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Etats-Unis: il y a eu plus de noirs lynchés que ce que l'on croyait jusqu'à présent

«Strange Fruit» interprété par Billie Holiday. Ce poème d'Abel Meeropol est un réquisitoire contre le lynchage des noirs. Le «strange fruit» qui pend à l'arbre est le noir pendu.

Une association milite pour que des monuments leur soient consacrés dans le pays.

Une association de défense des droits des Afro-Américains vient de publier un rapport qui révèle que le nombre de victimes de lynchages aux Etats-Unis est plus élevé que ce que les historiens pensaient. Les chercheurs de l'Equal Justice Initiative ont recensé 3.959 Afro-Américains lynchés dans 12 Etats du sud de 1877 à 1950, soit 700 morts de plus que les chiffres habituellement cités.

Certaines de ces victimes noires étaient incarcérées en attente de procès, et les foules en colère envahissaient la prison (avec la complicité des autorités) pour venir les pendre. Il y a eu de nombreux cas d'hommes brûlés vifs et démembrés. Beaucoup ont été tués pour ne pas avoir respecté la hiérarchie raciale en vigueur à l'époque: porter un uniforme de l'armée ou bousculer une femme blanche dans la rue pouvait suffir à déclencher la folie meurtrière de la population. Pendant la période, aucun blanc n'a été condamné pour ces meurtres barbares, et des cartes postales avec photo des cadavres étaient vendues en tant que souvenirs après les exécutions.

L'association explique dans son communiqué de presse: 

«Le rapport veut établir que le lynchage des Afro-Américains était du terrorisme, et que ces violences qui avaient le soutien de la majorité étaient utilisées pour imposer la subordination et la ségrégation raciale.»

Les auteurs précisent que dans tous les Etats qu'ils ont visités, de l'Arkansas à la Caroline du Sud, presque aucun effort n'est fait pour que les résidents soient confrontés à cette histoire. Alors que de nombreuses villes du Sud regorgent de statues célébrant les généraux et hommes politiques pro-esclavage et pro-ségrégation, les monuments ou pancartes évoquant les lynchages sont rares.

Bryan Stevenson, le fondateur de l'Equal Justice Initiative, explique au Guardian:

«Nous voulons changer le paysage visuel du pays de façon à ce que que les gens qui visitent ou vivent dans ces villes soient conscients de cette histoire.»

Faire accepter ce genre de monuments sera une tâche ardue. En 2013, l'organisation de Stevenson est parvenue à faire poser des plaques pour indiquer l'emplacement du marché d'esclaves de Montgomery en Alabama, mais les autorités locales étaient réticentes. Le New York Times rappelle que dans la ville de Newnan en Géorgie, la tentative de faire placer un signe de commémoration d'un lynchage a échoué face au refus des autorités locales.

Le plus grand monument à la mémoire des victimes de lynchage est actuellement à Duluth dans le Minnesota (un Etat du nord), où en 1920, trois noirs avaient été faussement accusés de viol et lynchés. En 2003, trois statues et des stèles ont été érigées près de la rue où ils avaient été pendus.

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