Monde

Attaques de Copenhague: le suspect tué est un jeune Danois de 22 ans, connu de la police

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 16.02.2015 à 9 h 54

Repéré sur Twitter

Samedi, un débat sur la liberté d'expression et une synagogue ont été successivement l'objet de tirs, qui ont fait deux morts et cinq blessés.

Un homme identifié par la police comme le suspect des attaques de Copenhague. REUTERS/Police/Scanpix.

Un homme identifié par la police comme le suspect des attaques de Copenhague. REUTERS/Police/Scanpix.

Un mois après les attaques perpétrées contre Charlie Hebdo, à Montrouge et contre l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, la ville de Copenhague (Danemark) a été victime, samedi 14 février dans l'après-midi puis dans la nuit du 14 au 15 février, d'une double attaque sur des cibles comparables.

La première, contre un centre culturel où se tenait un débat sur la liberté d'expression, a fait un mort et trois blessés; la seconde, devant une synagogue, un mort et deux blessés. La police danoise a annoncé, dimanche en début de matinée, avoir abattu le suspect unique des deux fusillades, identifié en fin de journée par plusieurs médias comme un jeune Danois de 22 ans. Voici le résumé des évènements.

1.La première attaqueCopenhague, samedi, 15h30

Un peu après 15h30 samedi, des dizaines de coups de pistolet-mitrailleur ont été tirés de l'extérieur d'un centre culturel d'Osterbro où se tenait un débat intitulé «Art, blasphème et liberté d'expression». Un spectateur du débat, Finn Nørgaard, un réalisateur de 55 ans connu notamment pour son travail documentaire, est mort, et trois policiers ont été blessés.

La BBC a mis en ligne un extrait audio de la réunion où on entend les coups de feu tirés à travers les fenêtres interrompre une intervenante qui s'interroge sur la formule fréquente «La liberté d'expression, mais...». Selon l'ambassadeur de France François Zimeray, présent à la réunion et interrogé par Le Monde, l'intervenante en question était Inna Shevchenko, la chef des Femen, qui a d'ailleurs raconté les circonstances de l'attaque sur son compte Twitter.


«C'était la même intention que Charlie Hebdo sauf qu'ils n'ont pas réussi à entrer», a résumé à l'AFP François Zimeray, joint sur les lieux. Vers 16 h, ce dernier avait posté sur son compte Twitter le message «Still alive in the room»: «Je suis vivant à l'intérieur».

Le dessinateur Lars Vilks, connu pour une caricature controversée de Mahomet réalisée en 2007, faisait aussi partie des personnes présentes au débat et est sorti indemne de l'attaque. «Ses gardes du corps ont fait un travail formidable», a déclaré à la chaîne TV2 News Helle Merete Brix, coorganisatrice du débat. Si elle, de même que Vilks et de nombreux médias, ont supposé qu'il était la cible de l'attaque, la police n'a pas encore retenu formellement cette hypothèse, estimant que la question de la ou des personnes spécifiquement visées n'était «pas évidente».

Au même titre que Charb, abattu le 7 janvier à Paris en même temps que onze autres personnes, Vilks, qui avait fait polémique avec des dessins représentant la tête de Mahomet sur un corps de chien, a été placé sur la liste des personnes à abattre par le magazine d'al-Qaida Inspire.

2.La deuxième attaqueDimanche, minuit

La deuxième attaque a elle eu lieu devant une synagogue située dans le centre de Copenhague dans la nuit de samedi à dimanche. Dan Uzan, un Danois de confession juive de 37 ans, qui surveillait les accès au bâtiment pendant une bat-mitzvah, a reçu une balle dans la tête et est mort de ses blessures.

Deux policiers ont été blessés respectivement au bras et à la jambe. Leur vie n'est pas en danger.

3.La chasse à l'hommeQuatorze heures de traque

Après la première attaque, le suspect s'est d'abord enfui à bord d'une Volkswagen Polo avant de continuer à pied. Il a alors été filmé par une caméra de vidéosurveillance et la police danoise a diffusé son signalement: «entre 25 et 30 ans, d'environ 1,85 m, athlétique, d'apparence arabe [sic], (...) les cheveux lisses».


La deuxième attaque, après laquelle l'homme s'est directement enfui à pied, n'a fait qu'intensifier la chasse à l'homme, menée par de nombreux véhicules armés et des hélicoptères dans les rues de Copenhague.

Dimanche matin, vers 5h30, l'homme, dont la présence près de son appartement, dans le quartier de Norrebro, avait été signalée par un chauffeur de taxi qui l'avait reconnu sur les images de vidéosurveillance, a ouvert le feu sur les forces de l'ordre qui tentaient de l'interpeller, avant d'être abattu. La police danoise a rapidement annoncé qu'il s'agissait du suspect des deux fusillades.

Si plusieurs médias l'ont identifié comme Omar Hussein, un jeune Danois de 22 ans qui avait récemment purgé une peine de prison pour agression, son identité n'a pas encore été confirmée par les autorités. Mais on sait qu'il était connu de la police et du renseignement danois, qui le soupçonne d'avoir voulu imiter les auteurs des attaques d'Ile-de-France. «Le PET [les renseignements danois, ndlr] travaille sur une piste selon laquelle il aurait pu s'inspirer des évènements de Paris» ainsi que de la propagande de l'Etat islamique et d'autres groupes djihadistes, a affirmé le chef des services de renseignement, Jens Madsen, cité par l'Associated Press.

La police de Copenhague a par ailleurs arrêté dimanche après-midi deux hommes soupçonnés d'avoir aidé le suspect des fusillades, dont elle a annoncé lundi matin qu'ils étaient placés en détention.

4.Les réactions«Une attaque terroriste»

Dès la première fusillade, les évènements ont été qualifiés d'«attaque terroriste» par la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt. Dans l'après-midi, François Hollande avait rapidement fait part de sa solidarité. Dimanche, le ministre de l'Intérieur français, Bernard Cazeneuve, s'est rendu à Copenhague, où il a affirmé la «détermination» de la France et du Danemark «à combattre ensemble [...] le terrorisme». Washington a également condamné une attaque «déplorable».

«On se sent tous Danois ce soir», a déclaré de son côté samedi à l'AFP le chroniqueur de Charlie Hebdo Patrick Pelloux, tandis que le rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique, Gérard Biard, a déclaré au JDD après la première attaque que l'évènement s'inscrivait «dans la continuité de ce qui s'est passé à Paris»: «Ces activistes s'attaquent à tous les lieux de dialogue, ce qu'ils refusent profondément.»

Le dessinateur Baudry a rendu hommage à Copenhague avec un dessin de la Petite Sirène disant «Jeg er Charlie», «Je suis Charlie» en danois.

À Paris, un rassemblement a eu lieu, dimanche, devant l'ambassade du Danemark au cri de «Je suis Danois», en présence notamment de François Hollande, venu rencontrer l'ambassadrice du Danemark Anne Dorte Riggelsen.

 

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