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  • Par Marc Lazar
  • Professeur à sciences Po et à la Luiss (Rome). Dernier livre paru, L'Italie sur le fil du rasoir, Paris, Perrin, 2009.
  • DU MÊME AUTEUR

Leçons italiennes pour primaires françaises par Marc Lazar

Les primaires dessaisissent les partis de l'une de leurs fonctions historiques: sélectionner et promouvoir le personnel politique.

Mardi 1 Septembre 2009
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Le PS s'oriente donc vers l'organisation de primaires en s'inspirant des exemples américain et italien. Ce dernier semble le plus proche de la France, tout en affichant de nombreuses différences, en particulier parce qu'il intéresse au premier chef les forces de gauche confrontées à une droite dominante. Quelle leçon tirer alors de l'Italie en matière de primaires?

Il faut d'abord distinguer deux types de désignation par les primaires en Italie. En octobre 2005, il s'agissait d'une primaire de coalition puisque de nombreux partis de centre gauche s'étaient mis d'accord pour les organiser. Elles rassemblèrent près de 4 millions et demi d'électeurs qui désignèrent Romano Prodi comme leader de la coalition et donc challenger de Silvio Berlusconi pour les élections législatives prévues six mois plus tard. En octobre 2007, trois millions et demi d'électeurs se sont mobilisés pour élire l'Assemblée constituante et le secrétaire (en l'occurrence Walter Veltroni) d'un parti qui était en train de naître, le Parti démocratique, issu de la fusion des ex-communistes des Démocrates de gauche et des centristes de la Marguerite.

Les deux scrutins ont été marqués, surtout celui de 2005, par une jubilation participative: en venant massivement voter, les électeurs du centre gauche italien affirmaient leur détermination à battre Berlusconi et plébiscitaient leur leader, Romano Prodi qui recueillit plus de 75% des suffrages.

Pourtant, une primaire réussie ne garantit en rien la victoire aux élections. Prodi gagna celles d'avril 2006 d'une poignée de voix alors que Berlusconi semblait usée par cinq années d'une législature décevante, pour ne pas dire désastreuse: quant à Veltroni, à peine élu à la tête de son nouveau parti, il dut affronter des élections anticipées dès avril 2008, qu'il perdit largement face à ...Berlusconi.

Par ailleurs, les primaires ne renforcent pas automatiquement le leader qui les a emportées. Prodi est contraint à la démission en 2008, deux ans après avoir été nommé Président du Conseil: il n'a pas su imposer son autorité aux innombrables partis qui participaient à sa majorité parlementaire. En 2009, Veltroni jette l'éponge après avoir subi diverses défaites électorales et subi d'incessantes critiques internes. Enfin, si les primaires attestent certainement l'inventivité du centre-gauche italien, c'est la droite qui fait preuve d'une efficacité politique redoutable: elle dispose d'un leader incontesté dans son camp, d'un parti unifié, d'un vaste socle électoral et de l'hégémonie sur le terrain des valeurs.

Au regard de l'Italie, ce qui s'annonce en France semble caractérisé par trois principales incertitudes. Les primaires seront-elles celles d'une coalition de partis ou du seul PS? La première hypothèse semble aujourd'hui peu vraisemblable car, en France, en plus des divergences politiques énormes à gauche, le mode de scrutin de l'élection reine, la présidentielle, incite chaque parti à avoir son propre candidat au premier tour pour exister. La primaire risque donc d'être celle du PS, peut être élargie au radicaux de gauche (même si beaucoup dépendra du choix final des Verts et de Daniel Cohn-Bendit).

En ce cas, à la différence de l'Italie, cette élection ne sera pas un scrutin de ratification (on savait à l'avance que Prodi et Veltroni gagneraient car ils bénéficiaient du soutien des principaux états majors des partis) mais bien une compétition ouverte et donc très virulente. En 2006, toute une partie des socialistes n'a pas fait campagne pour Ségolène Royal. Comment se comportera le parti après des mois de déchirements exposés largement par les médias devant les Français et, par exemple, la désignation d'un adversaire de la direction et de la première secrétaire actuelle?

Par ailleurs, le PS a-t-il la capacité d'organiser cette élection, ce qui signifie fixer des règles claires, délimiter le corps électoral, mobiliser les électeurs, installer des bureaux de vote, vérifier la régularité des votes, dépouiller les bulletins sans susciter de contestations? En Italie, les partis, en dépit de leur incontestable déclin, restent de puissantes machines, bien plus importantes que les partis français. Est-ce un hasard si, en 2007, les régions de plus forte participation électorale furent celles de l'Italie centrale (la zone par excellence d'influence de l'ex-Parti communiste) et celles de l'Italie méridionale, où les réseaux clientélaires de la Démocratie chrétienne restent solides?

Les primaires à l'italienne et à la française témoignent d'une personnalisation et d'une présidentialisation de la vie politique européenne. Elles illustrent également un changement essentiel des partis politiques: elles les dessaisissent d'une de leurs fonctions historiques -sélectionner, promouvoir et assurer la circulation du personnel politique- et contribuent de la sorte à modifier leurs modes d'organisation comme la répartition des rôles des sympathisants, des adhérents et des militants. Enfin, les primaires ne peuvent que se généraliser: une fois leur principe accepté au niveau national, il ne peut être refusé au niveau local ou régional, ce qui d'ailleurs est le cas en Italie.

S'il est incontestable que les primaires témoignent de la montée en puissance de la démocratie participative, celle-ci montre cependant des limites sociologiques bien précises: les électeurs italiens sont plutôt âgés, vivant dans les villes, travaillant dans le secteur public, politisés, déjà actifs dans les associations. On peut parier qu'il en ira de même en France. Les primaires sont donc une des réponses possibles à la crise de la politique et de la gauche, mais nullement la pierre philosophale.

Marc Lazar

Image de Une: Martine Aubry aux journées d'été du parti socialiste à La Rochelle Stephane Mahe / Reuters

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personnalisation, primaires, présidentielles et proportionnelle

La « personnalisation et la présidentialisation de la vie politique européenne » est une tendance de fond. En France, la personnalisation de la vie politique est avérée comme en témoignent les résultats électoraux des partis politiques ayant à leur tête une personnalité médiatiquement reconnue. Ainsi, les partis de messieurs Sarkozy, Bayrou, Cohn-Bendit ou Besancenot auraient des résultats bien moindres en l'absence de ces personnalités.

Grâce au développement des médias, la personnalisation s’est accélérée fortement depuis 2000 et s’est accompagnée d’une explosion de la création de partis politiques : 17 partis créés entre 2000 et 2009 contre seulement 7 partis créés entre 1990 et 2000. Dans la majorité des cas, ce sont les personnalités elles-mêmes qui sont à l’origine de la création de ces partis et ce sont elles qui leur permettent d’avoir une audience sur dimensionnée par rapport à leur taille politique réelle.

A la multiplication des personnalités des petits partis s’ajoute la multiplication des personnalités au sein même des grands partis qui sont de plus en plus divisés en personnalités ayant leur propre écurie présidentielle. Ceci montre l’intensité de l’emprise de la personnalisation sur les partis politiques, source de parcellisation croissante du système politique et d’instabilité de ce dernier. C’est pour lutter contre cette instabilité que les grands partis tentent d’organiser des primaires ouvertes.

L’objectif poursuivi par chaque camp politique et son grand parti de référence est d’être présent au second tour de l’élection présidentielle. Or, avec la multiplication des personnalités et des partis politiques, cet objectif est de plus en plus aléatoire ce qui oblige les grands partis à organiser des primaires ouvertes aux personnalités des petits partis. Grâce à ces primaires, il s’agit, au premier tour, de faire porter par un seul candidat un volume de voix suffisant pour être présent au second tour.

Mais les primaires rencontrent d’une part l’opposition des personnalités des petits partis de gouvernement qui estiment qu’avec les primaires ils participent à un premier tour présidentiel avant l’heure et s’interdisent d’être présents au premier tour officiel. D’autre part, les primaires rencontrent le scepticisme des participants potentiels aux primaires ouvertes pour qui l’élection présidentielle devient une élection à trois tours, ce qui peut les amener à mettre en doute l’utilité de telles primaires.

Malgré cela, l’émergence actuelle des primaires ouvertes ne doit pas être sous-estimée. Celle-ci est en effet due au fait que le premier tour de l’élection présidentielle est contesté en tant que primaire unique des deux camps politiques. Le premier tour a servi effectivement de primaires pour les deux camps jusqu’en 1995, mais, avec la multiplication des personnalités et des partis, il a connu un échec retentissant en 2002 avec son incapacité à réaliser une primaire dans chaque camp politique.

Cet échec ne s’est pas reproduit en 2007 mais aucune règle n’a été mise en place afin d’éviter qu’il ait lieu de nouveau. Face à cette situation, les primaires ouvertes ne sont finalement qu’une réponse à l’incertitude concernant le bon fonctionnement du premier tour des présidentielles. Dans un premier temps elles entreront en concurrence directe avec ce dernier mais, à terme, elles le remplaceront afin d’assurer les véritables primaires qui sont indispensables à l’équilibre des présidentielles.

Ce remplacement du premier tour par les primaires ouvertes aura pour conséquence de transformer les élections présidentielles en une élection à un tour unique. L’enjeu sera alors, pour les deux gagnants des primaires, de faire en sorte que les partis n’ayant pas participé aux primaires ne présentent pas de candidat. Ces partis ne voudront effectivement pas prendre la responsabilité de l’échec de leur camp mais ce n’est pas pour autant qu’ils accepteront de ne pas participer à l’élection.

Pour qu’elles acceptent il faudra satisfaire leurs revendications qui seront de pouvoir s’exprimer longuement dans les médias, au cours d’une campagne ayant un enjeu réel, clôturée par un vote national permettant de mesurer leur audience comme elles le font aujourd’hui lors du premier tour des présidentielles. La réponse à ces exigences, c’est de réaliser l’équivalent d’un premier tour de présidentielles durant les élections législatives avec l’introduction d’une dose de proportionnelle.

En effet, avec un nombre de sièges suffisant du Parlement réservés aux personnalités des partis, il serait possible d’organiser un scrutin de listes bloquées ayant à leur tête les personnalités des partis. Les électeurs voteraient donc pour un parti puis les sièges seront attribués aux différents partis proportionnellement au nombre de voix qu'ils ont obtenues. Ce scrutin aurait lieu en même temps que le premier tour des législatives, élection qui resterait à deux tours avec les candidats habituels.

L’adhésion des personnalités des partis à ce tour additionnel des élections législatives sera motivée par l’accès au Parlement qui en découle et que n’offre pas l’actuel premier tour des présidentielles. Ainsi, l’intérêt des personnalités des partis non gouvernementaux et des partis ne participant pas aux primaires ne se portera plus principalement sur l’élection présidentielle mais sur les élections législatives dont l’enjeu sera devenu bien plus important pour elles.

Quant à l’élection présidentielle à un tour unique, elle mobilisera uniquement les personnalités des partis participant aux primaires autour des deux personnalité vainqueurs de ces mêmes primaires. Cette élection changera peu car l’enjeu sera le même, les électeurs participeront fortement à ce tour comme c’est le cas aujourd’hui mais la campagne sera dominée par les partis gouvernementaux des deux camps politiques comme ce n’est plus systématiquement le cas avec le premier tour actuel.

On le voit, la personnalisation croissante de la vie politique française a déclenché un mouvement de fond, dont les primaires ouvertes ne sont que la première étape, mouvement qui bouleversera fortement l’organisation des élections présidentielles et législatives mais qui peut procurer de notables améliorations de notre vie démocratique.

landruc

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