Le Cambodge a un problème avec la Saint-Valentin

Teenagers Promenading / Michael Coghlan via Flickr CC

Teenagers Promenading / Michael Coghlan via Flickr CC

Le gouvernement ne veut pas que les jeunes croient que la fête consiste à offrir des fleurs à une fille pour qu'elle «perde sa virginité». Les associations de lutte contre le sida observent quant à elles une augmentation des contaminations à cette période.

Le gouvernement du Cambodge a appelé les enseignants du pays à donner un cours intensif sur la Saint-Valentin, comme le rapporte The Cambodia Daily. Phnom Penh estime que la jeunesse cambodgienne a une vision déformée de la fête et, chaque année, tente d’enrayer le phénomène. Le ministre de l’Education, Hang Chuon Naron, explique:

«Les étudiants cambodgiens pensent que la Saint-Valentin est le "jour des amoureux" et ils achètent des fleurs dans le but de convaincre les filles à leur abandonner leur virginité. [...] En Europe, ils offrent des fleurs par amitié le jour de la Saint-Valentin, pour montrer à leurs amis, et aux membres de leur famille qu’ils les aiment.»

Une vision de la Saint-Valentin occidentale un peu biaisée, puisque la fête est largement considérée comme étant celle des amoureux. Même s’il existe quelques exceptions à la règle, comme en Estonie, où la Saint-Valentin est effectivement considérée comme le «jour des amis», rappelait Euronews en 2014.

Le ministre Hang Chuon Naron a ajouté:

«S’acheter des fleurs est une bonne chose, mais pas si c’est dans le but d’aller au-delà de l’amitié et de perdre sa virginité. Ce n’est pas bien, et cela transgresse notre culture.»

Mais pour Tep Sovannaroth, professeur au lycée Boeng Trabek à Phnom Penh, le gouvernement est en faute, rapporte le Cambodia Daily:

«Nous essayons de faire de notre mieux en tant qu’enseignants, mais pour corriger cette interprétation, il est important que le gouvernement prenne la parole en public ou à la télévision.»

Pourtant, cela fait des années que le Cambodge cherche à faire passer le message. En 2014, c’était le département des affaires féminines qui avait pris la parole pour avertir la population. The Cambodia Herald rapportait les propos de la vice-gouverneur de Phom Penh, Mork Vansitha, qui disait alors que toute mauvaise interprétation du 14 février en fête des amoureux risquait d’affecter la culture khmère. Des opérations du même type avaient eu lieu en 2013 et en 2012, où les autorités étaient appelées à sévir contre les marchands ambulants de fleurs.

Le Cambodgien Ung Chamroeun expliquait en 2008 que les jeunes ont pris l’habitude de sécher les cours le jour de la Saint-Valentin, bien que la fête se déroule en pleine période d’examens. Dans son article, il interrogeait notamment Niroan, lycéen:

«Ce serait étrange si les jeunes ne suivaient pas cette tradition populaire. La Saint-Valentin, c'est une bonne chose car cela nous encourage à déclarer ouvertement notre flamme.»

Sur Cambodge Soir Hebdo, Ung Chamroeun reprenait aussi les paroles de Mak Sartah, alors président du Conseil de la Jeunesse:

«Certaines filles ont perdu leur virginité parce qu'elles voulaient montrer leur amour à leur copain. D'autres sont trompées par leur ami, ce jour-là. Le nombre de contamination par le virus du sida et de filles qui tombent enceintes hors mariage s'élève à cette période.»

Des associations contre le sida prennent en effet la parole chaque année au moment de la Saint-Valentin pour empêcher la propagation du virus chez les jeunes cambodgiens. En 2014, le Cambodia Herald évoquait par exemple la participation de l’association AIDS Healthcare Foundation Cambodia.  

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