France

Pourquoi le Certificat de formation générale est-il le diplôme le plus obtenu par les détenus scolarisés?

Bénédicte Le Coz, mis à jour le 24.02.2015 à 18 h 37

Nabilla est loin d'être la seule à avoir passé ce diplôme lors de son incarcération.

Prison Bars Michael Coghlan via Flickr CC License by

Prison Bars Michael Coghlan via Flickr CC License by

«Nabilla a obtenu son brevet des collèges en prison Voilà la réjouissante nouvelle que nombre de médias ont relayé le 2 février dernier, félicitant la starlette de son travail récompensé. Or Nabilla n'a pas décroché le Diplôme national du brevet (DNB) pendant ses cinq semaines de détention à la prison pour femmes de Versailles, mais un CFG –Certificat de formation générale. Il est le diplôme le plus déroché par des prisonniers scolarisés.

Ainsi en 2013, sur 4.166 détenus qui ont été reçus à un examen de l’Education nationale 3.123 ont obtenu le CFG relève le rapport 2013 du Bureau du travail, de la formation et de l’emploi sur l’enseignement en milieu pénitentiaire. C’est beaucoup plus que le nombre de détenus scolarisés ayant obtenu le diplôme du brevet, un CAP, le baccalauréat ou n’importe quel autre diplôme du supérieur cumulés sur la même année.

 

Image tirée du rapport 2013 sur l'enseignement en milieu pénitentiaire

Pourquoi le Certificat de formation générale a un tel attrait pour les prisonniers?

1.Un diplôme qui s'adresse à des élèves en difficulté scolaire

Le CFG est un diplôme qui «valide des acquis dans des domaines de connaissances générales» est-il écrit sur le site du ministère de l’Education nationale. Il s'adresse plus particulièrement à des élèves en difficulté scolaire, issus de SEGPA -Section d'enseignement général et professionnel adapté- notamment car ces élèves «ne maîtrisent pas toutes les connaissances et compétences attendues à la fin de l'école primaire» ou aux personnes sorties du système scolaire sans diplôme ni qualification professionnelle. «Il correspond au niveau scolaire d’un élève de CM2», explique simplement Alain Boussarie, proviseur de l’Unité pédagogique régionale de Paris, qui gère l'offre d'enseignement dans les établissements pénitentiaires d'Ile de France.

«Le CFG n’est pas l’équivalent du brevet» dit-il alors que Le Figaro et La Dépêche, entre autres, les mettaient sur le même plan. Ce dernier atteste en effet des connaissances acquises en fin de collège.

Si autant de détenus scolarisés sont candidats au CFG, plutôt qu’au brevet des collèges ou même au baccalauréat, c’est avant tout pour une question de «niveau scolaire» continue-t-il. En moyenne, «même si quelques détenus ont un niveau universitaire, le niveau scolaire est très faible», constate le proviseur.

Les chiffres sont éloquents. D’après le bilan 2013 de l’enseignement en milieu pénitentiaire, en 2013 sur 51.019 personnes incarcérées consultées à leur entrée en prison «1,6% n’a jamais été scolarisé; 4,8% ne parlent pas le français et 5,1% le parlent de manière rudimentaire; 48,4% sont sans diplôme; 76,2% ne dépassent pas le niveau CAP; et 28,5% des personnes sont issues de cursus courts ou d’échecs du système scolaire (primaire, enseignement spécialisé, collège avant la 3e...).»

Tableau tiré du rapport 2013 sur l'enseignement en milieu pénitentiaire

«Cela montre le lien évident entre un manque de scolarisation et la délinquance», affirme Aude Siméon, enseignante en français à la prison central de Poissy et auteure du livre Prof chez les taulards paru en 2012 aux éditions Glyphe. C’est pourquoi, «l’école en prison a un rôle fondamental à jouer.»

2.Quelques mois suffisent pour le valider

«La complexité tient aussi au fait que la majorité des peines ont une durée inférieure à un an», souligne Alain Boussarie. En 2012, «96% des peines d’emprisonnement ferme prononcées pour délits étaient inférieures à 3 ans, 78% étaient inférieures à 1 an, 56% étaient inférieures à 6 mois», selon les chiffres annoncés parmi les chiffres-clés de la prévention de la récidive et individualisation des peines.

Image pour 2012 tirée des Chiffres-clés de la prévention de la récidive et individualisation des peines

En 2013, la durée moyenne de détention était de 11,5 mois d’après le Bureau du travail, de la formation et de l’emploi sur l’enseignement en milieu pénitentiaire.

Comment en un temps limité permettre à des détenus longtemps déscolarisés d’obtenir un diplôme? Le CFG est en particulier adapté aux détenus écopant de courtes peines. «Décrocher le CFG est assez facile» atteste le proviseur. Quelques mois suffisent.

Mais Alain Boussarie insiste: 

«Tous les détenus qui ont déjà un diplôme ne passent pas le CFG. Ça n’aurait aucun intérêt pour eux. Un élève qui a le niveau d’un étudiant de terminale, nous essayerons de lui faire passer le baccalauréat.»

En pratique, les modalités de passage du CFG sont différentes pour un candidat «libre» (c'est le cas, oui, des détenus) comparé à un candidat en environnement scolaire. Les candidats libres passent une épreuve terminale composée de deux examens écrits (un examen d’une heure en français et un examen d’une heure en mathématiques) et d’un oral de 20 minutes basé sur leur connaissance du monde du travail. En milieu scolaire, un contrôle continu se substitue aux examens écrits finaux.

3.Le CFG n'est pas professionnalisant, il est «réconfortant»

Au même titre que le Brevet, le CFG n’est pas nécessaire pour poursuivre des études et obtenir d’autres diplômes comme le baccalauréat ou un CAP. Son intérêt repose sur le fait qu’il permet de valider «des compétences d’oral et de langue écrite» selon Mme Rabier, directrice de la SEGPA Jacques Prevert à Paris.  «Il n'est pas professionnalisant, mais il permet quand même d’avoir un diplôme».

Un diplôme important aux yeux des détenus qui ont un grand besoin de reconnaissance, d'après Aude Siméon. «Ce n’est pas parce que des détenus ont un CFG qu’ils trouveront du travail. Mais s’ils reprennent confiance en eux, alors là c’est vraiment positif», ajoute-t-elle. En prison, «l’obtention d’un diplôme n’est pas un objectif en soi, c’est un moyen de réhabilitation».

«Souvent les détenus ont un mauvais souvenir de l’école. S’ils obtiennent le CFG nous espérons qu’ils trouvent un goût pour les études», exprime Alain Boussarie.

Malheureusement «trop peu de détenus choisissent de venir au centre scolaire», lieu où sont donnés les cours en prison, conclut Aude Siméon. En 2011, le taux de scolarisation dans les prisons françaises était de 24,2% recense le Bilan de l'enseignement en milieu pénitentiaire 2012. Selon Aude Siméon:

«Le centre scolaire ne recueille que la "crème de la prison", des personnes qui ont la maturité de s’engager dans un travail de reconstruction. Je pense que l’éducation en prison devrait être obligatoire».

À l’heure actuelle, une scolarisation possible est systématiquement proposée aux détenus. «Cela ne veut pas dire que tous les détenus acceptent ou que l’établissement aura suffisamment de places pour les accueillir», atteste Alain Boussarie.

Envie de tester votre niveau de connaissances? Essayez de compléter les sujets des épreuves écrites de français et de mathématiques du CFG 2014.

Bénédicte Le Coz
Bénédicte Le Coz (5 articles)
Journaliste
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