Culture / Économie / Société

L'inventrice du Monopoly voulait dénoncer les monopoles

Temps de lecture : 2 min

Monopoly / John Morgan via Flickr CC Licence By
Monopoly / John Morgan via Flickr CC Licence By

L'histoire veut que ce soit Charles Darrow qui inventa le Monopoly en 1934, le succès du jeu le sauvant du chômage. En réalité, non seulement Darrow n'a pas eu l'idée de ce jeu de société mais en plus sa version du Monopoly ne sert pas du tout l'idéologie de la véritable créatrice, Elizabeth Magie, comme le rapporte le New York Times.

Née en 1886 aux Etats-Unis dans l'Illinois, Elizabeth Magie est une quaker. Contrairement à la plupart des femmes de l'époque, elle vivait seule et s'est mariée tard, à 44 ans. Elle travaillait comme secrétaire et sténographe, écrivait des poèmes, et faisait partie d'une compagnie de théâtre. En 1903, elle a déposé un brevet pour «The Landlord game» (Le Jeu du Propriétaire). Ce jeu avait pour but d'expliquer de manière pédagogique les théories de l'économiste Henry George, qui prêchait pour une taxe unique imposée sur la plus-value afin de lutter contre les bénéfices réalisés par les propriétaires fonciers. Au départ, le Monopoly était donc un jeu... anti-monopole.

En 1902, Elizabeth Magie expliquait à la Single Tax Review à propos de son jeu:

«C'est une démonstration pratique du système actuel d'accaparement des terres avec tous ses résultats et toutes ses conséquences habituelles.»

A l'époque, comme l'explique le New York Times, Elizabeth Magie avait imaginé deux règles du jeu. Une règle anti-monopole, dans laquelle tout les joueurs étaient récompensés lorsqu'il y avait une création de richesse, et une règle dans laquelle le but était de créer des monopoles.

Pourtant, en 1934, c'est bien Charles Darrow qui a vendu une version de ce jeu, qui deviendra le Monopoly, à l'entreprise Parker Brothers. Un jeu dont le but est d'acheter, louer ou vendre des terres dans le but de faire le plus de profit possible. En 2011, Libération racontait de quelle manière le jeu s'était retrouvé en possession de Darrow.

Dans les années 1920, le jeu créé par Elizabeth Magie avait du succès parmi les intellectuels américains, il passait de groupe en groupe, étant modifié par les joueurs. Dorothea Raiford, contactée par Libération, a raconté qu'en 1929 elle avait joué au jeu du propriétaire à Atlantic City avec ses amis et qu'ils avaient peint la première vraie planche de Monopoly avec ses couleurs correspondant aux différents quartiers. Le groupe d'amis avait aussi, pour la première fois, établi une estimation réelle des valeurs immobilières des propriétés. Dorothea Raiford s'est souvenue avoir joué à ce jeu en 1931 avec un voisin qui n'était autre que Charles Darrow.

En 1936, interviewée par The Evening Star, Magie avait déclaré être en colère contre Darrow pour lui avoir volé son jeu. Parker Brothers lui avait racheté les droits du Monopoly pour 500 dollars. The Evening Star avait alors écrit:

«Si quelqu'un compte les frais de l'avocat, de l'imprimante et du bureau des brevets utilisés pour développer le jeu, le jeu lui a probablement coûté plus d'argent que ce qu'il lui en a rapporté.»

C'est en 1976 que l'identité de la véritable inventrice du Monopoly a refait surface. Un procès avait eu lieu entre le docteur Ralph Amspach, qui souhaitait créer un anti-Monopoly et la compagnie Parker Brothers, qui revendiquait l'exclusivité du jeu de société. Ralph Ampsach avait apporté la preuve de la création du jeu par Elizabeth Magie et avait finit par démontrer, après 8 ans de procès, que Parker Brothers n'avait pas le monopole du Monopoly.

Cependant, comme le souligne le magazine Obvious, le Jeu du Propriétaire et le Monopoly ont quelques différences. Par exemple, dans le jeu de Magie, on trouve des infrastructures comme une maison pour les pauvres, des banques, des chemins de fer et des prisons. D'autre part, les cases du jeu ont des noms comme «La maison des pauvres», «la rue facile», ou encore «la propriété du Seigneur Sang-bleu», des noms qui collent avec la vision «socialo-utopiste», comme la qualifie Libération, du jeu.

Newsletters

«Ça me rappelle Woodstock»: mais qui sont ces vieux que vous croisez en festival électro?

«Ça me rappelle Woodstock»: mais qui sont ces vieux que vous croisez en festival électro?

Pourquoi ne pourrions-nous pas faire la fête jusqu'à la fin de notre vie? Si la musique électronique est victime d'un sacré paquet de clichés, les plus de 65 ans aussi.

Quatre lumières tamisées pour le début de l'automne

Quatre lumières tamisées pour le début de l'automne

«La Voix d'Aïda» de Jasmila Žbanić, «Tout s'est bien passé» de François Ozon, «La Troisième Guerre» de Giovanni Aloi et «Stillwater» de Tom McCarthy attirent l'attention parmi les pléthoriques sorties de la semaine.

De quelles personnes réelles Proust s'est-il inspiré pour écrire «La Recherche»?

De quelles personnes réelles Proust s'est-il inspiré pour écrire «La Recherche»?

La publication d'inédits est l'occasion de revenir sur les origines du chef-d'œuvre de Marcel Proust et la transposition fictionnelle de son entourage.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio