Ne plus dire «cycliste» mais «personne qui fait du vélo» fait avancer les politiques de transports

West Seattle Transportation / Dennis Hamilton via Flickr CC License By

West Seattle Transportation / Dennis Hamilton via Flickr CC License By

On pourrait croire à un nouveau et inutile élément de langage, mais l'exemple de la ville de Seattle montre que les mots peuvent façonner la pensée.

Depuis plusieurs années, la ville de Seattle fait figure de modèle dans le rééquilibrage des politiques de transport en faveur des cyclistes et des transports en commun. Le nombre de pistes cyclables protégées a considérablement augmenté depuis 2013.

Pour une preuve indéniable que les mots façonnent nos pensées, écrivent les auteurs du blog People for Bikes, penchez-vous sur le cas d’une association de cyclistes de Seattle, Seattle Neighborhood Greenways. Car c’est ce petit groupe qui aurait, par son usage stratégique du langage de la mobilité, gagné la bataille des cœurs dans sa lutte contre la voiture.

Plus précisément, l’association a mis en place une véritable charte visant à imposer ses éléments de langage dans la discussion entre usagers.

Au lieu d'«accident», qui suggère qu'il s'agit d'un événement qui était inévitable, parler de «collision». Ne plus dire «la voiture a renservé…» mais «la personne conduisant la voiture a renversé…» Pour humaniser les acteurs concernés, ne plus parler de «cyclistes» mais de «personnes faisant du vélo», plus de «piétons» mais de «personne qui marchent», plus de «conducteurs» mais de «personnes qui conduisent», etc.

L’argument des «cyclistes», heu pardon, des personnes qui en tant que parent ou qu'habitant du quartier pratiquent le vélo, est de ne plus associer les partisans des mobilités douces à des «tribus». Contre ce tribalisme qui avait tendance à créer un clivage fort entre les automobilistes et les cyclistes, le mode de transport n’est plus qu’une partie de l’identité de chacun, et non ce qui la définit entièrement.

Tom Fucoloro, membre d’une autre association de cyclistes de Seattle, explique au site City Lab pourquoi selon lui le mot piéton doit être banni: être piéton «est notre mode d’être naturel! Ça n’est pas comme si vous sortiez de la voiture et rejoigniez soudainement “l’équipe des piétons”. Une fois que nous commencerons à penser aux rues hors de ce cadre, nous pourrons progresser».

La charte de langage de l'association Seattle Neighborhood Greenways

Les cyclistes américains font depuis plusieurs années face à une hostilité croissante de la part des autres usagers de la route et des pouvoirs publics locaux, ce qu’ils ont résumé par un néologisme: le bikelash.

Comme nous l’expliquions sur Slate en 2014, cet affrontement pour imposer son usage des voies de circulation s’est considérablement politisé, au point de devenir une ligne de fracture. De nombreux éditorialistes conservateurs ont fait des cyclistes bobos des cibles de choix, évoquant aux Etats-Unis «la tyrannie du culte du cyclisme». Un phénomène observé également en France, comme lorsque Valeurs Actuelles publia un éditorial reprenant les mêmes arguements en dénonçant «la dictature du vélo».

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