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Comment Ron Swanson de «Parks and Recreation» est devenu le personnage le plus cool de la télévision

Nick Offerman dans «Parks and Recreation» (NBC).

Nick Offerman dans «Parks and Recreation» (NBC).

Hommage au héros culte de la série américaine, dont la dernière saison se termine aux Etats-Unis.

Le cœur des fans de comédie américaine va se serrer, ce mardi 24 février. Après sept belles saisons, sept années passées à raconter les aventures de Leslie Knope et de son équipe de fonctionnaires municipaux de la petite ville fictive de Pawnee, dans l’Indiana, Parks and Recreation arrive à son terme.

La série de Greg Daniels et Michael Schur, diffusée par NBC aux Etats-Unis, avait réuni un impressionnant casting: Amy Poehler dans le rôle principal, Nick Offerman, Aziz Ansari, Chris Pratt, Aubrey Plaza, Adam Scott, Rashida Jones, Rob Lowe… Et pourtant, elle n’a toujours pas trouvé sa place sur les écrans français (même si, du côté de NBC, on évoque une prochaine diffusion par le groupe Canal+, éventualité que la chaîne n'a pas commentée quand nous l'avons contactée).

Malgré cela, si vous avez un œil qui traîne sur Twitter ou Tumblr, vous allez vite savoir de quoi on parle. Regardez plutôt:


Lors d’une conférence donnée l'an dernier au Paley Center of Media, l'un des acteurs, Chris Pratt (Andy) avait expliqué que la durée des épisodes avait forcé les scénaristes à adopter un humour très lapidaire –un humour idéal pour les GIFs, en quelque sorte:

 

«Les épisodes font 21 minutes et demi. Pour une comédie, ce n’est pas long. Surtout quand il n’y a pas seulement un arc A, mais aussi un arc B et un arc C. Il y a beaucoup de choses à raconter dans ces 21 minutes et demi, ce qui veut dire qu’il faut placer les blagues très vite. Et si vous avez une tonne de dialogues, avec quelques blagues dedans, vous savez qu’à la fin, il y aura une version non-coupée de 45 minutes qui sera géniale. Mais pour un épisode de 21 minutes, ils doivent tailler dedans. C’est pour cela que vous voyez parfois ces conversations, ces scènes qui sont très cut.»

Résultat, les blagues fusent et chaque scène sert à faire avancer l’un des arcs avec pour chaque personnage son propre style d'humour. Quand April (Aubrey Plaza) baignera dans l’humour noir, Andy (Chris Pratt) sera l’idiot de service ou l’homme-enfant et Ben (Adam Scott) le nerd… Et parmi tous les personnages, l’un d’entre eux a encore mieux réussi à s’imposer au sein de la pop culture que tous les autres: Ron Swanson.

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Une usine à memes

Swanson (interprété par Nick Offerman) est une usine à memes. Sa moustache est devenue iconique. Ses citations sont reprises sur BuzzFeed. Il a plusieurs Tumblr (dont un sur les chats qui ressemblent à Ron Swanson) et comptes Twitter à son nom, avec à chaque fois plusieurs dizaines de milliers d'abonnés. En termes de culte, Nick Offerman est devenu une sorte de Bill Murray du petit écran –l'acteur fétiche de Wes Anderson fait d'ailleurs une brève mais marquante apparition dans la dernière saison de la série.

En 2012, une critique télé du LA Times décrivait ainsi Ron Swanson, ce personnage apparemment banal:

«Ron Swanson ne porte pas de gilets et ne boit pas de thé, il n’abuse pas de Vicodin et ne harcèle pas son équipe, il ne vit pas avec deux autres drôles de gars et une fille, ou un autre homme et son fils. Ron Swanson n’est pas une grande gueule de la police; et il ne tue personne rituellement avant de dire que c’est de la faute d’un traumatisme de son enfance.»

Ron Swanson avait tout pour être l’un des personnages les plus détestés de Parks and Rec. Au début de la série, il était présenté comme le «méchant», comme le soulignait Amy Poehler lors de la conférence au Paley Media Center, celui que devait affronter Leslie Knope pour que ses projets voient le jour. Ce libertarien (philosophie politique peu présente en France) déteste l'Europe et le Canada, considère les Etats-Unis comme le seul vrai pays et voit dans chaque intrusion de l'Etat l'avancée du communisme.


Pour lui, les chiens de moins de 20 kilos sont des chats, et (sacrilège aux yeux de la culture web!) les chats ne servent à rien. Ron est direct, (trop) honnête, tient à sa vie privée.


Il a un peu de mal avec la technologie, a un avis assez arrêté sur les légumes, se moque des bobos. Il a des principes et il y tient: un peu comme si une caricature d'un homme des années 50 s'était téléportée dans notre monde.

(Cliquez sur l'image pour la voir en entier)/Parks and Recreations Wikia

Et pourtant, contrairement à ce qui s'est passé dans la série The Office, c'est sans tourner son personnage en ridicule que les créateurs de la série sont parvenus à le rendre si attachant, comme le racontait Jonah Weiner sur Slate, en 2009:

«Si Leslie représente l’espoir débridé, Ron représente la bride —c’est un libertarien constamment renfrogné et qui soupire en permanence. Il croit que "tout gouvernement est un gaspillage de l’argent des contribuables" et se prend pour celui qui va pouvoir tout changer. Dès le début de la série, on peut voir une partie de Scrabble en ligne en cours sur son ordinateur. Contrairement à ses compères de The Office [Greg Daniels, le créateur de Parks and Rec, travaillait sur les deux projets américains en même temps, ndlr], Michael Scott et David Brent, Ron ne cherche pas à cacher sa paresse ou son caractère désagréable avec de mauvaises blagues et ne cherche pas à faire semblant qu’il arriverait à faire son travail s’il le souhaitait; il considère la paresse et son caractère comme des déclarations politiques. Tout au long de la série, Ron a régulièrement crevé l’écran et les auteurs en ont pris conscience, lui offrant une place plus centrale.»


Un acteur génial et un travail d'équipe

Le succès de Ron Swanson, c’est évidemment celui de Nick Offerman, un acteur qui aurait pourtant pu ne jamais apparaître dans la série. Business Insider raconte qu'il avait postulé pour un autre rôle —supprimé entre temps— qu’il n’avait pas eu, sous la pression des producteurs qui ne voulaient pas de lui:

«Mais Daniels et Schur n’ont pas abandonné. Ils ont dit à NBC: "OK, vous avez raison. Vous avez raison. Mais nous voulons Nick dans cette série. Nous avons inventé cet autre personnage, le patron d’Amy, et on aimerait que ce soit Nick. Il s’appelle Ron Swanson". Quatre longs mois d’auditions plus tard, on lui a demandé de venir une dernière fois pour improviser quelques scènes avec Amy Poehler. Quand Schur l’a appelé pour lui annoncer la bonne nouvelle, Offerman s’est mis à pleurer. Et pleurer. "J’ai pleuré comme un gamin qui aurait fait tomber sa tranche de bacon dans un tas de bouses de vache".»

Cette dernière phrase est plus Ron Swanson que nature. Car, entre son côté DIY, ses prises de parole et son amour pour la nourriture, Nick Offerman colle parfaitement à son personnage:


Ron Swanson est un succès d’écriture, plus fin qu'il n'y paraît. Il aurait pu ressembler à tous ces hommes qui pensent être l'incarnation de la masculinité et qui sont en fait une succession de clichés ratés, expliquait Bridget Liszewski sur The TV Junkies:

«Oui, tous ces mecs à la télé peuvent descendre des bières et donner l'impression qu'ils sont si forts, mais ce qui fait de Ron Swanson un homme, c'est qu'il ne se conforme pas à la définition qu'en a faite la société. Il a son propre et rigide code moral, et ça lui va très bien.»

«L’éminent Ron Swanson est un spécimen unique à la télévision», estimait de son côté Co.Create en 2012:

«Il est l’incarnation de la masculinité, sans être une caricature. Il a des opinions politiques prononcées, sans être donneur de leçons. Comme tous les grands personnages de sitcoms, on rit de et avec Ron Swanson parce qu’il se comporte exactement comme on sait qu’il se comportera. On connaît cet homme. Les scénaristes ont donné des facettes à ses facettes. Une partie de ce qu’on aime tant chez Ron semble déjà exister chez Nick Offerman —son ton autoritaire, ses yeux qui se figent très vite, ce calme presque surnaturel et de rares crises de joie hystérique. Ce personnage est une collaboration continue entre l’acteur et les créateurs de la série.»

C’est ce que Nick Offerman racontait à MTV, quand le site Internet de la chaîne musicale américaine l’avait nommé meilleur personnage d’une série télévisée en 2011:

«J’ai passé tellement d’années dans ma carrière à utiliser un humour que l’on voit chez Ron et à être rejeté à cause de cela. Pendant de nombreuses années, les gens m’ont dit de parler plus vite. "Essaie de ne pas être aussi effrayant." Avoir trouvé des scénaristes qui ont tant de sympathie pour moi et pour mon sens de l’humour est ce que j’aime le plus chez Ron. Ils m’écrivent une scène où la chose la plus importante que je doive faire est de rester silencieux et immobile, et c’est ça qui est drôle. J’ai enfin l’impression d’arriver à faire ce que je voulais après toutes ces années.»


Plus loin que les stéréotypes

Ron n'est pas longtemps resté la caricature esquissée en début de première saison. C'est d'ailleurs cela qui a rendu la série si attractive, résume Elisabeth Donnelly sur Flavorwire:

«Beaucoup du plaisir que l'on éprouve lorsque l'on regarde Parks and Recreation vient du fait de voir Ron aller plus loin que cette suite de stéréotypes: made in America, capable de chasser et pêcher, assez fort pour s'en prendre à un ours. Il écoutait Leslie. Il avait un faible pour les femmes puissantes. Il avait même cette figure paternelle quand il s'occupait d'April. En fait, il avait toutes les qualités qui font un bon père.»


Père qu'il devient d'ailleurs dans la sixième saison, apogée d'une évolution qui avait fait de lui progressivement, comme l'écrit Entertainment Weekly, un mentor ou un guide pour d'autres personnages.

Ce mardi soir, Ron Swanson mettra fin à sept saisons de pur bonheur. Dans sa grande sagesse, il nous a laissés des conseils pour éviter la gueule de bois après avoir noyé notre chagrin dans l'alcool. Alors, le moins que l'on puisse faire, c'est de ne pas pleurer.

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