France

Rentrée 2009: lettre ouverte à mes nouveaux parents d'élèves

Matthieu Grimpret, mis à jour le 01.09.2009 à 6 h 27

Avant d'être des parents d'élèves, vous êtes des parents d'enfants. La part qui vous revient dans leur réussite scolaire est cruciale.

Mesdames, Messieurs,

Il est rare qu'un agent du service public de l'éducation nationale, prenant part à l'interminable débat sur l'école, s'adresse directement aux parents. Le plus souvent, la communication sur ce sujet procède de deux attitudes qui la maintiennent en vase clos. Le corporatisme, d'abord : les profs n'aiment pas qu'on se mêle de leurs affaires - même si les affaires en question sont...les vôtres, au premier chef. La démagogie, ensuite: il arrive que tel ou tel ministre de (la réforme de) l'éducation nationale vous associe - ou, pire, vos enfants - à ses initiatives, en multipliant les consultations et autres carrefours participatifs, tout en sachant que le schmilblick n'en sera point avancé pour autant, car, comme le disait Pierre Dac, «le schmilblick ne sert absolument à rien, il peut donc servir à tout, car il est rigoureusement intégral».

En réalité, cette mise à l'écart n'est pas très grave. Je conçois qu'elle vous agace, surtout si vous payez des impôts et craignez - avec raison - qu'ils soient en partie gaspillés. Mais l'enjeu essentiel de l'éducation est ailleurs, vous le savez bien. N'oubliez pas, à l'heure où s'ouvre une nouvelle année scolaire, qu'avant d'être des parents d'élèves, vous êtes des parents d'enfants. Mieux, même: les parents de vos enfants. Autrement dit, la part qui vous revient dans la réussite scolaire de ces derniers est cruciale. Elle dépasse très largement le cadre de l'école.

Ou plutôt, elle dépasse le cadre de l'éducation nationale. Car école et éducation nationale ne sont pas des synonymes. L'école recouvre un champ très vaste, celui du savoir, du savoir-être, du savoir-faire, du faire savoir et du faire faire. L'éducation nationale, elle, désigne l'ensemble des institutions affectées à la transmission, au perfectionnement et à l'élargissement du savoir et des savoir-faire. L'école vise deux fins: la noblesse et l'efficacité de l'existence; tandis que l'éducation nationale a pour seul objet l'efficacité de l'existence.

Soyons clairs: la mission première de l'éducation nationale n'est pas de «servir l'esprit» mais de permettre aux enfants de trouver, une fois adultes, les moyens de subvenir à leurs besoins fondamentaux: se nourrir, se vêtir, s'abriter, se divertir, se défendre, se créer un réseau de relations, s'estimer soi-même, etc...

En somme, si vos enfants sont confiés à l'éducation nationale, ils sont d'abord et avant tout à votre école - au sens où l'on dit de quelqu'un qu'il a été à bonne (ou à mauvaise) école. Allons même plus loin: ils s'épanouiront d'autant mieux dans le cadre de l'éducation nationale qu'ils auront cultivé, à votre école, certaines dispositions intellectuelles, psychologiques et mentales. Comment et lesquelles?

Inutile de s'embarrasser de mille résolutions - l'ardeur des étés indiens ne résiste pas longtemps aux premières pluies de la Toussaint... Restez réalistes. Pour rendre vos enfants plus efficaces tout au long de l'année, appliquez, sous une forme un peu détournée, le conseil de Saint Augustin à ses disciples : «Aime et fais ce que tu veux». Pour vos enfants, cela devient: «Travaille et fais ce que tu veux.»

Que veut dire «travailler», pour un enfant ou un adolescent? En premier lieu, un impératif simple: exécuter à la lettre ce que demande le professeur, c'est-à-dire écouter en classe, apprendre ses leçons, faire ses exercices, réviser pour les contrôles. Ni plus, ni moins. C'est la règle. Et, comme disaient les moines d'autrefois: «La règle, rien que la règle, mais toute la règle.»

Ensuite, de l'ordre. L'ordre n'exclut pas le nombre. On peut faire des tas de choses, et les faire bien. De même qu'il y a une case «Sommeil», une case «Divertissement», une case «Copains/Copines», une case «Facebook», une case «Repas», une case «Douche», il est indispensable qu'il y ait une case «Travail scolaire».

En outre, travailler signifie cultiver ses dons et ses passions. Le moment venu, ils pourront constituer une perspective d'orientation professionnelle. C'est en particulier valable pour tous ces jeunes qui s'adaptent difficilement au système scolaire classique. Très souvent, leur secours vient de leurs centres d'intérêt. Votre fils passe tout son temps libre devant son ordinateur? Invitez-le à découvrir les métiers de l'informatique, qui sont si variés. Votre fille est une fashion-victim? Encouragez-la à devenir styliste, attachée de presse, vendeuse de mode, couturière... En suivant leurs rêves, les jeunes acquièrent un savoir en vue d'un savoir-faire, démarche mille fois plus motivante - et donc plus efficace - que l'absorption du savoir à l'état pur.

Enfin, conseillez à vos enfants de vivre avec leur temps: l'époque n'est plus au bling-bling, mais au «modeste chic» prôné par Karl Lagerfeld. Mille ans avant lui, Hugues de Saint-Victor l'expliquait déjà, dans son De Studio Legendi : «Le bon étudiant devra donc être humble, doux, loin des désirs de la vanité et des apparats de la volupté, diligent, soucieux d'apprendre à étudier une question à fond avant de juger.» L'humilité, voilà la vertu à honorer en ce début d'année. Elle disposera l'élève à l'émerveillement devant le savoir et permettra ainsi au professeur...d'avoir la paix en classe!

Matthieu Grimpret

Essayiste et professeur dans l'enseignement secondaire

Image de Une: Cour de récréation  Charles Platiau / Reuters

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