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Sorti indemne de la fusillade de Copenhague, le dessinateur Lars Vilks vit sous la menace depuis 2007

Temps de lecture : 2 min

«Le risque d'une nouvelle attaque grandit à mesure que les choses reviennent à la normale», expliquait-il deux semaines après l'attaque de Charlie Hebdo.

Lars Vilks, en mars 2010. REUTERS/Bob Strong.
Lars Vilks, en mars 2010. REUTERS/Bob Strong.

Sorti indemne de l'attaque à l'arme à feu menée, samedi 14 février, sur un centre culturel accueillant un débat sur la liberté d'expression à Copenhague, le dessinateur suédois Lars Vilks a fait l'objet de plusieurs menaces et projets d'assassinat depuis 2007 et la publication d'une caricature controversée de Mahomet. «Je considère qu'il s'agit clairement d'une attaque sur Lars Vicks», a déclaré Helle Merete Brix, une des coorganisatrices de l'évènement.

Âgé de 68 ans, cet artiste et historien de l'art, longtemps connu pour des sculptures érigées dans des zones interdites ou la création d'une micro-nation d'un kilomètre carré sur une zone de rochers en Suède, vit sous la menace depuis juillet 2007, un an et demi après l'affaire des caricatures danoises, du fait de la publication d'un dessin montrant la tête de Mahomet sur le corps d'un «chien de carrefour», une installation d'art urbain. Ce dessin avait été retiré d'une exposition où il devait être montré, pour des raisons de sécurité, avant d'être publié en août 2007 par plusieurs journaux suédois, notamment le quotidien régional Nerikes Allehanda.

«Offenser le prophète ne m'intéresse pas. L'intérêt, en fait, c'est de montrer qu'il est possible de le faire. Il n'y a rien de si sacré qu'on ne puisse l'offenser», déclarait Vilks à l'Associated Press en 2010.

En septembre 2007, lui et le directeur de la publication de Nerikes Allehanda avaient fait l'objet d'une fatwa du chef de la branche irakienne d'al-Qaida, Abou Omar al-Baghdadi. Sa tête était alors mise à prix 100.000 dollars.

En mai 2010, il avait été la cible d'une violente attaque physique lors d'un débat à l'université d'Uppsala. Le même mois, un incendie criminel avait dévasté sa maison.


Plusieurs projets d'assassinat avaient également été déjoués. Fin 2009 et début 2010, un coup de filet avait été mené aux Etats-Unis et en Irlande, conduisant notamment à l'interpellation de Colleen LaRose, alias «Jihad Jane», pour complot visant à tuer Vilks. En 2014, l'Américaine a été condamnée à dix ans de prison.

En septembre 2011, la police suédoise avait mené un coup de filet à Göteborg suite à des menaces faisant état d'une attaque au couteau sur Vilks lors de la Biennale d'art contemporain. L'année précédente, la lettre de revendication d'un attentat raté à Stockholm reprochait aux Suédois «[leur] guerre contre l’islam, [leurs] dégradations du prophète et [leur] soutien stupide au porc Vilks».

La protection de Lars Vilks qui, comme Charb, avait vu sa tête mise à prix dans le magazine d'al-Qaida Inspire, avait été renforcée après l'attaque qui avait fait douze morts dans les locaux de Charlie Hebdo, le 7 janvier. «Charlie Hebdo était une petite oasis. Peu ont osé faire ce qu'ils ont fait», avait-il alors déclaré. Interviewé par le Wall Street Journal fin janvier, il expliquait:

«Il y a cette sensation physique qui est que plus les choses s'apaisent, plus vous avez l'impression que rien ne se passera. Mais en y songeant dans une perspective plus rationnelle, le risque d'une nouvelle attaque grandit au fur et à mesure que les choses reviennent à la normale.»

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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