France

Laurent Wauquiez, le grand frère de la jeune garde conservatrice

Gaël Brustier, mis à jour le 16.02.2015 à 15 h 51

Alors que le contexte politique paraît assez difficile pour l’UMP, Laurent Wauquiez et les conservateurs pourraient être les grands gagnants de la refondation du principal parti de droite. A l’intérieur ou l’extérieur des partis de droite, quelques jeunes pousses de la galaxie conservatrice s’efforcent de peser sur la vie politique française.

Laurent Wauquiez, en juin 2013 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau

Laurent Wauquiez, en juin 2013 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Charles Platiau

Ils sont jeunes et ils sont conservateurs. A l’UDI, à l’UMP ou en FN, en dehors des partis politiques aussi, ils sont nombreux à revendiquer un passé militant au sein de La Manif pour tous ou des idées proches des secteurs les plus conservateurs de la société française, de ceux qui se manifestent au cours des «marches pour la vie». Parfois marqués par les sessions de la Communauté de l’Emmanuel, influencés ainsi par le Renouveau charismatique dans leur vie spirituelle, ils ont aussi fait le choix de l’investissement dans la vie politique, partisane et électorale pour défendre leur point de vue.

Le lien avec la base

La crise existentielle de la droite française, les enjeux liés à la mutation de notre société et à sa plongée dans la globalisation leur donnent une opportunité d’avancer leurs réponses. La grande crainte désormais, à droite ou à l’extrême droite, est d’être ringardisé par ceux qui étaient, voici quelques années, considérés comme des «ringards».

Dans la réorganisation de l’UMP entreprise par Nicolas Sarkozy, les «mouvements» interne au parti de droite, tels que la Droite populaire, la Droite forte ou la Droite sociale de Laurent Wauquiez, sont voués à disparaître.

De fait, le courant conservateur, qui ne dépend pas principalement d’une organisation formelle mais d’un réseau de sympathisants et de militants à la base, pourrait être le principal bénéficiaire de ce changement.

Ce courant idéologique est en effet le seul à être réellement organisé à la base à droite et a quelques solides chances d’être le vainqueur de cette réforme. Principal responsable politique associé à la montée en puissance du courant conservateur, Laurent Wauquiez a été envoyé en première ligne pour défendre la méthode Sarkozy à l’UMP et a tenu une ligne de strict refus de quelque consigne de vote que ce soit en cas de duel FN-PS.

Wauquiez apparaît comme le porte-étendard d’une génération qui, à défaut d’avoir une idéologie ferme, croit de nouveau en l’idéologie

 

La lutte au sein de la droite est souvent présentée comme une rivalité (bien réelle) entre Nathalie Kosciusko-Morizet et le maire du Puy-en-Velay. Cependant, cette lutte est aussi une lutte entre deux sociologies entre deux stratégies. 

NKM est, au même titre qu’Alain Juppé, la représentante de la droite des «idéopôles», des métropoles connectées à la globalisation, d’une droite plus libérale à tous points de vue.

La ligne de Laurent Wauquiez s’efforce de faire une synthèse entre les aspirations de plusieurs électorats et de se situer au point de jonction de différentes droites, du centre droit à la droite extrême. Cette stratégie n’est d’ailleurs en rien personnelle. Elle est celle du courant conservateur présent à l’UMP, mais également en dehors.

Secrétaire général de l’UMP, Laurent Wauquiez apparaît désormais comme le chef de file du courant conservateur au sein de l’UMP et peut-être de la droite française dans son ensemble. Sa récente nomination par Nicolas Sarkozy le positionne comme un acteur désormais important de la recomposition de la droite parlementaire. Cette ascension et les tirs de barrage qu’elle suscite sont emblématiques des mutations en cours à droite, de ses difficultés et de la lente mutation qui est la sienne. Il apparaît comme le porte-étendard d’une génération qui, à défaut d’avoir une idéologie ferme, croit de nouveau en l’idéologie.

Une génération à l'influence grandissante

Le message émis par Laurent Wauquiez est sans ambiguïté: il est à droite, il est de droite. Surtout, il s’appuie sur une analyse sociologique et électorale du pays et sur une vision du monde à l’évidence empreinte d’un conservatisme politique. Fervent soutien de La Manif pour tous, n’hésitant pas à tweeter lors de la nomination de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l’Education nationale qu’elle est «pro-gender», souscrivant ainsi aux thèses les plus conservatrices très largement diffusées grâce à La Manif pour tous à partir de l’automne 2012.

Laurent Wauquiez a consacré deux ouvrages à des thématiques différentes mais complémentaires. Il s’est intéressé à la sociologie de notre pays et l’a traduite en un livre, fortement inspiré des thèses de Christophe Guilluy mais auxquelles il donne une traduction conservatrice: La lutte des classes moyennes. Il s’est également intéressé à la question européenne en remettant en cause le fonctionnement de l’UE et en réhabilitant le rôle de l’Etat.

On comprend qu’il construit son identité politique à partir de deux des impensés de la droite parlementaire: la coalition électorale qui peut la porter au pouvoir (et l’y maintenir) et la question européenne, non tranchée depuis 1992.

Successeur du très européen Jacques Barrot, il se retrouve porte-parole d’un groupe de parlementaires eurosceptiques, néogaullistes ou non, avec Henri Guaino. Mais davantage qu’une querelle juridique comme put l’être la querelle de 1992, Laurent Wauquiez porte une querelle bien de son temps. Comment récupérer des marges de manœuvre au gouvernement, alors que les politiques européennes apparaissent comme un frein, sinon un obstacle, à la mise en place d’un projet gouvernemental pour 2017?

Wauquiez apparaît comme le grand frère d’une génération de cadres politiques, dont on commence à découvrir l’action et, parfois, l’influence grandissante.

Madeleine Bazin de Jessey pose une question à Christiane Taubira

C’est lui qui inspire à Nicolas Sarkozy l’idée de nommer Madeleine Bazin de Jessey secrétaire nationale de l’UMP quand son adversaire interne, Nathalie Kosciusko-Morizet, s’embourbe dans la promotion d’une figure locale du SIEL (petit parti associé au Rassemblement Bleu Marine).

L’annonce de la nomination de Madeleine Bazin de Jessey survient quelques heures après l’annonce du ralliement de Sébastien Chenu, fondateur de Gay Lib, au Rassemblement Bleu Marine.

Madeleine Bazin de Jessey est l’une des fondatrices de Sens Commun qui, à l’intérieur de l’UMP, s’efforce de porter le discours conservateur, popularisé par La Manif pour tous. C’est notamment elle qui a réussi à faire prononcer le mot «abrogation» à l’ancien président de la République. A l’origine membre des Veilleurs, elle a retrouvé sa passion initiale pour le militantisme partisan en retournant dans le parti dont elle avait été membre quelques années auparavant.

Autre membre de Sens Commun et délégué national de l’UMP, Sébastien Pilard s’est récemment chargé de rejeter le principe même de «consignes de vote», mettant en avant la nécessaire «confrontation sur le plan des idées et de la politique à mener».

Louis Manaranche, jeune pousse de La Manif pour tous, auteur d’un essai intitulé  Retrouver l’Histoire fait également partie de cette génération montante de cadres conservateurs. En quête d’une «identité européenne», mêlant les références à Jacques Maritain, Charles de Gaulle et Benoît XVI, Manaranche livre le prototype de l’essai politique d’une génération «décomplexée», que La Manif pour tous a renforcée dans ses convictions et à laquelle elle a aussi donné un certain nombre de clés dans le combat politique présent.

En cela, Manaranche a été précédé par un autre intellectuel et militant de la droite conservatrice, non adhérent de l’UMP quant à lui, François-Xavier Bellamy. En effet, François-Xavier Bellamy apparaît comme l’un des jeunes représentants les plus populaires de ce courant dans la France conservatrice. Son récent ouvrage Les déshérités ou l'urgence de transmettre, Plon, 2014 connaît un réel succès. Très lu, ses conférences sont également suivies par des assistances nombreuses.

Ces jeunes cadres conservateurs articulent action politique et affirmation d’une volonté de réflexion politique et idéologique. Rédaction d’essais, investissement partisan, pratique politique locale, lien avec le mouvement social conservateur, le champ de leur action politique est vaste. Il rencontre l’écho d’un nombre important de militants hier investis dans La Manif pour tous et parfois désormais élus de leur commune.

Avec La Manif pour tous, ce courant politique a atteint un «point d’irradiation» qui lui permet d’avoir prise sur l’agenda du débat public. Il lui reste cependant à nouer les alliances dans la société et au sein de la droite pour parvenir à ses fins.

Gaël Brustier
Gaël Brustier (110 articles)
Chercheur en science politique
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