Monde

L'accord de Minsk, une défaite stratégique mais une victoire économique pour l'Ukraine?

David Francis, traduit par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 13.02.2015 à 14 h 00

Le cessez-le-feu est largement interprété comme un succès pour Vladimir Poutine, mais il pourrait aussi aider l'Ukraine à éviter l'effondrement de son économie.

Des troupes ukrainiennes, le 12 février 2015. REUTERS/Gleb Garanich.

Des troupes ukrainiennes, le 12 février 2015. REUTERS/Gleb Garanich.

Le cessez-le-feu conclu entre la Russie et l'Ukraine est largement vu comme une victoire pour Vladimir Poutine, mais il pourrait aussi s'avérer exactement ce dont l'Ukraine a besoin pour éviter l'effondrement de son économie.

Cet accord force le président ukrainien Petro Porochenko à reconnaître les gains territoriaux effectués par les séparatistes pro-russes. Au final, Poutine est le seul qui puisse stopper le flot d'armes et de soldats russes à travers la frontière avec l'Ukraine, une composante clef de l'accord. Aux Etats-Unis, les sceptiques continuent d'affirmer qu'une assistance militaire est nécessaire pour le décourager.

Mais l'accord permet aussi à l'Ukraine de recevoir les liquidités nécessaires au sauvetage de son économie. Sa monnaie, la hryvnia, est en chute libre – elle s'est effondrée de 50% la semaine dernière, causant une poussée d'inflation. Les opérations militaires vident les caisses du pays. Les investisseurs étrangers, effrayés par l'incertitude de la situation, restent à l'écart. Les échanges avec la Russie –le plus grand partenaire industriel du pays– se sont asséchés, étranglant l'industrie ukrainienne.

Selon Sean Kay, professeur en politique internationale à l'Ohio Wesleyan University, le débat en cours aux Etats-Unis sur le fait de savoir si Washington devrait fournir des armes laisse dans l'ombre le canot de sauvetage envoyé par le FMI à Kiev sous la forme d'une aide de 17,5 milliards de dollars. En y ajoutant les sommes apportées par les autres donateurs, l'Ukraine devait récupérer environ 40 milliards de dollars. Pour l'instant, ce pays de 45 millions d'habitants ne compte plus que 6 milliards de dollars de réserves de changes, chiffre en baisse de 15% sur un mois. En comparaison, l'Espagne, dont la population est de 47 millions, a 51 milliards de dollars de réserves.

«L'Ukraine avait autant besoin de cet accord», explique Kay, selon qui le FMI «se montrait réticent à s'engager sans perspective de stabilisation de la situation. Et l'Ukraine ressentait probablement un besoin urgent d'obtenir un peu de stabilité.» «Je n'entends pas les gens qui fanfaronnent sur la nécessité d'envoyer des armes défendre l'argument selon lequel nous devrions aussi envoyer un gros chèque.»

Pour l'instant, le soutien apporté à l'accord par le secrétaire d'Etat américain John Kerry écarte provisoirement l'envoi d'armes, ce qui veut dire que la dynamique autour de cette solution, patiemment bâtie les deux dernières semaines aux Etats-Unis, s'est évanouie. Des deux côtés de l'échiquier politique américain, des élus qui se sont exprimés en faveur d'une aide militaire à l'Ukraine ont d'ailleurs exprimé leur scepticisme envers la sincérité de l'engagement russe. «Nous espérons qu'une solution pacifique sortira de cet accord, mais nous devons garder à l'esprit l'habitude historique de la Russie de violer les cessez-le-feu», a déclaré à Foreign Policy la représentante démocrate de l'Ohio Marcy Kaptur, qui fait partie des trente membres du Congrès qui ont récemment écrit à Obama pour réclamer un accroissement de l'aide militaire à l'Ukraine.

John McCain, un des membres du Congrès le plus offensif sur le sujet, a estimé que l'éventualité de l'envoi d'une aide militaire devait rester sur la table:

«Certains utiliseront cet accord comme une excuse pour retarder l'envoi d'une aide militaire défensive à l'Ukraine, mais tant que Vladimir Poutine négociera la paix en envoyant des tanks, ce besoin demeure.»

Andrew Dobriansky, le porte-parole du Ukrainian Congress Committee of America, un groupe qui défend les intérêts ukrainiens aux Etats-Unis, ne prend pas au sérieux cet accord. «Nous savons qu'il ne vaut pas le bout de papier sur lequel il est écrit», m'a-t-il expliqué. «Nous avons besoin de mesures défensives. 70% des morts sont victimes de fusées légères et d'attaques d'artillerie lourde. Nous pourrions diminuer leur nombre si nous avions des radars à longue portée et des drones.”

David Francis
David Francis (2 articles)
Journaliste à Foreign Policy.
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