Monde

USA: Le meurtre de trois étudiants musulmans lance un débat sur le rapport des athées à l'islam

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 12.02.2015 à 7 h 51

Repéré sur Washington Post

Lors d'une commémoration pour les étudiants tués à l'université de Chapel Hill, en Caroline du Nord, le 11 février 2015. REUTERS/Chris Keane

Lors d'une commémoration pour les étudiants tués à l'université de Chapel Hill, en Caroline du Nord, le 11 février 2015. REUTERS/Chris Keane

Craig Stephen Hicks, le meurtrier présumé des trois étudiants musulmans tués mardi en Caroline du Nord aux Etats-Unis, était farouchement anti-religieux. Sur sa page Facebook, il se revendiquait comme athée (même anti-théiste), et affirmait qu'il était de son «devoir» d'insulter les religions. Il était fan d'intellectuels athées tels que Richard Dawkins et Sam Harris. 

Une querelle de voisinage a été évoquée comme motif du meurtre, mais la police locale a également annoncé qu'elle menait une enquête pour déterminer si le crime avait été motivé par la haine des musulmans. Dans le droit américain, la qualification de «hate crime» (crime de haine) alourdit les peines de manière significative.

Un article de Vox souligne que dans cette affaire, les athées américains se sont rapidement retrouvés dans la même situation que les musulmans après des attaques terroristes: on leur a demandé de se désolidariser du tueur, et mercredi, de nombreuses organisations athées américaines ont ainsi condamné les assassinats. 

Certains intellectuels athées sont allés plus loin; ils ont appelé à une réflexion sur le rapport de certains athées militants à l'islam. Chris Stedman, le directeur d'un groupe d'athées et d'agnostiques à l'université de Yale a tweeté:

«Je suis écoeuré par le meurtre de Chapel Hill. Quelles que soient les raisons qui ont poussé le tueur à agir, en tant qu'athées, nous devons faire attention aux préjugés anti-islam qui circulent dans notre communauté.»

Il explique au Huffington Post: «Nous devons réfléchir au fait que la façon dont certains représentants médiatiques de l'athéisme parlent de l'islam et des musulmans peut contribuer à créer une culture de peur, de suspicion et d'hostilité envers les musulmans.»

Ce que Chris Stedman a en tête, ce sont les déclarations controversées des stars du «New Atheism», notamment le biologiste anglais Richard Dawkins et le neuroscientifique américain Sam Harris. Un article du Washington Post sur les tensions entre islam et athéisme rappelle notamment qu'après l'attentat contre Charlie Hebdo, Dawkins avait tweeté:

«Toutes les religions ne sont pas également violentes. Certaines n'ont jamais été violentes, certaines ont arrêté de l'être il y a plusieurs siècles. De manière évidente, il y a une religion qui n'a jamais cessé d'être violente.»

Les doctrines et les personnes

Quant à Sam Harris, il avait écrit en 2010 que «tuer ceux qui renoncent à la foi, traiter les femmes comme du bétail et faire le djihad contre les infidèles...sont des pratiques centrales de la foi musulmane.»

Pour préciser sa pensée, il a dit à la journaliste du Washington Post que pour lui, le fait de critiquer les doctrines d'une religion n'a rien à voir avec le fait de détester les musulmans en tant que personnes. 

«Si quelqu'un considère l'athéisme ou le sécularisme comme des principes qui le mènent à haïr des groupes entiers de personne, alors soit il n'a rien compris à l'esprit critique, soit il souffre de troubles psychologiques.»

Pour le sociologue athée Jacques Berlinerblau, il est absurde d'accuser l'athéisme, mais réfléchir à l'impact de certains discours n'est pas inutile:

Le meurtrier présumé «entend des messages critiques sur les religions et il les interprète à travers le prisme de la maladie mentale. Il est injuste d'accuser les athées américains de tout ça. Mais nous revenons souvent à la question des discours critiques envers certains groupes et des conséquences qu'ils peuvent avoir sur des personnes instables. C'est la question soulevée aujourd'hui.» 

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