Culture

Le Qatar déverse des centaines de millions de dollars sur le marché de l’art

Temps de lecture : 2 min

Nafea Faa Ipoipo de Paul Gauguin via Wikimedia
Nafea Faa Ipoipo de Paul Gauguin via Wikimedia

Pourquoi le Qatar débourse-t-il 300 millions de dollars pour un Gauguin, la somme la plus importante jamais payée pour une œuvre d’art? C’est la question que se pose The Daily Beast après que le New York Times a révélé le 5 février que le Qatar avait acheté une toile de Paul Gauguin baptisée Nafea Faa Ipoipo (Quand vas-tu te marier?) pour 300 millions de dollars à un collectionneur suisse.

La cession de l’œuvre peinte en 1892 par le peintre lors de son séjour à Tahiti a été confirmée par le vendeur, Rudolf Staechelin, un ancien de la maison d’enchère Sotheby’s. La toile était exposée au Kunstmuseum de Bâle depuis près d’un demi-siècle, comme une vingtaine de toiles impressionnistes et post-impressionnistes, dont des Van Gogh, Pissarro et Picasso, qui composent la collection de Rudolf Staechelin. Il l’a hérité de son grand père, un marchand d’art.

Les Musées de Qatar, institution qui appartient à la famille régnante, n’a pas confirmé l’achat. En 2011, le Qatar avait déjà déboursé une somme presque aussi importante, 250 millions de dollars, pour Les joueurs de cartes de Paul Cézanne, un montant qui avait alors doublé le record de l’artiste. Le petit émirat ne lorgne pas seulement sur les impressionnistes, puisqu’il a aussi acquis des œuvres d’après-guerre et contemporaines de Mark Rothko à Damien Hirst.

Cette politique culturelle à coup d’investissements massifs est menée par la sœur du cheikh actuel, la Sheikha al Mayassa al Thani. Elle est devenue en quelques années un personnage incontournable du marché de l’art. Elle était à la 13e place dans le dernier classement des 100 personnes les influentes dans le monde de l’art de ArtReview. Il faut dire que la Sheikha a dépensé 1 milliard de dollars pour faire ses emplettes muséales en 2013.

Mais la politique culturelle défendue par la Sheikha est difficile à comprendre. The Daily Beast souligne les contradictions entre ces achats hors de prix d’œuvres occidentales et les déclarations sur la mise en valeur de l’identité arabe du Qatar dans le développement des musées et des collections d’art. «Notre mission n'est pas l'indépendance et l'intégration culturelle. Nous ne voulons pas avoir ce qu'il y a en Occident. Nous ne voulons pas leurs collections», a-t-elle déclaré.

La contradiction n’échappe pas aux artistes arabes. En 2012, l’artiste libanaise Ninar Esber soulignait dans le New York Times que les musées du Qatar étaient une «coquille vide dorée» qui «brille de l'extérieur, mais est vide à l’intérieur».

Elle regrettait aussi le manque de liberté d’expression dans l’émirat. Un autre artiste venant du Bahreïn déclarait anonymement de peur d’être expulsé.

«Il n'y a pas de liberté d'expression au Qatar et pourtant, il ya tellement de choses à raconter sur ses problèmes et les injustices.»

Avant d’ajouter:

«En tant qu'artiste, je devrais être capable de partager mon point de vue par le biais de mon travail. Mais à cause de la peur constante d'être punis, se prononcer clairement contre la famille royale n'est pas un risque qui en vaut la peine.»

En amassant des œuvres achetées à prix d’or, le Qatar et la famille régnante cherchent tout comme dans le sport et avec des investissements économiques et financiers massifs à obtenir reconnaissance et respectabilité. Une stratégie qui ne semble pas forcément couronnée de succès.

Slate.fr

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