise par la polémique sur les démêlés conjugaux de Berlusconi, l'Eglise italienne se disait «mortifiée» et le journal des évêques «récidivait»: «Il me semble, écrivait son directeur, Dino Boffo, que les gens ont compris l'embarras, la mortification, la souffrance que cet abandon insolent d'une vie sobre ont pu provoquer en nous».

A ces scandales privés, s'ajoutent les provocations de la Ligue du Nord, membre de la coalition, qui ne tolère pas les critiques lancées par des évêques contre la politique d'immigration. La Padania, quotidien de la Liga, parti populiste et xénophobe profondément enraciné dans le nord-est du pays, propose la révision du Concordat entre l'Italie et le Saint-Siège. Une déclaration de guerre pour les évêques...

Silvio Berlusconi est excédé par les mises en cause répétées de la presse italienne et étrangère contre sa vie privée. Il a porté plainte contre le quotidien La Repubblica et l'hebdomadaire l'Expresso, à qui il réclame un million d'euros de dommages et intérêts. Il menace d'en faire autant avec le Times de Londres, El Païs en Espagne et Le Nouvel Observateur en France.

Contre la presse catholique, la charge a été donnée la semaine dernière par le journal de droite milanais Il Giornale, dirigé par le propre frère (Paolo) du président du conseil. Vendredi 28 août, le quotidien a cru bon sortir de l'oubli une sombre affaire de mœurs, datant de 2001, dans laquelle le directeur de L'Avvenire, Dino Boffo, avait été impliqué. Il aurait fait pression sur l'épouse d'un homme marié avec lequel il aurait eu une relation homosexuelle. Ainsi, le directeur du Giornale, Vittorio Feltri, aurait-il voulu «donner une leçon au chef de file des moralisateurs engagés à lancer des anathèmes contre Silvio Berlusconi pour ses affaires privées» et qui feraient mieux « de se regarder dans une glace ».

Une attaque «dégoûtante et très grave»

La réaction d'écœurement de l'Eglise a été immédiate et unanime. Outre l'annulation du dîner prévu vendredi à l'Aquila, le président de la puissante conférence des évêques italiens, le cardinal Antonio Bagnasco, a déploré une attaque «dégoûtante et très grave». La rédaction de L'Avvenire a aussi qualifié la diatribe du Giornale de «vulgaire et répugnante». Dino Boffo, le directeur agressé, se dit victime d'une «mise à mort journalistique à l'état pur». La polémique s'est poursuivie tout le week-end et n'est, de loin, pas terminée.

L'agence de presse catholique SIR, ainsi que la fédération qui réunit quelque 190 hebdomadaires diocésains italiens, se sont associées aux condamnations de la conférence épiscopale italienne et ont manifesté leur solidarité et confiance au directeur du quotidien catholique. Silvio Berlusconi s'est désolidarisé de la polémique lancée par le journal contrôlé par son frère, estimant que le respect de la vie privée est «sacré», mais l'Eglise peine à croire à son innocence dans ce qui apparaît bel et bien comme une vengeance.

Contentieux

Cette affaire tombe au plus mal à la fois pour Berlusconi et pour l'Eglise. Le chef du gouvernement comptait sur ce rendez-vous de l'Aquila pour obtenir plus de bienveillance de la part de la hiérarchie catholique et des organes de presse qui lui sont proches. Il entend pacifier ses relations avec l'Eglise et le Saint-Siège, avant d'importantes élections régionales prévues en 2010. De même, la rentrée parlementaire approchant, diverses questions sensibles pour les catholiques italiens sont à l'étude et l'Eglise craint des défections dans la majorité de centre-droit.

La Chambre des députés doit examiner le projet de loi sur le «testament biologique», déjà adopté par le Sénat, qui interdit toute diminution de l'hydratation et de l'alimentation des mourants. Or, des voix se font entendre en Italie, notamment celle du président de l'Assemblée, Gianfranco Fini, pour que ce texte, qui va dans le sens de la lutte contre l'euthanasie souhaitée par l'Eglise, soit modifié dans un esprit plus laïque.

Autre sujet délicat, l'autorisation donnée par l'Agence du médicament à l'utilisation de la pilule abortive, contre laquelle l'Eglise italienne s'est soulevée d'un bloc. Cette décision doit faire l'objet d'études au sein d'une commission du Sénat. Il sera enfin question, dans quelques semaines, du recours qu'entend déposer le syndicat autonome des enseignants de religion, suite à une décision du tribunal administratif de Rome qui réduit leur pouvoir au sein des établissements d'enseignement public.

Henri Tincq

SI VOUS AVEZ AIME CET ARTICLE, VOUS APPRECIEREZ PEUT-ÊTRE:

- L'Italie à la dérive, par Jean-Marie Colombani

- Le cavaleur, par Cesare Martinetti.

Image de une: Silvio Berlusconi en février 2009. Alessia Pierdomenico / Reuters

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Comments

C'est fini?...

Le titre de cet article est trompeur et ridicule.
Cet histoire pourrie montre comment, dans mon pays , le Vatican et la droite italienne se partagent le pouvoir.
Ce n'est quà cause des petits fidèles de parroisse et des petit prêtres de campagne que l'Eglise s'est trouvée obligée de reprocher (tout en douceur) à notre premier ministre un comportement peu digne de son rôle de représentant publique de tout un pays...
Sans cette levée de protestation de la part d'une grosse partie de catoliques, le Vatican aurait tenu le même sillence coupable qu'il tint avec Pio XII pendant les déportations des juifs italiens.
Maintenant ce n'est qu'une question de compromis politiques.
Il se peut que Berlusconi soit "fini" en tant que chef politique (j'en doute malheureusement) et que Giancarlo Fini prenne sa place mais , étant donné ses dernierès prises de position sur la laicité vous verrez comment le Vatican trouvera une sortie de secours pour que rien ne change.
Quelle misère!

@maria ludovica

Je trouve un " peu " osé le parallèle que vous faites entre les frasques de Berlu et le silence de Pie XII. Pourriez-vous développer ?

Maintenant, que l'Eglise s'émeuve et sélève contre les frasque du premier ministre, l'étalage de sa vie publique, la pillule abortive et tutti quanti, quoi de plus logique, elle est dans son rôle, il me semble. En ne manifestant pas son désaccord avec les dérives berlusconniennes, oui, là, son silence eut été coupable.

cordialement,

L'illusion perdue de Claudio Magris

Le grand écrivain italien Claudio Magris avait publié , en 1999, un ouvrage marqué d'une volonté d'espoir sous le titre Utopia e disincanto. Il fut publé en version française en 2001 Utopie et désenchantement, Gallimard.

Reprenant tout le parcours de Léopardi , l'écrivain si marqué par l" histoire tragique de sa ville , Trieste, évoquait de grandes figure de la pensée comme Gianni Vattimo ou Nietzshe pour dire qu'il était criminel d'oublier les atrocités d'Auschwitz mais aussi les atrocités des siècles précédents. Il tentait de faire la balance entre les positivistes du XIX e siècle qui avaient une vue ridicule du progrès, mais qu'l fallait éviter de sombrer dans le catastrophisme. Le fleuve de l'histoire emporte tout, mais l'utopie donne sens à la vie. Magris abordait ainsi une vaste fresque sur le désenchantemebt de l'Occident et de nombreuses figures dont celle de Weber étaient rappelées.
Finalement , Magris écrivait: " Le désanchentement est un forme ironique, mélancolique, et aguerrie de l'espérance. "

Cette introduction précède une vaste fresque de la culture européenne où l'on retouve plus de 400 noms mentionnés dans une table où à côté d'Aristote, de Bonaparte etc on trouve une mention à Berlusconi. On lit à la page 365 " Seul un climat éthico-culturel peut expliquer , par exemple, comment a été possible cette phrase inouï, inconcevable de Berlusconi qui a comparé les magistrats aux Brigades rouges - les assassiins de Bachelet, de Croce, de Caselagno,et de tant d'autres , y compris les nombreux juges tombés en défendant la loi et les citoyens contre le terrorisme. Je suis certain que Berlusconi - qui a exercer la responsabilité de gouverner l'Italie et qui est à nouveau candidat à cette fonction - est le premier à s'être repentii de cette sortie qui ne peut que se retourner contre lui; il est grave et symptomatique que même les protestations contre cette déclaration aient été trop peu indignées , comme si elles ne ressetaient pas suffisamment l'énormité. "

Dix ans après que ce texte de Magris le moins que l'on puisse dire est que l'auteur de Utopie et désenchantement s s'est lourdement trompé. Ceci pose toute la question de l'attraction exrercée par une forme ultra-médiatiaque de la politique dont on connait des précédents et dont on voit la réalité toujours présente.

renival

@Corto74

Ce n'est que maintenant que les voix des hautes sphères de l'Eglise catolique se lèvent. Comme je l'ai écrit (sûrement mal et je m'excuse pour mon français d'italienne) si l'Avvenire a commencé à écrire des frasques berlusconiennes c'est sous la demande de centaines de personnes qui en demandaient à leurs curés etc.
Sur une bonne partie de la presse italienne, celle que M.B. voudraît effacer, comme sur plusieurs blogs, beaucoups de voix, de journalistes, politiques et gens communes se sont levées à ce sujet. La question était la même: pourquoi l'Eglise catolique se taît maintenant après qu'elle a soulevé un tsunami médiatico/politique à l'égard du cas de Eluana Englaro?

@Corto74 suite...

HISTOIRE SE REPETE INDEFINIEMENT EN ITALIE

J e suis d'accord avec Maria Ludovica ceci n'est qu'un pretexte pour que la loi sur la pillule abortive ne soit pas adoptée , le vatican en jetant de la poudre aux yeux des italiens , les induit à les suivre sur des sujets soit disant d'éthique catholique
il ne faut pas oublier les dernières frasques du pape sur le preservatif ou encore l'eveque sud americain qui a eu 17 enfants bref en se jetant dans une gue-guerre contre berlu le vatican essaie derevaloriser son image aux yeux du monde
mais quand se decidera-t-il de faire un mea culpa
amen

papapoulos

Berlusconi

Sauf erreur de ma part Berlusconi a été élu démocratiquement: que nos amis italiens supportent leur élu jusqu'a la prochaine échéance. Quand à la catholicité (dont je suis) qu'elle s'occupe de spirituel, étant incapable de comprendre le temporel ( avortement, mariage des curés, preservatif etc...).
En France nous n'avons rien à envier aux italiens, notre dérive politique étant la même.

yrudnoiv

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