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US Open: le tennis féminin dans les bâches

Yannick Cochennec, mis à jour le 31.08.2009 à 19 h 38

La voir si forte après deux ans d'absence est la preuve que le niveau du tennis féminin est faible.

Absente des courts pendant deux ans, Kim Clijsters n'a pas tardé à retrouver son meilleur niveau et ses vieilles habitudes d'ancienne n°1 mondiale. A Cincinnati, lors de son tournoi de rentrée, elle s'est ainsi glissée jusqu'en quarts de finale en dominant au passage Marion Bartoli, 13e, et Svetlana Kuznetsova, 6e et tenante du titre à Roland-Garros. A Toronto, la semaine suivante, elle n'a pas molli, triomphant de Victoria Azarenka, 9e, avant de s'incliner de haute lutte face à Jelena Jankovic, 4e.

Le tennis féminin doit-il se réjouir de ces résultats mirobolants? Non, tant il est ubuesque de voir une joueuse, qui avait à peine touché une raquette pendant 24 mois pour donner naissance à une petite fille et surmonter le deuil de la perte de son père, rivaliser déjà avec le gratin. Mais il faut, hélas, bien constater que le niveau de la compétition sur le circuit du WTA Tour est suffisamment faible pour permettre une renaissance aussi rapide. Chez les hommes, elle serait impossible. Les difficultés actuelles de Rafael Nadal pour tenter de retrouver sa bonne carburation alors qu'il ne s'est éloigné que deux mois pour soigner ses genoux douloureux l'attestent.

Douze finales consécutives à sens unique

L'amorce de la deuxième carrière de Kim Clijsters est, cependant, une bonne nouvelle pour le tennis féminin qui, selon la rumeur, pourrait assister bientôt au retour d'une autre retraitée belge célèbre, Justine Henin. Au moins, il se passe quelque chose pour réveiller notre curiosité. Depuis des mois, la compétition traîne, en effet, son ennui au fil de tournois qui peinent à susciter l'intérêt médiatique. Les finales des tournois du Grand Chelem passent les unes après les autres sans faire naître le début d'une émotion.

Il faut même remonter à Wimbledon 2006 pour recenser une finale en trois sets. Douze finales majeures, souvent à sens unique, se sont succédées depuis, parfois pathétiques, à l'image de la dernière, catastrophique, de Roland-Garros entre Svetlana Kuznetsova et Dinara Safina, paralysée par le trac. Malheureusement, ces demoiselles ont souvent du mal à contrôler leurs émotions.

Le coup de force des coups en force

Il y a 15 ou 20 ans, le tennis féminin était à son apogée quand il rassemblait dans un même tournoi des championnes comme Martina Navratilova, Chris Evert, Steffi Graf, Monica Seles, Gabriela Sabatini ou Arantxa Sanchez qui avaient toutes leur singularité et leur style. Aujourd'hui, il ne concentre plus que des robots qui tapent dans tout ce qui bouge. Le revers à une main a pratiquement disparu du répertoire et le slice, cette manière de «couper» la balle pour changer de rythme, paraît être une technique révolue. Amélie Mauresmo, 30 ans, essaie bien de perpétuer le beau tennis, mais ses jours de championne sont comptés.

Les meilleures mondiales jouent toutes de la même manière, sans discernement, mais avec toujours cette volonté de réussir le coup gagnant à toute force. Disputée dans les aigus, en raison des cris poussés par les deux protagonistes, la finale du tournoi de Toronto, dimanche 23 août entre les Russes Elena Dementieva et Maria Sharapova, a ressemblé à un irritant tir aux pigeons — les pigeons étant les spectateurs éprouvés par tant de violence. Sur la balle de match, Sharapova a eu l'audace de tenter une amortie — quelle mouche l'a piquée pour être soudain si inventive? — mais la balle a terminé sa course dans le bas du filet.

Le cordage, responsable de l'uniformité

Martina Navratilova, qui observe le «carnage» depuis sa cabine de commentatrice de la chaîne américaine Tennis Channel, se désole de voir ce que son sport est devenu. «Plus aucune joueuse ne tente le service-volée, constate-t-elle avec amertume. Frapper le plus fort est devenu la norme. C'est pour ça qu'actuellement, je préfère regarder le tennis masculin beaucoup plus varié.»

L'ancienne reine de Wimbledon stigmatise la manière d'entraîner les jeunes joueuses, mais blâme surtout le matériel (en particulier les nouveaux cordages synthétiques), responsable de cette uniformité stylistique.

Quand les hommes ont besoin de temps de se façonner une technique pour réussir au plus haut niveau — Roger Federer a gagné son premier titre du Grand Chelem à un mois de son 22e anniversaire — les joueuses semblent prises par le temps, comme obligées de s'imposer au plus vite pour marquer leur territoire. Serena Williams et Maria Sharapova n'avaient pas 18 ans quand elles ont enlevé leur premier tournoi majeur. Elles ont triomphé grâce à une technique pour le moins rudimentaire, mais terriblement efficace et n'en ont pas changé depuis. Pourquoi l'auraient-elles fait puisque ce matraquage était la stratégie payante?

Trop de glamour

Sans doute l'avènement des sœurs Williams en 1999-2000 a-t-il modifié la donne. Puissantes et rapides, elles ont donné une dimension plus athlétique au jeu. Pour survivre, il n'y avait pas d'autre solution que de les imiter. Martina Hingis, qui fondait son jeu sur la stratégie et la finesse, a été balayée et mise de facto à la retraite.

Le public a également du mal à se familiariser avec les nouveaux visages des meilleures mondiales. Il n'a vraisemblablement échappé à personne que la Danoise Caroline Wozniacki pointe son nez à la 9e place. Quant à la Biélorusse Victoria Azarenka, 8e, qui la connaît? Les rares stars se nomment, aujourd'hui, Maria Sharapova, Ana Ivanovic, Serena et Venus Williams sur lesquelles la WTA, l'association qui gère le circuit féminin, fondent toute sa communication très (trop) axée sur le glamour.

Le problème est qu'à l'exception d'Ivanovic, ces divas capricieuses ne se laissent pas dompter facilement, encore moins par des journalistes qui ont toutes les misères du monde à approcher ces papesses de la mode entourées d'agents tout aussi infréquentables. Et leur mine boudeuse ne séduit pas toujours les foules. Le public de Roland-Garros manifeste peu de sympathie à l'égard de Sharapova et des sœurs Williams quand les spectateurs ne les sifflent pas carrément.

L'exaspération peut aussi monter d'un cran lorsque après la balle de match, on voit toutes les joueuses se serrer froidement la main, comme si chacune serrait la main d'une pestiférée.

Ajoutons que le classement féminin marche littéralement sur la tête en plaçant actuellement Dinara Safina à la première place mondiale alors qu'elle n'a jamais remporté le moindre titre du Grand Chelem. Serena Williams, sa dauphine, tenante du titre de l'US Open, de l'Open d'Australie et de Wimbledon, a fait état de son incompréhension. On la rassure: tout le monde est perdu.

Yannick Cochennec

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Image de une: Clijsters au tournoi de Toronto, le 19 août 2009. Mark Blinch / Reuters

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