Parents & enfantsDouble X

Désexualisons les poupées

Nadia Daam, mis à jour le 18.02.2015 à 15 h 30

Une jeune femme récupère des poupées Bratz et leur offre un relooking salvateur en les démaquillant entièrement.

Des poupées Bratz et Barbie à l'exposition Dream Toys le 6 octobre 2004. REUTERS/Stephen Hird

Des poupées Bratz et Barbie à l'exposition Dream Toys le 6 octobre 2004. REUTERS/Stephen Hird

Sugar, Roxxi, Vinessa, Breeana, Destiny... elles ont des prénoms de personnages de films pour adultes, mais ce sont bien des jouets destinés aux enfants. Les Bratz, arrivées sur le marché en 2001, sont parmi les premières poupées à avoir privé Barbie de son hégémonie dans le secteur de la poupée dénutrie et hypersuexualisée. Les Monster High (Mattel comme Barbie) et autres American girl n'ont pas tardé à leur emboiter le pas et à figurer en bonne place dans les rayonnages de jouets pour petites filles (ou pour les rares petits garçons que l'on aurorise à jouer avec autre chose qu'un mini tractopelle).

Poupées Bratz de 2010, via Wikipedia, License CC

Mais si l'on a, à raison, accusé Barbie de bien des maux, la poupée Bratz, dont la caractéristique principale est d'être excessivement lippue, mérite elle aussi que l'on s'attarde un peu sur l'image qu'elle véhicule auprès des fillettes.

Du maquillage très marqué

Ses mensurations sont encore plus irréelles que celle des Barbie, mais surtout, le propre de la poupée Bratz, c'est que ses créateurs ont eu la main leste sur l'eye-liner, le gloss, le fard et la poudre de soleil. Sans compter l'allure des différents modèles, des looks que Geri Halliwell période Spice Girls ne renierai pas (platform shoes, mini-short, taille basse, casquette en cuir...).

L'influence de ce type de jouets sur le psychisme et l'estime de soi des petites filles a été maintes fois prouvé. Un rapport rédigé par le site Rehabs.com avait par exemple démontré que 42% des filles de 6 à 10 ans interrogées dans le cadre de l'étude souhaiteraient être plus minces. Au moment de sa mise sur le marché, la Bratz a aussi été accusée de jouer un rôle dans l'hypersexualisation croissante des petites filles.

Si la marque n'a jamais fait quoique ce soit pour normaliser ses modèles, une femme a choisi de redonner une seconde ville à ces poupées de ses propres mains.

Relooking

A la fin du mois de janvier 2015, depuis l'Australie, Sonia Dingh lance un tumblr sur lquel elle publie les photos des poupées qu'elle a entièrement relookées. Elle écume les vide-greniers à la recherche de Bratz abandonnées par des fillettes et leur redonne un aspect «normal». Elle les relooke en leur retirant leur tenues originales et en les rhabillant avec des vêtements tricotés par sa propre mère. Leurs opulantes coiffures sont disciplinées. Mais surtout, elle leur retire l'intégralité de leur maquillage et leur redonne le visage des jeunes filles qu'elles sont censées incarner: des sourcils non épilées, des tâches de rousseur, des joues moins creuses... Sur cette vidéo, elle explique même comment démaquiller ces poupées.

Rapidement, css oeuvres interessent de nombreux parents comme elle l'explique au site australien Daily Life:

«J’ai été contactée par énormément de mamans à travers le monde qui souhaitent trouver des poupées similaire et les offrir à leurs enfants (...). Je pense que c’est quelque chose qui concerne tous les parents. Je suis heureuse que mon travail ait également servi à ouvrir des discussions sur la place de la femme dans la société».

Dans la foulée, elle ouvre une page facebook sur laquelle elle poste régulièrement le fruit de son travail, mais surtout, elle a ouvert, le 15 février, un e-shop sur etsy sur lequel elle met en vente ses Bratz «normales».

Si l'initiative est salutaire, elle s'inscrit dans un mouvement global qui tend à désexualiser les jouets pour enfants. Slate racontait ici comment une jeune jeune ingénieure avait crée Goldie Box, un jouet censé inciter les petites filles à devenir ingénieur.

Une poupée «normale» avec acné et cicatrices en option a également été mise sur le marché avec pour but avoué (mais illusoire) d'aider les petites filles à se sentir mieux dans leur peau. Cette tendance s'accompagne également, sans avoir de lien direct, d'un desinteret croissant des petites filles pour les poupées barbie. Le fabricant mattel a vu ses profits chuter de 59% au dernier trimestre 2014.

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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