HistoireAllemagne

Après la Seconde Guerre mondiale, seule la France voulait des enfants illégitimes de ses soldats

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 15.02.2015 à 9 h 36

Repéré sur Süddeutsche Zeitung, Université d'Iéna

Des soldats français devant le Reichstag en 1946. Via Wikimédia Commons.

Des soldats français devant le Reichstag en 1946. Via Wikimédia Commons.

Il y a 70 ans, les troupes alliées atteignaient les frontières du troisième Reich, libéraient les camps, triomphaient de la barbarie nazie au terme de sanglants combats –et, chose qu'on raconte moins volontiers dans les livres d'histoire des pays vainqueurs, violaient massivement les femmes sur leur passage. À la fin de l'année 1945 naissaient les premiers «enfants de l'ennemi» en Allemagne.

Ce n'était que le début: dans les mois et les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, si les viols cessèrent, les idylles entre soldats alliés et civiles allemandes furent fréquentes. Les historiens allemands Silke Satjukow et Rainer Gries, qui viennent de publier un livre au sujet de ces enfants de l'occupation de l'Allemagne, estiment à 400.000 le nombre d'enfants nés entre 1945 et 1955 en Allemagne de pères russes, américains, français et britanniques –dont les trois-quarts seraient de pères russes, eu égard au grand nombre de viols durant les derniers mois de la guerre. Mais les soldats de l'Armée rouge ne sont pas les seuls, rappellent les auteurs sur le site de l'Université d'Iéna:

«Les unités françaises et américaines ont elles aussi commis un grand nombre de viols. C'est uniquement chez les troupes britanniques que peu de cas ont été rapportés.»

Le nombre de ces enfants pourrait être en réalité beaucoup plus important, font remarquer les auteurs dans une interview au quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, car peu de données ont été consignées à l'époque, ces naissances étant considérées comme honteuses:

«En Allemagne de l'Est, les "enfants de Russes" étaient officiellement un sujet tabou, car on ne pouvait pas confronter l'"ami" soviétique à ce problème délicat. À l'Ouest, nous disposons de données modestes mais à l'échelle du pays, grâce à une enquête du gouvernement fédéral datant de 1955.»

Surnommés «Bankerte» par la population, un terme qui signifie «bâtard» et vient du mot «Bank», allusion au fait que ces enfants auraient été engendrés sur un banc et non pas dans le lit conjugal, ces enfants étaient méprisés à l'école, comme en témoignent de nombreuses appréciations à caractère raciste retrouvées par les auteurs sur des bulletins scolaires, mais aussi par les puissances alliées. Comme l'explique Silke Satjukow, «les femmes étaient considérées partout comme le butin de guerre des soldats», ce qui explique pourquoi l'Angleterre, l'URSS et les États-Unis ont refusé toute aide financière aux mères de ces enfants de l'occupation.

Seule la France a fait preuve de responsabilité vis-à-vis de ces enfants, explique Rainer Gries:

«Les Français ont réclamé les bébés pour la "Grande Nation". Juridiquement, comme politiquement, chaque enfant de père français était automatiquement un citoyen de la République –y compris les descendants du pays de l'ennemi juré! [...] Les mères pouvaient à tout moment signer une brève déclaration et confier la garde de leurs enfants à l'État français. Ils étaient ensuite placés dans un centre d'accueil spécial pour les nouveaux-nés et étaient envoyés à Paris après une procédure compliquée –pour y être adoptés. Aujourd'hui, on peut encore consulter plus de 17.000 de ces dossiers à Paris.»

Car comme poursuit Rainer Gries, plus des deux tiers des mères d'enfants dont le père était français ont décidé de les garder:

«C'est surprenant et cela force le respect, car en plus de la stigmatisation au sein de la société, il y avait aussi la situation critique de l'après-guerre. Le pays était à terre, la nourriture était rationnée et beaucoup de gens avaient tout perdu.»

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