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Facebook laisse enfin ses utilisateurs prévoir leur mort

Will Oremus, traduit par Cécile Dehesdin, mis à jour le 12.02.2015 à 16 h 53

Mais pas encore en France.

Blogging is dead. Again. Flickr CC  License By

Blogging is dead. Again. Flickr CC License By

La mort a toujours été un problème délicat pour Facebook et les autres réseaux sociaux: en théorie, le profil de la personne décédée est l'endroit virtuel idéal pour que les amis lointains ou proches et la famille puissent partager leurs souvenirs et faire leur deuil. Mais on ne laisse pas toujours sa page Facebook dans un état où l'on souhaiterait qu'elle soit préservée pour la postérité.

Jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait pas vraiment de façon de gérer le compte Facebook d'une personne décédée. Comme l'expliquait Cécile Dehesdin en 2013, les proches d'un mort pouvaient au choix fermer ou «mémorialiser» son compte:

«La suppression du compte semble relativement simple (même si la réelle suppression des données ne l’est pas). En revanche pour obtenir son contenu (messages, etc), Facebook se retranche également derrière la vie privée de ses utilisateurs. Les héritiers peuvent faire une demande, mais cela sera long et ils devront fournir “une décision de justice”, prévient le site.»

Les utilisateurs de Facebook pouvaient aussi, bien sûr, simplement donner à un proche leur mot de passe pour qu'il ou elle puisse avoir le contrôle de son compte, mais ça allait à l'encontre des conditions d'utilisation de Facebook.

Ce jeudi 12 février, le réseau social a annoncé une nouvelle option qui permet à chaque utilisateur d'avoir son compte effacé de façon permanente à sa mort. Sinon, les utilisateurs peuvent à la place désigner un «legacy contact» (en attendant la traduction française officielle de Facebook, ces termes signifient un «contact chargé de l'héritage»), un ami ou un membre de leur famille qui pourra contrôler certains aspects du compte après leur mort. 

Cette personne pourra:

  • Changer la photo de profil et de couverture de la personne décédée.
  • Ecrire un statut spécial qui sera accroché en haut du profil de cette personne (par exemple, pour annoncer les obsèques).
  • Accepter des demandes d'amis venant d'amis ou de membres de la famille qui n'étaient jusque-là pas connectés à la personne sur Facebook.

Ces trois possibilités étaient parmi les plus demandées par les utilisateurs de Facebook qui ont donné leurs impressions à l'entreprise sur sa politique quant aux pages «mémorialisées», a dit Vanessa Callison-Burch, une manager des produits chez Facebook, lors d'une interview mercredi.

«Par exemple, une mère nous a contactés pour nous dire que sa fille était morte et que deux cousins n'étaient pas encore ses amis sur Facebook» et ne pouvaient donc pas voir son profil, alors que d'autres amis et membres de la famille postaient leurs souvenirs sur la page. Dans un autre cas, des membres de la famille ont demandé de pouvoir changer la photo d'une personne morte qui avait récemment changée sa photo de profil en affichant celle d'un poisson, peut-être pour faire une blague, a dit Vanessa Callison-Burch. Avec la politique de Facebook en rigueur jusque-là, le poisson aurait été pour toujours la photo de profil de la personne décédée.

Les utilisateurs de Facebook auront également la possibilité d'autoriser leur personne de confiance à télécharger une archive des photos, statuts et informations de profil qu'ils ont partagés sur le site. La personne ne pourra pas, cependant, regarder ou télécharger les messages privés. Facebook m'a dit que l'entreprise considère que cette information est privée, même après la mort d'un utilisateur. Les personnes de confiance ne pourront pas non plus modifier ou effacer des statuts partagés dans le passé, ou des statuts partagés par d'autres sur le profil de la personne morte.

«On y a beaucoup réfléchi», m'a dit Vanessa Callison-Burch. «Pour cette version, on ne donne pas [aux personnes de confiance] la possibilité de gérer l'ancien contenu». Mais l'entreprise va continuer à réfléchir à la meilleure façon de gérer les comptes de gens morts, a-t-elle ajouté, et pourrait modifier sa politique à l'avenir.

Le fait de choisir une personne de confiance (qui ne sera pas forcément un de vos «contacts de confiance») ne protègera donc pas votre page Facebook «mémorialisée» des photos gênantes que vous avez postées au fil des ans. Sauf si vous décidez d'opter pour l'effacement de votre compte, ces posts resteront accessibles. Mais l'option de changer votre photo de profil, de couverture, et d'épingler un statut repoussera au moins vers le bas de votre profil un contenu un peu déplacé, et ceux qui vous survivent pourront l'éviter s'ils le souhaitent. 

Facebook ajoutera également le mot «Remembering» («A la mémoire de») au-dessus des noms des utilisateurs, pour aider à distinguer les pages «mémorialisées» des pages des gens vivants.

La possibilité pour les utilisateurs de Facebook de faire leur propre choix sur l'immortalité ou non de leur profil est un changement bienvenu.

Ce serait bien que plus d'entreprises technologiques suivent cet exemple en réfléchissant à ce qui arrive aux données de leurs utilisateurs quand ils meurent –notons d'ailleurs que Google donne de telles options aux utilisateurs de Gmail depuis 2013. Yahoo et Microsoft ont également des procédures pour les utilisateurs de leurs services de mails ou de messageries.

La possibilité de choisir sa personne de confiance n'est pas encore disponible en France:

Traduit et adapté par Cécile Dehesdin

 

Will Oremus
Will Oremus (150 articles)
Journaliste
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