Monde

Russie-Ukraine: il faut se méfier de la diplomatie selon Sarkozy

Daniel Vernet, mis à jour le 13.02.2015 à 11 h 58

Quand le président de l'UMP explique que la Crimée «a choisi la Russie et on ne peut pas lui reprocher», sa solution consiste à accepter l’argumentation de Vladimir Poutine et à satisfaire ses exigences.

Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine à Paris, le 11 juin 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine à Paris, le 11 juin 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy, qui s’est distingué pendant son mandat par une diplomatie volontariste au risque d’être brouillonne, a présenté une «solution» pour mettre fin au conflit en Ukraine. Ramenée à sa plus simple expression, cette «solution» consiste à accepter l’argumentation de Vladimir Poutine et à satisfaire ses exigences.

L’annexion de la Crimée en mars 2014? La population de la péninsule «a choisi la Russie et on ne peut pas lui reprocher», a déclaré le président de l’UMP devant le conseil national de son parti.

Nicolas Sarkozy passe sous silence le fait que le référendum a été organisé sous le contrôle de l’armée russe, ce qui explique le score de 95% en faveur de l’annexion. Toutes les consultations précédentes tenues dans des conditions normales depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991 avaient soutenu l’appartenance de la Crimée à ce pays.

Le Kosovo n’est pas la Crimée

Comme Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy évoque le précédent du Kosovo pour justifier la violation par la Russie du droit international. C’est oublier que le cas du Kosovo n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en Crimée.

L’indépendance du Kosovo a été reconnue en 2008 par une grande partie de la communauté internationale, dont la France sous la présidence Sarkozy, après des décennies de lutte, pacifique puis armée, de la population de cette région contrôlée par la Serbie. Après l’intervention de l’Otan contre la Serbie de Milosevic, qui avait supprimé en 1989 l’autonomie du Kosovo et de la population à majorité d’origine albanaise, il a fallu près de près de dix ans de négociations internationales, auxquelles la Russie a été partie prenante, avant que l’indépendance apparaisse comme la seule solution. Rien avoir avec le «hold-up» perpétré par les Russes en Crimée.

«Il faut trouver  les moyens d’une force d’interposition pour protéger les dix millions de russophones d’Ukraine», a encore déclaré Nicolas Sarkozy.

Certes, les autorités provisoires de Kiev, avant l’élection du président Petro Porochenko, ont commis l’erreur d’envisager la suppression du statut du russe comme une des langues officielles de l’Ukraine. Cette intention provocatrice n’a pas duré plus de 24 heures. Le président par intérim, Oleksandr Tourtchinov, a refusé de signer le décret. Cette maladresse mise à part, les russophones –cette qualification générale recouvre des situations très différentes: citoyens d’origine russe ou à la double nationalité, Ukrainiens parlant russe ou bilingues, etc.–, n’ont jamais été menacés depuis la révolution de Maïdan. D’ailleurs, les séparatistes prorusses n’ont pas réussi à se rallier la population de l’est de l’Ukraine qui, aux élections présidentielles et législatives de 2014, a voté de la même manière que les Ukrainiens de l’ouest.

Enfin, «l’Ukraine n’a pas vocation à entrer dans l’UE et dans l’Otan», a dit l’ancien président de la République.

C’est en effet la crainte de Vladimir Poutine, mais cette double adhésion n’est pas à l’ordre du jour. L’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, dont le refus par l’ancien président Ianoukovitch a provoqué le soulèvement de Maïdan, n’est pas l’antichambre de l’entrée dans l’Union. Pour certains pays européens, hostiles à de nouveaux élargissements, il serait plutôt une voie de garage.

L’adhésion à l’Otan a beau être de plus en plus populaire en Ukraine depuis le conflit dans l’est, elle a été rejetée en 2008, sur l’insistance de la France et de l’Allemagne, malgré les pressions américaines.

La légende géorgienne

En retrouvant le goût de la diplomatie, Nicolas Sarkozy pense sans doute au rôle qu’il a joué en août 2008 au moment de la guerre russo-géorgienne. Alors qu’il assumait la présidence du Conseil européen, le président de la République s’était alors précipité à Moscou et à Tbilissi pour obtenir la cessation des combats.

La légende veut que son intervention ait empêché les soldats russes de prendre la capitale géorgienne. Rien n’a jamais prouvé que c’était l’objectif de la Russie. Il suffisait à Vladimir Poutine de dépecer la Géorgie coupable de s’être tournée vers l’Occident.

L’accord négocié par l’intermédiaire de Nicolas Sarkozy lui a donné satisfaction, ce qui n’a pas retenu Poutine, qui était alors Premier ministre russe, de ne pas en respecter les clauses permettant une surveillance internationale des deux côtés de la frontière entre l’Ossétie et le reste de la Géorgie.

La surveillance effective de la frontière russo-ukrainienne a été une des pierres d’achoppement des négociations de Minsk. L’expérience malheureuse de 2008 appelle à la vigilance.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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