Monde

Le journal syrien qui a soutenu Charlie Hebdo à ses risques et périls

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 18.02.2015 à 10 h 12

Repéré sur Middle East Eye

Capture d'écran d'un exemplaire de Souriatna, disponible en ligne.

Capture d'écran d'un exemplaire de Souriatna, disponible en ligne.

Après l'attaque contre Charlie Hebdo à Paris, un petit journal syrien a décidé d'exprimer sa solidarité avec les caricaturistes assassinés en leur dédiant un numéro spécial. Si dans les médias du monde arabe, de nombreux éditorialistes avaient dénoncé les attentats, les unes des journaux ont rarement affiché les mots «Je suis Charlie». C'est pourtant le choix qu'a fait Souriatna, un hebdomadaire d'opposition créé en 2011 après les premières manifestations anti Bachar al-Assad. 

Conscient que cet hommage était un acte dangereux, le rédacteur en chef avait pris quelques précautions, rapporte le site Middle East Eye.

«Evidemment, nous n'avons publié aucun dessin du prophète Mahomet, explique Amer Mohammed. Ni aucun dessin sur l'islam ou d'autres religions, car Charlie Hebdo critiquait toutes les religions.»

Souriatna a préféré des dessins anti Assad, comme cette caricature de Foolz, représentant le président syrien à vélo.

En tant que Syriens, nous pensons qu'une des sources de nos problèmes actuels est que la liberté d'expression a été étouffée

Amer Mohammed

La une du numéro 173 de Souriatna, disponible en ligne ici, est ornée d'une banderole rouge Je suis Charlie:

A l'intérieur du journal, on trouve aussi les nécrologies des caricaturistes, ainsi qu'une pleine page avec les mots «Je suis Charlie» et une main tenant un crayon.

«Nous voulions être très clairs dans notre défense de la liberté d'expression, parce qu'en tant que Syriens, nous pensons qu'une des sources de nos problèmes actuels est que la liberté d'expression a été étouffée ici pendant cinquante ans. Cette répression a mené à ce qui se passe en Syrie aujourd'hui. Quand les manifestations ont commencé en 2011, c'était pour défendre la liberté d'expression.»

Les bureaux du journal et leurs distributeurs se trouvent dans un territoire contrôlé par le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda. Depuis la publication, des bâtiments où étaient stockés le journal ont été brûlés, et dans la ville rebelle de Kafranbel, où le journal est populaire, une station de radio et un centre pour femmes ont été attaqués et pillés. Le groupe islamiste Ahrar al-Sham a diffusé une vidéo dans laquelle des militants brûlent des numéros du Souriatna spécial Charlie Hebdo.

Malgré la violence, l'équipe du journal pense plutôt à l'avenir: les contributeurs du site vont bientôt suivre une formation en journalisme web.

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